{"id":60,"date":"2015-01-27T19:57:55","date_gmt":"2015-01-27T19:57:55","guid":{"rendered":"http:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=60"},"modified":"2015-01-27T20:08:21","modified_gmt":"2015-01-27T20:08:21","slug":"les-minutes-de-sable-memorial","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=60","title":{"rendered":"Les Minutes de sable m\u00e9morial"},"content":{"rendered":"<p>Alfred Jarry<\/p>\n<p>LES MINUTES DE SABLE M\u00c9MORIAL<\/p>\n<p>&lt; Texte de l\u2019\u00c9dition du Mercure de France, 1894, num\u00e9ris\u00e9 et v\u00e9rifi\u00e9 sur l\u2019\u00e9dition procur\u00e9e par les \u00e9ditions Bouquins (corrig\u00e9e) par Henri B\u00e9har pour le compte de la SAAJ. Mise en ligne par Julien Schuh. <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/btv1b8618381s.r=.langFR\">Fac-Simil\u00e9 sur Gallica<\/a>&gt;<\/p>\n<p>On pr\u00e9pare\u00a0:<\/p>\n<p>\u00c9L\u00c9MENTS DE PATAPHYSIQUE.<\/p>\n<p>C\u00e9sar-Antechrist (avec des endroits o\u00f9 tout sera par blason, et certains personnages doubles).<\/p>\n<h3>Linteau<\/h3>\n<p>Il est tr\u00e8s vraisemblable que beaucoup ne s\u2019apercevront point que ce qui va suivre soit tr\u00e8s beau (sans superlatif\u00a0: d\u00e9part)\u00a0; et \u00e0 supposer qu\u2019une ou deux choses les int\u00e9ressent, il se peut aussi qu\u2019ils ne croient point qu\u2019elles leur aient \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9es expr\u00e8s. Car ils entreverront des id\u00e9es entreb\u00e2ill\u00e9es non brod\u00e9es de leurs usuelles accompagnatrices, et s\u2019\u00e9tonneront du manque de maintes citations congrues, alors qu\u2019il se compile des manuels o\u00f9 tout jeune homme lit ce qui est n\u00e9cessaire pour suivre lesdits usages. Il est bien d\u2019avoir fr\u00e9quent\u00e9 chez les si\u00e8cles divers des philosophes, pour apprendre 1\u00b0 l\u2019absurdit\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter leurs doctrines, qui, r\u00e9centes, trainent aux caf\u00e9s et brasseries, plus vieilles, aux cahiers des potaches\u00a0; 2\u00b0 et surtout, la double absurdit\u00e9 de citer l\u2019\u00e9tai du nom d\u2019un philosophe, quand chacune de ses id\u00e9es, prise hors de l\u2019ensemble du syst\u00e8me, bave des l\u00e8vres d\u2019un g\u00e2teux (Et ce bout de dissertation est<\/p>\n<p>tout aussi banal que la banalit\u00e9 d\u2019<em>il ne faut pas tout dire<\/em> qu\u2019il explique)&#8230;<\/p>\n<p>Sugg\u00e9rer au lieu de dire, faire dans la route des phrases un carrefour de tous les mots. Comme des productions de la nature, auxquelles faussement on a compar\u00e9 l\u2019oeuvre seule de g\u00e9nie, toute \u0153uvre \u00e9crite y \u00e9tant semblable, la dissection ind\u00e9finie exhume toujours des oeuvres quelque chose de nouveau. Confusion et danger\u00a0: l\u2019oeuvre d\u2019ignorance aux mots bulletins de vote pris hors de leur sens ou plus justement sans pr\u00e9f\u00e9rence de sens. Et celle-ci aux superficiels d\u2019abord est plus belle, car la diversit\u00e9 des sens attribuables estsurpassante, la verbalit\u00e9 libre de tout chapelet se choisit plus tintante\u00a0; et pour peu que la forme soit abrupte et irr\u00e9guli\u00e8re, par manque d\u2019avoir su la r\u00e9gularit\u00e9, toute r\u00e9gularit\u00e9 inattendue luit, pierre, orbite, \u0153il de paon, lampadaire, accord final. \u2014 Mais voici le crit\u00e8re pour distinguer cette obscurit\u00e9, chaos facile, de l\u2019Autre,sirnplicit\u00e9* condens\u00e9e, diamant du charbon, \u0153uvre unique faite de toutes les \u0153uvres possibles offertes \u00e0 tous les yeux encerclant le phare argus de la p\u00e9riph\u00e9rie de notre cr\u00e2ne sph\u00e9rique\u00a0: en celle-ci, <em>le rapport de la phrase verbale \u00e0 tout sens qu\u2019on y puisse trouver est constant<\/em>\u00a0; en celle-l\u00e0, ind\u00e9finiment vari\u00e9.<\/p>\n<p>* La simplicit\u00e9 n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre simple, mais du complexe resserr\u00e9 et synth\u00e9tis\u00e9 (<em>Cf<\/em>. <em>Pataph<\/em>.).<\/p>\n<p>(DILEMME) De par ceci qu\u2019on \u00e9crit l\u2019\u0153uvre, active sup\u00e9riorit\u00e9 sur l\u2019audition passive. Tous les sens qu\u2019y trouvera le lecteur sont pr\u00e9vus, et jamais il ne les trouvera tous\u00a0; et l\u2019auteur lui en peut indiquer, colin-maillard c\u00e9r\u00e9bral, d\u2019inattendus, post\u00e9rieurs et contradictoires.<\/p>\n<p>Mais, 2\u00b0 cas. Lecteur infiniment sup\u00e9rieur par l\u2019intelligence \u00e0 celui qui \u00e9crivit. \u2014 N\u2019ayant point \u00e9crit l\u2019\u0153uvre, it ne la n\u00e9anmoins p\u00e9n\u00e8tre point, reste parall\u00e8le, sinon \u00e9gal, au lecteur du 1<sup>er<\/sup> Cas.<\/p>\n<p>3\u00b0 Si impossible il s\u2019identifie \u00e0 l\u2019auteur, l\u2019auteur au moins dans le pass\u00e9 le surpassa \u00e9crivant l\u2019\u0153uvre, moment unique o\u00f9 vit TOUT (et n\u2019eut, comme ci-dessus, garde de le dire. C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 (<em>Cf<\/em>. <em>Pataph<\/em>.) association d\u2019id\u00e9es animalement passive, d\u00e9dain (ou manque) du libre-arbitre ou de l\u2019intelligence choisissante, et sinc\u00e9rit\u00e9, anti-esth\u00e9tique et m\u00e9prisable).<\/p>\n<p>4\u00b0 Si pass\u00e9 ce moment unique l\u2019auteur oublie (et l\u2019oubli est indispensable \u2014 <em>timeo<\/em><em> hominem<\/em>&#8230; \u2014 pour retourner le stile en sa cervelle et y buriner l\u2019\u0153uvre nouvelle), la constance du rapport pr\u00e9cit\u00e9 lui est jalon pour retrouver TOUT. Et ceci n\u2019est qu\u2019accessoire de cette r\u00e9ciproque\u00a0: quand m\u00eame il n\u2019e\u00fbt point su toutes choses y aff\u00e9rentes en \u00e9crivant l\u2019\u0153uvre, il lui suffit de deux jalons plac\u00e9s (encoche, point de mire) \u2014 par intuition, si l\u2019on veut un mot \u2014 pour TOUT d\u00e9crire (dirait le tire-ligne au compas) et d\u00e9couvrir. Et Descartes est bien petit d\u2019ambition, qui n\u2019a voulu qu\u2019\u00e9difier sur un Album un syst\u00e8me (Rien de Stuart Mill, m\u00e9thode des r\u00e9sidus).<\/p>\n<p>Il est bon d\u2019\u00e9crire une th\u00e9orie apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre, de la lire avant l\u2019\u0153uvre. \u2014 <em>Avant de lire ce qui est passable<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Il est stupide de commenter soi-m\u00eame l\u2019\u0153uvre \u00e9crite, bonne ou mauvaise, car au moment de l\u2019\u00e9criture on a t\u00e2ch\u00e9 de son mieux non de dire TOUT, ce qui serait absurde, mais le plus du n\u00e9cessaire (que jamais d\u2019ailleurs le lecteur ne percevra total), et l\u2019 on ne sera pas plus clair. Qu\u2019on p\u00e8se donc les mots, poly\u00e8dres d\u2019id\u00e9es, avec des scrupules comme des diamants a la balance de ses oreilles, sans demander pourquoi telle et telle chose, car<\/p>\n<p>il n\u2019y a qu\u2019a regarder, et c\u2019est \u00e9crit dessus.<\/p>\n<p><em>Avant de lire ce qui ne vaut rien<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Et il y a divers vers et proses que nous trouvons tr\u00e8s mauvais et que nous avons laiss\u00e9s pourtant, retranchant beaucoup, parce que pour un motif qui nous \u00e9chappe aujourd\u2019hui, ils nous ont donc int\u00e9ress\u00e9 un instant puisque nous les avons \u00e9crits\u00a0; l\u2019\u0153uvre est plus compl\u00e8te quand on n\u2019en retranche point tout le faible et le mauvais, \u00e9chantillons laiss\u00e9s qui expliquent par similitude ou diff\u00e9rence leurs pareils ou leurs contraires \u2014 et d\u2019ailleurs<\/p>\n<p>certains ne trouveront que cela de bien.<\/p>\n<ol>\n<li>J.<\/li>\n<\/ol>\n<p>11 ao\u00fbt 1894.<\/p>\n<h3>Lieds Fun\u00e8bres<\/h3>\n<h2>I<\/h2>\n<h4>Le Miracle de Saint-Accroupi<\/h4>\n<p>Sur l\u2019\u00e9cran tout blanc du grand ciel tragique, les mille-pieds noirs des enterrements passent, tels les verres d\u2019une monotone lanterne magique. La Famine sonne aux oreilles vides, si vides et folles, ses bourdonnements.<\/p>\n<p>Sa cloche joyeuse pend \u00e0 ses doigts longs, versant sur la terre des ricanements. Et de grands loups fauves et des corbeaux graves sont sur ses talons. La Famine sonne aux oreilles vides par la ville morne ses bourdonnements.<\/p>\n<p>Croix des cimeti\u00e8res, levons nos bras raides pour prier l\u00e0-haut que l\u2019on nous d\u00e9livre de ces ouvriers qui piochent sans tr\u00eave nos froides racines.<\/p>\n<p>N\u2019est-il donc un Saint, bien en cour aupr\u00e8s de Dieu notre P\u00e8re, pour qu\u2019il interc\u00e8de\u00a0?<\/p>\n<p>Croix des cimeti\u00e8res, votre gr\u00eale foule a donc oubli\u00e9 le bloc de granit perdu dans un coin de votre domaine\u00a0? Sa barbe de fleuve jusqu\u2019\u00e0 ses genoux \u00e9pand et d\u00e9roule, d\u00e9roule sa houle, sa houle de pierre.<\/p>\n<p>Et les flots de pierre le couvrent entier. Sur ses cuisses dures ses coudes qui luisent sous les astres blonds se posent, soud\u00e9s pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Et c\u2019est un grand Saint, car il a pour si\u00e8ge, honorable<\/p>\n<p>si\u00e8ge, un beau b\u00e9nitier.<\/p>\n<p>II n\u2019a point de nom. Dans un coin tapi, ignor\u00e9 des hommes, seules les Croix blanches lui tendent la plainte de leurs bras dresses. Le corbeau qui vole le m\u00e9prise nain, croassant l\u2019injure au bon Saint courb\u00e9\u00a0: Vieux Saint-Accroupi.<\/p>\n<p>Croix des cimeti\u00e8res, tendons-lui la plainte de nos bras dresses\u00a0: Que ces ouvriers qui tuent nos racines et peuplent les tombes de serpents coupes, se croisant les bras, regardent oisifs les torches de mort d\u00e9sormais \u00e9teintes.<\/p>\n<p>Et que la Famine remm\u00e8ne sous terre son cort\u00e8ge noir de grands loups qui rodent et de corbeaux graves. Que le Blanc au Noir succ\u00e8de partout. Que le grand \u0153il glauque du ciel compatisse, versant sur les hommes des pleurs de farine.<\/p>\n<p>Et les Croix rest\u00e8rent les bras \u00e9tendus, coupant de rais blancs l\u2019ombre sans couleur. Soudain des pleurs blancs gliss\u00e8rent sur l\u2019ombre. Les nuages sont de grands sacs que vident des meuniers c\u00e9lestes. La manne s\u2019accroche aux pignons ardus.<\/p>\n<p>La manne fait blanches les rouge\u00e2tres tuiles. Une nappe blanche jusqu\u2019a l\u2019horizon sur toute la terre s\u2019\u00e9tend pour manger. Et de blanc lui-m\u00eame, de blanc s\u2019est v\u00eatu le Saint-Accroupi\u00a0; de blanc s\u2019est v\u00eatu comme un boulanger.<\/p>\n<p>Et les hommes puisent lourdes pellet\u00e9es de farine claire que le vent joyeux leur fouette au visage. Croix des cimeti\u00e8res, nos vceux exauc\u00e9s, nous voudrions voir quel fut le d\u00e9part, le d\u00e9part honteux du cort\u00e8ge noir&#8230;<\/p>\n<p>\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n<p>La Famine est l\u00e0. La Famine sonne aux oreilles vides, si vides et folles, ses bourdonnements. Et la neige \u00e9tend son linceul de mort sur la ville froide que creusent des fosses&#8230; La Famine sonne ses bourdonnements.<\/p>\n<h2>II<\/h2>\n<h4>La plainte de la Mandragore<\/h4>\n<p>C\u2019est un petit homme v\u00eatu de po\u00f9s roux que couche et d\u00e9chire un vent de rafale. Ses bras sont tordus et ses doigts coup\u00e9s. Le fond de la terre le tient par les pieds. Un trousseau de clefs append au gibet, porche triomphal.<\/p>\n<p>H\u00e9riss\u00e9 de givre, il ne peut croiser ses bras toujours hauts. II ne peut claquer sa bouche soud\u00e9e&#8230; Castagnettes sont les dents des pendus. Battez la semelle, pendus, aux poteaux&#8230; Le fond de la terre le tient par les pieds.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis une plante et ne peux ramper, ramper comme un lierre, grimper comme un lierre sur les hauts piliers. Le fond de la terre me tient par les pieds. Nabot dont tu ris, Homme, mon grand fr\u00e8re, je voudrais les ailes des chauves-souris.<\/p>\n<p>\u00ab Hibou dont les griffes gant\u00e9es de velours tracent sur les morts leurs hi\u00e9roglyphes, prends-moi pour ton nid\u00a0! Mes pieds sont des goules au col de couleuvre, qui sucent le sang, l\u2019exquis sang des morts. Mon corps est une outre que le sang remplit.<\/p>\n<p>\u00ab Mage, tes grimoires sont clos pour tes yeux. Mes yeux sont des nceuds d\u2019arbuste bizarre. Dans mes yeux se mire le sein de la terre. Mes yeux sont des lacs\u00a0; mes lourdes paupi\u00e8res sont faites de pierres qui, philosophales, versent des flots d\u2019or.<\/p>\n<p>\u00ab Des paillettes d\u2019or couvriront tes dalles. Tout ce qui me touche se transmute en or. Les yeux des hiboux m\u2019ont souvent fixe \u00e9ternellement ils resteront d\u2019or&#8230; Viens, et me d\u00e9livre\u00a0; le fond de la terre me tient par les pieds. \u00bb<\/p>\n<p>Ainsi se lamentent sous l\u2019ombre tremblante des pendus heurt\u00e9s\u00a0; ainsi se lamente le nabot plant\u00e9. La rafale apporte son chant de cigale&#8230; Garde tes tr\u00e9sors\u00a0: je viens, petit Homme, d\u00e9livrer tes pieds, par Humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Et voici ma main qui cherche tes mains dont l\u2019effort fige monte au z\u00e9nith Mais sa main de gloire, en geste moqueur, flambe comme un phare\u00a0; la rafale emporte son ricanement&#8230; Le fond de la terre ME tient par les pieds.<\/p>\n<h4>III<\/h4>\n<h4>L\u2019 Incube<\/h4>\n<p>Vogue dans la coupe aux flots d\u2019huile rose, sombre dans la coupe aux flots d\u2019huile fauve, fr\u00e9mis dans la coupe aux flots de nuit noire, veilleuse, et deviens la lampe d\u2019un mort\u00a0! Les Anges qui veillent \u00e9clair\u00e9s d\u2019\u00e9to\u00f9es remportent leurs lampes.<\/p>\n<p>II dort, et son corps, son corps d\u2019\u00e9mail aux veines bleu de S\u00e8vres, repose tr\u00e8s calme dans le grand lit sombre. Vogue dans la coupe aux flots d\u2019huile rose, veilleuse, et r\u00e9pands ta lumi\u00e8re douce, lueur de parfum, sur l\u2019enfant qui dort.<\/p>\n<p>\u00c9coutez\u00a0! La Nuit froisse son manteau. Quelque chose vient crier sur la vitre. Rideaux inquiets, \u00e9bouriffez vite vos ailes de plume sur la vitre glauque. Veilleuse mourante, sombre dans la coupe aux flots d\u2019huile fauve.<\/p>\n<p>La nuit est tomb\u00e9e comme une pluie grise. L\u2019Incube a ramp\u00e9 comme une limace. Vitre, \u00e9pands des pleurs, pleurs amers d\u2019absinthe. Et, Fen\u00eatre, l\u00e8ve ta grande Croix sainte, cependant que grimpe et grince et grimace une grosse griffe.<\/p>\n<p>\u00catre horrible et vague, la nuit en fureur l\u2019a vomi ainsi qu\u2019une lourde vague qui glisse et d\u00e9ferle aux dalles d\u2019un phare. La vitre fr\u00e9mit et son \u0153il s\u2019effare. Veilleuse mourante, sombre dans la coupe aux flots d\u2019huile fauve.<\/p>\n<p>L\u2019enfant dort. Son corps, son corps d\u2019\u00e9mail aux veines bleu de S\u00e8vres, repose tr\u00e8s calme dans le grand lit sombre. Vogue dans la coupe aux flots d\u2019huile fauve, veilleuse, et r\u00e9pands ta lumi\u00e8re lourde aux vapeurs de soufre sur l\u2019enfant qui dort.<\/p>\n<p>La vitre se cr\u00e8ve, cerceau de papier. Un corps de limace oscille dans l\u2019ombre. L\u2019enfant se r\u00e9veille, et ses grands sourcils arqu\u00e9s dans la nuit font battre leurs ailes. Fr\u00e9mis dans la coupe, veilleuse, et deviens la lampe d\u2019un mort\u00a0!<\/p>\n<p>Les t\u00e9n\u00e8bres sont un filet rempli de monstres sans nom. La vitre \u00e9to\u00f9\u00e9e \u00e0 ses pointes claires accroche des larves. La coupe n\u2019est plus qu\u2019un vase de poix. Les Anges qui veillent \u00e9clair\u00e9s d\u2019\u00e9to\u00f9es ont \u00e9teint leurs lampes.<\/p>\n<h3>Les trois meubles du mage surann\u00e9s<\/h3>\n<h4>I<\/h4>\n<h4>Min\u00e9ral<\/h4>\n<p>Vase oliv\u00e2tre et vain d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e2me est envol\u00e9e,<\/p>\n<p>Cr\u00e2ne, tu tournes un bon visage indulgent<\/p>\n<p>Vers nous, et souris de ta bouche cr\u00e9nel\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais tu regrettes ton corps, tes cheveux d\u2019argent,<\/p>\n<p>Tes l\u00e8vres qui s\u2019ouvraient \u00e0 la parole ail\u00e9e.<\/p>\n<p>Et l\u2019orbite creuse o\u00f9 mon regard va plongeant,<\/p>\n<p>B\u00e2ille \u00e0 l\u2019ombre et soupire et s\u2019ennuie esseul\u00e9e,<\/p>\n<p>Tr\u00e8s nette, vide box d\u2019un cheval voyageant.<\/p>\n<p>Tu n\u2019es plus qu\u2019argile et mort. Tes blanches molaires<\/p>\n<p>Sur les tons mats de l\u2019os brillent de flammes claires,<\/p>\n<p>Tels les cuivres fourbis par un larbin soigneux.<\/p>\n<p>Et, presse-papier lourd, sur le haut d\u2019une armoire<\/p>\n<p>Serrant de l\u2019occiput les feuillets du grimoire,<\/p>\n<p>Contre le vent r\u00f4deur tu rechignes, hargneux.<\/p>\n<h4>II<\/h4>\n<h4>V\u00e9g\u00e9tal<\/h4>\n<p>Le v\u00e9lin \u00e9crit rit et grimace, livide.<\/p>\n<p>Les signes sont dansants et fous. Les uns, flambeaux,<\/p>\n<p>P\u00e9tillent radieux dans une page vide.<\/p>\n<p>D\u2019autres en rangs press\u00e9s, acrobates corbeaux,<\/p>\n<p>Dans Ia neige \u00e9pandue ouvrent leur bec avide.<\/p>\n<p>Le livre est un grand arbre \u00e9merg\u00e9 des tombeaux.<\/p>\n<p>Et ses feuilles, ainsi que d\u2019un sac q ui se vide,<\/p>\n<p>Volent au vent vorace et partent par lambeaux.<\/p>\n<p>Et son tronc est humain comme la mandragore\u00a0;<\/p>\n<p>Ses fruits vivants sont les f\u00e8ves de Pythagore\u00a0;<\/p>\n<p>Des feuillets verdoyants lui poussent en avril.<\/p>\n<p>Et les pr\u00e9dictions d\u2019or qu\u2019il emmagasine,<\/p>\n<p>Seul le n\u00e9cromant peut les lire sans p\u00e9ril,<\/p>\n<p>La nuit, \u00e0 la lueur des torches de r\u00e9sine.<\/p>\n<h4>III<\/h4>\n<h4>Animal<\/h4>\n<p>Tout v\u00eatu de drap d\u2019or fris\u00e9, contemplatif,<\/p>\n<p>Besicles d\u2019or armant son nez bourbon, il tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019entour se presse un cort\u00e8ge admiratif<\/p>\n<p>Que fait trembler le feu soudain de son oeil jaune.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s sage, et rend justice sous un aulne<\/p>\n<p>(Jadis Pallas en fit son conseil privatif)\u00a0;<\/p>\n<p>Il a pour m\u00e9diter l\u2019arr\u00eat, esprit actif,<\/p>\n<p>Et pour l\u2019ex\u00e9cuter griffes longues d\u2019une aune.<\/p>\n<p>Doux, poli, le hibou viendra vous pr\u00e9venir<\/p>\n<p>Quand l\u2019heure sonnera que la Mort vous emporte\u00a0;<\/p>\n<p>Et criera trois fois son nom \u00e0 travers Ia porte.<\/p>\n<p>Car il dechiffre sur les tombes l\u2019avenir,<\/p>\n<p>R\u00eavant la nuit devant les X philosophales<\/p>\n<p>Des longs f\u00e9murs crois\u00e9s en siestes triomphales.<\/p>\n<h3>GUIGNOL<\/h3>\n<h4>I<\/h4>\n<h4>L\u2019 Autocl\u00e8te<\/h4>\n<p>Quand le rideau macabre replia vers le cintre sa grande aile rouge avec un bruit d\u2019\u00e9ventail, un puits d\u2019ombre s\u2019ouvrit, et b\u00e2illa devant nous une gueule de goule. Telles des lucioles, les chandelles de r\u00e9sine portaient pr\u00e9tentieusement leurs yeux aux ongles de leurs mains de gloire, comme des limaces au bout des cornes. Et \u00e0 cette pens\u00e9e nous prit un subit frisson, que des marionnettes allaient, par leurs lazzis, d\u00e9rider nos fronts mornes, car iI semblait que sur une telle sc\u00e8ne \u00e0 la verve des acteurs de bois d\u00fbt applaudir la claque d\u2019os des maxillaires.<\/p>\n<p>Ainsi qu\u2019une araign\u00e9e qui fauche, l\u2019\u00eatre vague charg\u00e9 de rythmer le branle des pantins badins griffa paresseusement de ses doigts longs les fils pendus aux f\u00e9murs de sa harpe\u00a0: et grelotta soudain un galop clair de gr\u00eale rebondissant de tuile en tuile.<\/p>\n<p>Et de l\u2019ombre inf\u00e9rieure surgit, des genoux au sommet du gibus, tr\u00e8s respectable et digne, M.\u00a0Achras, vaquant aux soins anodins d\u2019un collectionneur g\u00e2tisme. Des cristaux rang\u00e9s par ordre s\u2019\u00e9talent sur les rayons de ses bahuts, et refl\u00e8tent aux glaces de leurs faces le correct frac noir et la blanche barbe en cerf-volant du rassembleur de leur foule raboteuse. Et de ses l\u00e8vres carmin\u00e9es tombent ces mots, exorde de la sanglante trag\u00e9die de <em>l\u2019Autocl\u00e8te<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: O mais c\u2019est qu\u00e9, voyez-vous bien, je n\u2019ai point sujet d\u2019\u00eatre m\u00e9content de mes poly\u00e8dres\u00a0: ils font des petits toutes les six semaines, c\u2019est pire que des lapins. Et il est bien vrai de dire que les poly\u00e8dres r\u00e9guliers sont les plus fid\u00e8les et les plus attach\u00e9s \u00e0 leur ma\u00eetre\u00a0; sauf que l\u2019icosa\u00e8dre s\u2019est r\u00e9volt\u00e9 ce matin, et que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 forc\u00e9, voyez-vous bien, de lui flanquer une gifle sur chacune de ses faces. Et que comme \u00e7a c\u2019\u00e9tait compris. Et mon trait\u00e9, voyez-vous bien, sur les m\u0153urs des Poly\u00e8dres qui s\u2019avance\u00a0: n\u2019y a plus que vingt-cinq volumes \u00e0 faire.<\/p>\n<p>UN LARBIN, <em>entrant\u00a0:<\/em> Monsieur, y a z\u2019un bonhomme qui veut parler \u00e0 monsieur. Il a arrach\u00e9 la sonnette \u00e0 force de tirer dessus, il a cass\u00e9 trois chaises en voulant s\u2019asseoir. <em>(Il lui remet une carte.)<\/em><\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: Qu\u2019est-ce qu\u00e9 c\u2019est que \u00e7a\u00a0? M.\u00a0Ubu, ancien roi de Pologne et d\u2019Aragon, docteur en pataphysique&#8230; \u00c7a n\u2019est point compris du tout. Qu\u2019est-ce qu\u00e9 c\u2019est que \u00e7a, la pataphysique\u00a0? N\u2019y a point de poly\u00e8dres qui s\u2019appellent comme \u00e7a. Enfin c\u2019est \u00e9gal, \u00e7a doit \u00eatre quelqu\u2019un de distingu\u00e9. Je veux faire acte de bienveillance envers cet \u00e9tranger en lui montrant mes poly\u00e8dres. Faites entrer ce monsieur.<\/p>\n<p>UBU <em>(bedaine, valise, casquette, p\u00e9pin)\u00a0:<\/em> Cornegidouille\u00a0! Monsieur, votre boutique est fort pitoyablement install\u00e9e\u00a0: on nous a laiss\u00e9 carillonner \u00e0 la porte pendant plus d\u2019une heure\u00a0; et lorsque messieurs vos larbins se sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 nous ouvrir, nous avons aper\u00e7u devant nous un orifice tellement minuscule, que nous ne comprenons point encore comment notre gidouille est venue \u00e0 bout d\u2019y passer.<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: \u00d4 mais c\u2019est qu\u00e9, excusez\u00a0: je ne m\u2019attendais point \u00e0 recevoir la visite d\u2019un aussi gros personnage&#8230; Sans \u00e7a, soyez s\u00fbr qu\u2019on aurait fait \u00e9largir la porte. Mais vous excuserez l\u2019embarras d\u2019un vieux collectionneur, qui est en m\u00eame temps, j\u2019ose le dire, un grand savant.<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Ceci vous pla\u00eet \u00e0 dire, monsieur, mais vous parlez \u00e0 un grand pataphysicien.<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: Pardon, monsieur, vous dites\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Pataphysicien. La pataphysique est une science que nous avons invent\u00e9e, et dont le besoin se faisait g\u00e9n\u00e9ralement sentir.<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: \u00d4 mais, c\u2019est qu\u00e9, si vous \u00eates un grand inventeur, nous nous entendrons, voyez-vous bien\u00a0; car entre grands hommes&#8230;<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Soyez plus modeste, monsieur\u00a0! Je ne vois d\u2019ailleurs ici de grand homme que moi. Mais puisque vous y tenez, je condescends \u00e0 vous faire un grand honneur. Vous saurez que votre maison nous convient et que nous avons r\u00e9solu de nous y installer.<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: \u00d4 mais, c\u2019est qu\u00e9, voyez-vous bien&#8230;<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Je vous dispense des remerciements. \u2014 Ah\u00a0! \u00e0 propos, j\u2019oubliais\u00a0: comme il n\u2019est point juste que le p\u00e8re soit s\u00e9par\u00e9 de ses enfants, nous serons incessamment rejoint par notre famille\u00a0: Mme Ubu, nos fils Ubu et nos filles Ubu. Ce sont des gens fort sobres et fort bien \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: \u00d4 mais, c\u2019est qu\u00e9, voyez-vous bien, je crains de&#8230;<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Nous comprenons. Vous craignez de nous g\u00eaner. Aussi bien ne tol\u00e9rerons-nous plus votre pr\u00e9sence ici qu\u2019\u00e0 titre gracieux. De plus, vous allez aller chercher nos trois caisses de bagages que nous avons omises dans votre vestibule. N\u2019oubliez pas non plus de dire \u00e0 votre cuisini\u00e8re qu\u2019elle a l\u2019habitude \u2014 nous le savons par notre science en pataphysique \u2014 de servir la soupe trop sal\u00e9e et le r\u00f4ti beaucoup trop cuit. Nous ne les aimons point ainsi. Ce n\u2019est pas que nous ne puissions faire surgir de terre les mets les plus exquis, mais ce sont vos proc\u00e9d\u00e9s, monsieur, qui nous indignent!<\/p>\n<p>ACHRAS\u00a0: \u00d4 mais, c\u2019est qu\u00e9 \u2014 y a point d\u2019id\u00e9e du tout de s\u2019installer comme \u00e7a chez les gens. C\u2019est une imposture manifeste&#8230;<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Une posture magnifique\u00a0! Parfaitement, monsieur\u00a0: vous avez dit vrai une fois en votre vie.<\/p>\n<p><em>(Exit Achras.)<\/em><\/p>\n<p>UBU\u00a0: Avons-nous raison d\u2019agir ainsi\u00a0? Cornegidouille, de par notre chandelle verte, nous allons prendre conseil de notre Conscience. Elle est l\u00e0, dans cette valise, toute couverte de to\u00f9es d\u2019araign\u00e9e. On voit bien qu\u2019elle ne nous sert pas souvent.<\/p>\n<p><em>(Il ouvre la valise. Sort la Conscience sous les esp\u00e8ces d\u2019un grand bonhomme en chemise.)<\/em><\/p>\n<p>LA CONSCIENCE\u00a0: <em>(elle a la voix de Bahis, comme M. Ubu celle de Macroton). <\/em>Monsieur, et ainsi de suite, veuillez prendre quelques notes.<\/p>\n<ol>\n<li>UBU\u00a0: Monsieur, pardon\u00a0! Nous n\u2019aimons point \u00e0 \u00e9crire, quoique nous ne doutions pas que vous ne deviez nous dire des choses fort int\u00e9ressantes. Et, \u00e0 ce propos, je vous demanderai pourquoi vous avez le toupet de para\u00eetre devant nous en chemise\u00a0?<\/li>\n<\/ol>\n<p>LA CONSCIENCE\u00a0: Monsieur, et ainsi de suite, la Conscience, comme la V\u00e9rit\u00e9 ne porte habituellement pas de chemise\u00a0; si j\u2019en ai arbor\u00e9 une, c\u2019est par respect pour l\u2019auguste assistance.<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Ah \u00e7a, monsieur ou madame ma Conscience, vous faites bien du tapage. R\u00e9pondez plut\u00f4t \u00e0 cette question\u00a0: ferai-je bien de tuer M. Achras, qui a os\u00e9 venir m\u2019insulter dans ma propre maison\u00a0?<\/p>\n<p>LA CONSCIENCE\u00a0: Monsieur, et ainsi de suite, il est indigne d\u2019un homme civilis\u00e9 de rendre le mal pour le bien. M.\u00a0Achras vous a h\u00e9berg\u00e9\u00a0; M.\u00a0Achras vous a ouvert ses bras et sa collection de poly\u00e8dres\u00a0; M.\u00a0Achras, et ainsi de suite, est un fort brave homme, bien inoffensif\u00a0; ce serait une l\u00e2chet\u00e9, et ainsi de suite, de tuer un pauvre vieux incapable de se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Cornegidouille\u00a0! Monsieur ma Conscience, \u00eates-vous s\u00fbr qu\u2019il ne puisse se d\u00e9fendre\u00a0?<\/p>\n<p>LA CONSCIENCE\u00a0: Absolument, monsieur\u00a0; aussi serait-il bien l\u00e2che de l\u2019assassiner.<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Merci, monsieur, nous n\u2019avons plus besoin de vous. Nous tuerons M. Achras, puisqu\u2019il n\u2019y a pas de danger, et nous vous consulterons plus souvent, car vous savez donner de meilleurs conseils que nous ne l\u2019aurions cru. Dans la valise\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Il la renferme.)<\/em><\/p>\n<p>LA CONSCIENCE\u00a0: Dans ce cas, monsieur, je crois que nous pouvons, et ainsi de suite, en rester l\u00e0 pour aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le gnome harpiste sembla tra\u00eener ses ongles lourds sur un gong de t\u00f4le\u00a0; et des hauteurs sifflantes du <em>si<\/em>retomba au-dessous de l\u2019<em>ut<\/em> caverneux le fr\u00e9missement des cordes. Lentes, lentes, d\u2019un mouvement invisible, rampaient visqueusement sur la sc\u00e8ne sans plancher et pr\u00e9c\u00e9daient Achras saluant d\u2019effroi les trois caisses badigeonn\u00e9es de sang de b\u0153uf, les trois caisses de bagages de M. Ubu, juxtapos\u00e9es et coalescentes comme les hu\u00eetres cramponn\u00e9es \u00e0 la m\u00eame roche. Et soudain les trois, d\u2019un hoquet convulsif b\u00e2ill\u00e8rent, et la trinit\u00e9 hirsute des Palotins jaillit en un \u00e9lan phallique.<\/p>\n<p>Barbus de blanc, de roux et de noir, coiff\u00e9s \u00e0 la phrygienne de merdoie, serr\u00e9s en des justaucorps versicolores, ils agitent leurs bras placides, qui traversent en croix leur tronc annel\u00e9 de chenille. Ut r\u00e9 do la, r\u00e9 sol sol fa, soupire doucement la harpe cliquetante\u00a0; et les cordes d\u2019acier se font douces, comme pour attirer les serpents hors des antres, les sons sourds et ouat\u00e9s des fl\u00fbtes de bambou. Ut r\u00e9 do si, si la la sol\u00a0; et avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 circonspecte d\u2019un hibou sautant d\u2019un panier, les trois \u00eatres posent au sol irr\u00e9el leurs trois tron\u00e7ons informes barbus de noir, de roux et de blanc\u00a0; cependant que leurs trois caisses, vides de ces trois perles, rabattent en un grand geste d\u2019ennui et de regret leurs trois m\u00e2choires d\u2019hu\u00eetres.<\/p>\n<p>Et le navr\u00e9 Achras regarde horrifi\u00e9 les appr\u00eats paternes du paternel M. Ubu, qui graisse avec des pr\u00e9cautions infinies un joli pal nickel\u00e9, portatif comme une canne \u00e0 p\u00eache, que les esprits dociles \u00e0 sa science en pataphysique ont fait germer de terre ainsi qu\u2019une lance de gla\u00efeul. Et, dans sa bont\u00e9, il d\u00e9plore de n\u2019avoir point exp\u00e9riment\u00e9 \u2014 pour \u00e9pargner toute douleur \u00e0 son bien-aim\u00e9 ami Achras \u2014 l\u2019acuit\u00e9 dudit pal sur de simples larbins.<\/p>\n<p>Sol fa sol la sol, fa mi r\u00e9 ut, ut ut. Une chaise perc\u00e9e se place d\u2019elle-m\u00eame, pour le plus grand confort du d\u00e9sir\u00e9 patient, au-dessus du pal. Et les Palotins, plissant en gracieux sourires leurs museaux l\u00e9porides, invitent, courtois, M. Achras \u00e0 s\u2019asseoir.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la gravit\u00e9 de son \u00e2ge, l\u2019artificieux Achras \u00e9lude les menaces faites \u00e0 son s\u00e9ant\u00a0; plantant au sol la poire de son cr\u00e2ne, il montre au ciel le fond de ce v\u00eatement ing\u00e9nieux que les Gaulois appel\u00e8rent braies. Mais tel qu\u2019un mignon Henry III jouant au bilboquet, de sa main hercul\u00e9enne Ubu lance au z\u00e9nith la victime de sa basse f\u00e9rocit\u00e9, que de peur de chute le pal pr\u00e9venant re\u00e7oit en posture correcte.<\/p>\n<p>Et pendant qu\u2019\u00e9chassier unijambiste, l\u2019empal\u00e9 tourne en sens divers, en une inconscience de radiom\u00e8tre, et vire-vire dardant ses yeux glauques, les trois Palotins, barbus de roux, de blanc et de noir dansent une ronde \u00e0 l\u2019ombre de sa silhouette cristallis\u00e9e d\u2019X.<\/p>\n<p>Sol fa sol la sol, fa mi r\u00e9 ut, ut, ut, si do r\u00e9 mi, mi, r\u00e9 mi, fa r\u00e9 r\u00e9 r\u00e9, ravis, en leur cerveau obtus, d\u2019avoir introduit un pal lanc\u00e9ol\u00e9 en la derni\u00e8re figure des \u00ab\u00a0lanciers\u00a0\u00bb, leur danse ch\u00e8re. Et ils dressent comme des antennes leurs oreilles diaboliques et fr\u00e9tillantes.<\/p>\n<p>Impassible toujours et monotone, grave comme un singe qui cherche poux en t\u00eate, le harpiste fait tomber de ses cordes chevelues les notes qui cr\u00e9pitent. Et tout \u00e0 coup, \u00e0 leur bruissement clair se m\u00eale le strident bruit d\u2019\u00e9ventail de la grande aile rouge du rideau qui se d\u00e9ploie.<\/p>\n<p>Et les chandelles de r\u00e9sine pleurent des larmes qui gr\u00e9sillent\u00a0; et dans leur fum\u00e9e d\u2019encens regardent de leurs yeux troubles monter l\u2019\u00e2me badine du navr\u00e9 Achras.<\/p>\n<h4>II<\/h4>\n<h4>Phonographe<\/h4>\n<p>La sir\u00e8ne min\u00e9rale tient son bien-aim\u00e9 par la t\u00eate, comme un page d\u2019acier serre une robe. Le livre se ferme pour \u00e9craser les mouches, 8 nimb\u00e9s de gaze, abat-jour de lampes charbonn\u00e9es. Elle plaque ses mains estropi\u00e9es d\u2019un geste brusque sur la droite et la gauche de la t\u00eate de son amant passager, et elle ne le blesse point, la vieille amoureuse, ni ses griffes ne l\u2019\u00e9corchent\u00a0: comme au vent d\u2019hiver les bouts de branches s\u00e8ches, le temps les a d\u00e9clou\u00e9es de son souffle froid. Ses doigts ont roul\u00e9 sur le sol en jeu de quilles\u00a0; paralys\u00e9s, organes rudimentaires, ils ont disparu\u00a0; et comme aux chevaux depuis le d\u00e9luge, un seul os coiff\u00e9 d\u2019un seul ongle. Elle ne le blesse point, la vieille amoureuse, ni ses griffes ne l\u2019\u00e9corchent\u00a0: son doigt unique, col de f\u00e9mur dont un fourmilier a lap\u00e9 la moelle, greffe son \u00e9rection cord\u00e9e aux tragus de l\u2019\u00e9couteur. Sabot de cheval, bec d\u2019\u00e9guisier, piaffe et farfouille aux tragus qui, pour le m\u00e9tal instill\u00e9, t\u2019encorbellent cinq minutes\u00a0: tes bourdonnements s\u2019\u00e9touffent au c\u00e9rumen dont tu t\u2019es oint depuis des \u00e2ges, copulant avec tout venant. Et les deux noires sangsues pendent aux oreilles de l\u2019\u00e9couteur.<\/p>\n<p>Ainsi elle le tient bien en face, la sir\u00e8ne min\u00e9rale\u00a0; et il doit voir ses yeux qui, si nous les voyions, nous para\u00eetraient&#8230; \u2014 Au-dessous d\u2019un plafond vitr\u00e9, dans une gare&#8230; Noires mon\u00e8res mobiles et cahot\u00e9es, se creusent et cillent les orbites de la sir\u00e8ne min\u00e9rale. Il doit voir ses yeux et la voir toute, sa t\u00eate de chaux blanche et si froide et ses deux uniques bras de poulpe noirs et si froids. \u00d4 le chant des stalactites de cuivre appendues \u00e0 son palais, et le bruit de fer rouill\u00e9 du maxillaire inf\u00e9rieur qui se d\u00e9clenche\u00a0! \u00d4 entendre le chant sublime de l\u2019argonaute de porcelaine, que des d\u00e9m\u00e9nageurs trop press\u00e9s ont laiss\u00e9e emplie de rouleaux f\u00eal\u00e9s de cordes de piano. La mandibule s\u2019abaisse et se rel\u00e8ve comme une touche, mais emp\u00eatre ses dents cass\u00e9es au bris des cordes et des marteaux\u00a0:<\/p>\n<p>\u00d4 ma t\u00eate, ma t\u00eate, ma t\u00eate \u2014 Toute blanche sous le ciel de soie\u00a0! \u2014 Ils ont pris ma t\u00eate, ma t\u00eate \u2014 Et l\u2019ont mise dans une bo\u00eete a th\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>\u00d4 la canicule des laques\u00a0! \u2014 Le caramel de mes bras flasques \u2014 Qui montent, montent hors des draps moites. \u2014 \u00d4 me plonger dans la chair fra\u00eeche\u00a0!<\/p>\n<p>\u00d4 ma t\u00eate, ma t\u00eate, ma t\u00eate\u00a0! \u2014 Sois mon oreiller dans ma bo\u00eete. \u2014 Dedans. \u2014 Mets ta chair fra\u00eeche pour mes dents. \u2014 Ma t\u00eate, hibou \u00e9conome \u2014 A grappill\u00e9 de la chair d\u2019homme \u2014 Et l\u2019a mise dans une bo\u00eete \u00e0 th\u00e9.<\/p>\n<p>La vieille sir\u00e8ne tomb\u00e9e au fond d\u2019un lac p\u00e9trificateur, le chant des vieilles sir\u00e8nes que la cristallisation paralyse, \u00e9clate et s\u2019embrase comme un peu de poudre au contact des deux charbons de cornue qui br\u00fblent de notes lumineuses les tympans de l\u2019\u00e9couteur. L\u2019inanim\u00e9 froid se r\u00e9chauffe et redevient mobile au contact de la chaude cervelle, \u00e0 travers les oreilles perc\u00e9es de clous. Voici que les paroles se d\u00e9g\u00e8lent par les airs de la mer bor\u00e9ale. La vieille sir\u00e8ne n\u2019\u00e9tait qu\u2019en l\u00e9thargie, pas tout \u00e0 fait morte, car la mort se prouve \u00e0 la rigueur sangl\u00e9e des maxillaires. L\u00e8ve-toi, abaisse-toi, mandibule, et fais des croix de ton b\u00e2ton de chef d\u2019orchestre. Bien que tu sois femme, je vois sur le mur l\u2019ombre de ta barbe, comme un arbre mir\u00e9 dans l\u2019eau, comme un lichen sur une pierre, ou plut\u00f4t comme un varech soud\u00e9 \u00e0 la b\u00e2illante mandibule inf\u00e9rieure de la nacre d\u2019une hu\u00eetre perli\u00e8re. Chantez, stalactites de cuivre, dans les cavernes sous-marines, rouillez vos cordes d\u2019acier au sel de la mer. Chantez toujours, pour que celui qui vous \u00e9coute ne se d\u00e9tourne pas. Mais il ne se d\u00e9tournera pas\u00a0: la sir\u00e8ne min\u00e9rale tient son bien-aim\u00e9 par la t\u00eate comme un page d\u2019acier serre une robe.<\/p>\n<h4>III<\/h4>\n<h4>L\u2019Art et la Science<\/h4>\n<h5>SC\u00c8NE I<\/h5>\n<p>Des hommes feuille-morte groupent autour d\u2019un falot leur phalange de phal\u00e8nes. BARBAPOUX coryph\u00e9e chante\u00a0:<\/p>\n<h5>Hymne<\/h5>\n<p>Roule dans le gouffre, tr\u00f4ne de Sil\u00e8ne\u00a0! Roule dans le gouffre, autel de Bacchus\u00a0! Plonge dans le gouffre, maison de Diog\u00e8ne\u00a0! Sacril\u00e8ges ouvriers, dans l\u2019humide et le noir jetons les symboles de la philosophie et des dieux antiques. Sous nos mains magiques, l\u2019humide et le noir s\u2019\u00e9pandent en libations qui f\u00e9condent la terre. Et gr\u00e2ce \u00e0 nous seuls le bl\u00e9 germe et vit comme dans l\u2019oubli des si\u00e8cles par les champs des Pharaons.<\/p>\n<p>Et, par notre art sans par\u00e8dre, l\u2019Immonde est glorifi\u00e9. Portons les vases qui puisent de nos mains artistes. Identifi\u00e9s \u00e0 notre \u0152uvre, plongeons-y jusqu\u2019\u00e0 nos genoux. Les flots de l\u2019humide et du noir d\u00e9ferlent sur nos cn\u00e9mides. Les vapeurs de l\u2019ab\u00eeme, brune t\u00eate de d\u00e9mon, s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Mais d\u2019en haut sur nous pleure joyeuse la lumi\u00e8re\u00a0; et dans notre ciel est un nimbe.<\/p>\n<h5>SCENE II<\/h5>\n<p>UBU\u00a0: La sph\u00e8re est la forme parfaite. Le soleil est l\u2019astre parfait. En nous rien n\u2019est si parfait que la t\u00eate, toujours vers le soleil lev\u00e9e, et tendant vers sa forme\u00a0; sinon l\u2019\u0153il, miroir de cet astre et semblable \u00e0 lui.<\/p>\n<p>La sph\u00e8re est la forme des anges. \u00c0 l\u2019homme n\u2019est donn\u00e9 que d\u2019\u00eatre ange incomplet. Plus parfait que le cylindre, moins parfait que la sph\u00e8re, du Tonneau radie le corps hyperphysique. Nous, son isomorphe, sommes beau.<\/p>\n<p>L\u2019homme \u00e9bloui s\u2019incline devant notre Beaut\u00e9, reflet inconscient de notre \u00e2me de Sage. Et tous doivent \u00e0 nos genoux, respectueux, br\u00fbler l\u2019encens. Mais des gnomes plong\u00e9s dans des gouffres sans nom blasph\u00e8ment notre image, en souillant le symbole dans l\u2019humide et le noir. Jaloux de notre forme auguste, vengeons-nous, privant de leur salaire ces ouvriers que nul ne voudra d\u00e9sormais voir exercer leur art. Car dans notre Science nous leur substituerons les grands Serpents d\u2019Airain que nous avons cr\u00e9\u00e9s, Avaleurs de l\u2019Immonde\u00a0;<\/p>\n<p>Qui fr\u00e9missants se plongent avec des hoquets rauques, par les antres \u00e9troits o\u00f9 la lumi\u00e8re meurt\u00a0; et revenus au jour, comme le cormoran esclave du p\u00eacheur, d\u00e9gorgent leur butin de leur gueule b\u00e9ante.<\/p>\n<h5>SCENE III<\/h5>\n<p>BARBAPOUX, MME UBU<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: \u00d4 suis-moi dans ces lieux, o\u00f9 sur les murs blanchis des paumes ont grav\u00e9 pour chasser les esprits de brunis pentagrammes\u00a0; viens dans cet atelier ou j\u2019exer\u00e7ai mon art\u00a0; aux dalles du tombeau, o\u00f9 le cr\u00e2ne se creuse avec ses deux f\u00e9murs\u00a0; qui nous promet l\u2019oubli, le silence et l\u2019oubli\u00a0; o\u00f9 la rouille qui ronge a ramp\u00e9 sur les murs et souill\u00e9 les grimoires\u00a0!<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019insu du seigneur de ce manoir antique, du tr\u00e8s b\u00e9nin Achras, notre amour en ces lieux o\u00f9 sur les murs se gravent de brunis pentagrammes, vient chercher un asile. Et je t\u2019offre mon c\u0153ur et je te tends ma main, o\u00f9 tu mettras ta main et ce qu\u2019\u00e0 ton \u00e9poux tu volas de Phynance.<\/p>\n<p>VOIX D\u2019UBU, <em>en dehors, perdue dans l\u2019\u00e9loignement<\/em>\u00a0: Qui parle de Phynance\u00a0? De par notre Gidouille auguste et tubiforme\u00a0? Nous n\u2019en avons que faire, car nous avons ravi sa phynance \u00e0 l\u2019aimable et tr\u00e8s courtois Achras\u00a0; nous l\u2019empal\u00e2mes et nous pr\u00eemes sa maison\u00a0; et dans cette maison nous cherchons maintenant, pouss\u00e9 par nos remords, o\u00f9 nous pourions lui rendre la part mat\u00e9rielle et vulgaire de ce que nous lui avons pris, savoir, de son repas.<\/p>\n<p>VOIX AIGRELETTES <em>(encore plus \u00e9loign\u00e9es)<\/em>\u00a0: \u00c9clairez, fr\u00e8res, la route de notre ma\u00eetre, gros p\u00e8lerin. Nous le suivons joyeux sans doute dans de grandes caisses en fer-blanc empil\u00e9s la semaine enti\u00e8re, c\u2019est le dimanche seulement qu\u2019on peut respirer le libre air. Palefreniers des Serpents d\u2019Airain, c\u2019est nous les Pa, c\u2019est nous les Pa, c\u2019est nous les Palotins.<\/p>\n<p>Mme UBU\u00a0: C\u2019est M. Ubu, je suis perdue\u00a0!<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: Par le guichet en as de carreau, je vois au loin ses cornes qui fulgurent. O\u00f9 me cacher\u00a0?<\/p>\n<p>VOIX D\u2019UBU\u00a0: K\u00e9rubs du Tonneau supr\u00eame, illuminez-nous dans notre exode vers ces lieux o\u00f9 nous ne pr\u00eemes point encore si\u00e8ge. Herdanpo, Mousched-Gogh, Quatrezoneilles, \u00e9clairez ici\u00a0!<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: Plongeons dans ces souterrains glauques.<\/p>\n<p>Mme UBU\u00a0: Y penses-tu, mon doux enfant\u00a0? Tu vas te tuer.<\/p>\n<p>BABBAPOUX\u00a0: Me tuer\u00a0? Par Gog et Magog, on vit, on respire l\u00e0-dedans. C\u2019est l\u00e0-dedans que je travaille. Une, deux, houp\u00a0!<\/p>\n<h5>SC\u00c9NE IV<\/h5>\n<p>Un \u00caTRE <em>long et maigre, \u00e9mergeant comme un ver au moment o\u00f9 Barbapoux plonge. <\/em>Ouf\u00a0! quel choc\u00a0! moncr\u00e2ne en bourdonne\u00a0!<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: Comme un tonneau vide.<\/p>\n<p>L\u2019\u00caTRE\u00a0: Le v\u00f4tre ne bourdonne pas\u00a0?<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: Aucunement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00caTRE\u00a0: Comme un pot f\u00eal\u00e9. J\u2019y ai l\u2019\u0153il.<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: Plut\u00f4t l\u2019air d\u2019un \u0153il au fond d\u2019un pot de chambre.<\/p>\n<p>L\u2019\u00caTRE\u00a0: J\u2019ai en effet l\u2019honneur d\u2019\u00eatre la Conscience de M. Ubu.<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: C\u2019est lui qui a pr\u00e9cipit\u00e9 dans ce trou votre immat\u00e9rielle personne\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019\u00caTRE\u00a0: Je l\u2019ai m\u00e9rit\u00e9, je l\u2019ai tourment\u00e9, il m\u2019a puni.<\/p>\n<p>Mme UBU\u00a0: Pauvre jeune homme&#8230;<\/p>\n<p>VOIX DES PALOTINS, <em>tr\u00e8s rapproch\u00e9es<\/em>\u00a0: L\u2019oreille au vent, en rangs press\u00e9s, on marche d\u2019une allure guerri\u00e8re, et les gens qui nous voient passer nous prennent pour des militaires&#8230;<\/p>\n<p>BARBAPOUX\u00a0: C\u2019est pourquoi tu vas rentrer, et moi aussi, et Mme Ubu aussi\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Descendunt.)<\/em><\/p>\n<p>LES PALOTINS <em>(derri\u00e8re la porte)<\/em>\u00a0: C\u2019est nous les Palotins. Nous boulottons par une charni\u00e8re, nous pissons par un robinet, et nous repirons l\u2019atmosph\u00e8re au moyen d\u2019un tube coud\u00e9\u00a0! C\u2019est nous les Palotins\u00a0!<\/p>\n<p>UBU\u00a0: Entrez, cornegidouille\u00a0!<\/p>\n<h5>SC\u00c8NE V<\/h5>\n<p>LES PALOTINS, portant des torches vertes\u00a0; UBU<\/p>\n<p>UBU <em>(sans dire un mot, il prend si\u00e8ge\u00a0; tout s\u2019effondre\u00a0; ressort en vertu du principe d\u2019Archim\u00e8de. Alors tr\u00e8s simple et digne)\u00a0:<\/em> Les Serpents d\u2019Airain ne fonctionnent donc point\u00a0? R\u00e9pondez, ou je vous vais d\u00e9cerveler.<\/p>\n<h5>SCENE VI<\/h5>\n<p>LES M\u00caMES, BARBAPOUX, montrant sa t\u00eate<\/p>\n<p>LA T\u00caTE DE BARBAPOUX\u00a0: Ils ne marchent point, ils sont arr\u00eat\u00e9s. C\u2019est comme votre machine \u00e0 d\u00e9cerveler, une sale boutique, je ne la crains gu\u00e8re. Vous voyez bien que les tonneaux valent mieux que toute l\u2019herp\u00e9tologie ah\u00e9n\u00e9enne. En tombant et en ressortant, vous avez fait plus de la moiti\u00e9 de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>UBU\u00a0: De par ma chandelle verte, je te vais arracher les yeux, tonneau, citrouille, rebut de l\u2019humanit\u00e9. D\u00e9cervelez, coupez les oreilles\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Il le renfonce.)<\/em><\/p>\n<h5>SCENE VII<\/h5>\n<h5>(Apoth\u00e9ose)<\/h5>\n<p>UBU, \u00e9tabli sur sa base. Les Palotins l\u2019illuminent<\/p>\n<h5>Hymne des Palotins<\/h5>\n<p>Br\u00fblez, torches de mort\u00a0! Pleurez de vos yeux verts\u00a0! Ce que l\u2019homme d\u00e9vore, il lui donne la vie et l\u2019unit \u00e0 son corps. Ce qu\u2019il rend \u00e0 la terre, il le rend \u00e0 la nuit. Pleurez, torches de mort\u00a0!<\/p>\n<p>Il le jette en des gouffres ainsi qu\u2019en un Tartare, par des chemins tortus o\u00f9 la h\u00e2tive chute sonne des tintamarres. \u00d4 chute dans la nuit, dans l\u2019humide et le noir\u00a0! Le nimbe de clart\u00e9 qui brillait sur la nuit, le corps de l\u2019assassin comme un \u00e9cran le bouche. Pleurez, torches de mort, plcurez de vos yeux verts\u00a0!<\/p>\n<h3>Berceuse du mort pour s&rsquo;endormir<\/h3>\n<p>Le grand portrait pendu au mur,<\/p>\n<p>solaire sous sa tente obscure,<\/p>\n<p>dans les plis du fant\u00f4me blanc<\/p>\n<p>qui me couve hausse son front lent.<\/p>\n<p>\u00d4 que p\u00e2le est mon front lunaire<\/p>\n<p>sous les \u00e9to\u00f9es sept\u00e9naires.<\/p>\n<p>Le portrait de mon front mural<\/p>\n<p>a suc\u00e9 tout mon sang qui r\u00e2le.<\/p>\n<p>Le vampire hume dans mon cou<\/p>\n<p>et mes art\u00e8res des airs fous,<\/p>\n<p>cependant que les araign\u00e9es<\/p>\n<p>trottent de mes mains d\u00e9charn\u00e9es<\/p>\n<p>avec leurs to\u00f9es de velours,<\/p>\n<p>bagues o\u00f9 s\u2019emp\u00eatrent mes doigts lourds.<\/p>\n<p>Qui donc a cach\u00e9 sous ma glotte<\/p>\n<p>un pipeau moisi de hulotte,<\/p>\n<p>m\u2019emp\u00eachant d\u2019ou\u00efr les navettes<\/p>\n<p>tisser de mes cierges squelettes\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 leur pointe des papillons<\/p>\n<p>ont des \u00e9lytres de grillons<\/p>\n<p>et s\u2019en vont voler sur les fleurs<\/p>\n<p>de la tenture de p\u00e2leurs.<\/p>\n<p>Leurs ailes jaunes sont des tuiles<\/p>\n<p>dont on bat les cartes mobiles\u00a0;<\/p>\n<p>et du plafond qui dort tr\u00e8s calme,<\/p>\n<p>du plafond plat tombent des larmes&#8230;<\/p>\n<p>Puissent mes os rester intacts<\/p>\n<p>dans leur fourreau de chair compacte,<\/p>\n<p>rester intacts jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure<\/p>\n<p>o\u00f9 se d\u00e9bat le corps qui meurt,<\/p>\n<p>o\u00f9 la peau fait comme une vitre<\/p>\n<p>transparente \u00e0 l\u2019\u00e2me, et se vitre<\/p>\n<p>l\u2019\u0153il de m\u00e9duse \u00e0 tentacules&#8230;<\/p>\n<p>Des poulpes noirs autour circulent,<\/p>\n<p>faisant des ronds avec leurs mains<\/p>\n<p>pour figurer les lendemains.<\/p>\n<p>Le cierge hausse son c\u0153ur qui pleure<\/p>\n<p>de clepsydre me comptant l\u2019heure\u00a0;<\/p>\n<p>cependant que les Absalons<\/p>\n<p>indiff\u00e9rents des rideaux longs<\/p>\n<p>larmoient les pieds mous dans le vague&#8230;<\/p>\n<p>Voici qu\u2019une petite vague<\/p>\n<p>mousseuse aux oreilles de li\u00e8vre<\/p>\n<p>ou d\u2019escargot vient sur mes l\u00e8vres,<\/p>\n<p>et que mes narines de voeux<\/p>\n<p>ont respir\u00e9 des pastels bleus.<\/p>\n<p>De mes genoux que le poids gonfle<\/p>\n<p>se d\u00e9grafent mes pesants ongles\u00a0:<\/p>\n<p>tr\u00e8s doucement je me d\u00e9plie<\/p>\n<p>comme un habit dans mon grand lit,<\/p>\n<p>dont on verrait flotter les manches<\/p>\n<p>au vent des cloches des dimanches.<\/p>\n<p>Les sonneurs de leur bras tr\u00e8s las<\/p>\n<p>abattront des cloches des glas&#8230;<\/p>\n<p>Je vois leurs cloches sous les nues<\/p>\n<p>b\u00e2iller des langues inconnues&#8230;<\/p>\n<p>Dans le ciel o\u00f9 le jour s\u2019efface<\/p>\n<p>Splendit vo\u00f9\u00e9e la Sainte-Face&#8230;<\/p>\n<h3>L&rsquo;Opium<\/h3>\n<p>Su\u00e7ant de mes l\u00e8vres brillantes de fi\u00e8vre le biberon lourd o\u00f9 dormait l\u2019oubli, au fauteuil b\u00e9ant mes mains de cadavre se crisp\u00e8rent, et mes yeux agrandis, besicles d\u2019augure, vol\u00e8rent au ciel blanc o\u00f9 les chevauchantesWalkures tournent dans les spirales sonores des engoulevents.<\/p>\n<p>Et mon corps astral, frappant du talon mon terrestre corps, partit p\u00e8lerin, laissant en mes nerfs un fr\u00e9missement de guitare.<\/p>\n<p>Et j\u2019entrai dans une morgue immense, o\u00f9 les morts dormaient en postures repli\u00e9es, les bras crois\u00e9s, le mollet droit au talon gauche, les t\u00eates renvers\u00e9es sur les poitrines. Et des travailleurs \u2014 \u00e9taient-ce des morts aussi, le sais-je\u00a0? \u2014 les \u00e9pongeaient, actifs, admirables. Leurs grosses \u00e9ponges sont des cervelles ou rampent des filets veineux. Et l\u2019 eau se fige sur les morts glac\u00e9s comme un gras vernis, d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent des cheveux herbus d\u2019\u00e9tangs\u00a0; et l\u2019eau se fige sur les dalles sans fin, et l\u2019eau ruisselle en murs transparents, et leur fait des vitrines. Et quoique fig\u00e9e et glac\u00e9e toujours, toujours elle court.<\/p>\n<p>Et mon corps astral h\u00e2tait apr\u00e8s elle ses pieds de silence. Elle courait sans rel\u00e2che, montant ou descendant, sans souci des lois de la pesanteur que pour s\u2019entasser en masses imposantes. Et je vis un endroit o\u00f9 les unes sur les autres ses vagues montaient et se surplombaient en \u00e9perdus escaliers glauques. Et je me hissai aux marches, coudoyant une foule sans nombre, foule d\u2019\u00e9meute ou foule joyeuse, sans glisser, combien que la glace pleur\u00e2t des larmes vertes, par l\u2019escalier si \u00e0 pic que je l\u2019embrassais comme une \u00e9chelle. Et au haut s\u2019aplanissait l\u2019eau perp\u00e9tuellement profonde, o\u00f9 des loutres silencieuses et de muets rats d\u2019eau tordaient les h\u00e9lices de leur queue. Et je redescendis, ennuy\u00e9 que la foule m\u2019emp\u00each\u00e2t de les voir\u00a0; je redescendis embrassant les degr\u00e9s de glace. Un tel froid se vrilla jusqu\u2019\u00e0 mes os, que les morts \u00e0 mes pieds, au bas des marches, me sembl\u00e8rent ti\u00e8des et vivants, malgr\u00e9 leurs cils coll\u00e9s et leurs l\u00e8vres bavantes et leurs narines d\u2019escargots ferm\u00e9s\u00a0; et qu\u2019\u00e0 l\u2019horizon \u00e9loign\u00e9 mon corps terrestre me parut claquer des dents et serrer dans ses bras sans les pouvoir r\u00e9chauffer ses c\u00f4tes de stalactites. Et, descendu, l\u2019escalier aux marches de lentille m\u2019aveugla de son \u00e9clair jaune.<\/p>\n<p>Et un employ\u00e9 poli qui lavait les morts me dit\u00a0: \u00ab Ne vous plaignez plus, it y a cent ans que nous n\u2019existons plus\u00a0; suivez le corridor en face, en comptant les ann\u00e9es. Trente ans plus loin vous trouverez une morgue o\u00f9 les po\u00e8tes ronflent, des t\u00e9l\u00e9phones causent aux morts \u00e0 travers les parois de glace\u00a0; o\u00f9 par des guichets sp\u00e9ciaux les assassins reconnaissent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et trente ans plus loin, tournant le bouton de cuivre, j\u2019entrai dans une salle \u2014 telle un bureau de t\u00e9l\u00e9graphe \u2014 o\u00f9 un homme, la plume \u00e0 l\u2019oreille, m\u2019ayant demand\u00e9 ce que je d\u00e9sirais, je r\u00e9pondis\u00a0: \u00ab Je viens pour le mort n\u00b0 4.<\/p>\n<p>\u2014 La preuve que vous l\u2019avez tu\u00e9\u00a0? Pas de papiers, pas de couteau estampill\u00e9\u00a0? N\u2019importe, je me fie \u00e0 votre air honn\u00eate\u00a0; au sixi\u00e8me guichet, touchez l\u2019argent qu\u2019il avait sur lui. \u00bb<\/p>\n<p>Et, un papier bleu remis au caissier, le gousset tintinnabulant, je montai dans un des omnibus du pays de l\u2019Opium.<\/p>\n<p>Qui s\u2019\u00e9vanouit sous moi devant une grande cage, aux barreaux en all\u00e9e de pins. Et l\u00e0, un grand aigle \u00e0 t\u00eate blanche b\u00e9nissait et ramait tour \u00e0 tour et tendait aux vents qui ne soufflaient pas ses ailes infinies, et creusait dans les ordures en gouttes du fond de sa cage des sillons avec ses pennes de rasoir. Et il virait sans cesse des yeux de noix de coco sculpt\u00e9es, semblables \u00e0 ceux adopt\u00e9s par les cam\u00e9l\u00e9ons. Je ne vis point son perchoir, si enfoui sous les plumes de son ventre qu\u2019il semblait juch\u00e9 sur ses ailes comme sur des b\u00e9quilles.<\/p>\n<p>Et ma vue descendant de sa cage en pigeonnier, \u00e9claira d\u2019un rayon, dans une niche inferieure, un renne gambadant risible, cramponnant \u00e0 un perchoir ses quatre sabots fendus. Ses bois en aigrette se relevaient jaunes comme la huppe du cacato\u00e8s, et \u00e0 son perchoir, attach\u00e9 par le cou, pendait un ivrogne, charg\u00e9 d\u2019expliquer au public l\u2019usage de l\u2019animal et ses propri\u00e9t\u00e9s. \u00c0 r\u00e9guliers intervalles, qu\u00e9mandant \u00e0 boire, ittombait sur le sol et ronflait les yeux ouverts, insoucieux pour ses prunelles, des pieds fourchus et des cornes effil\u00e9es.<\/p>\n<p>N\u00e9gligent de ce banal spectacle, \u00e0 peine regardai-je les haies qui bordaient ma route et leurs fructif\u00e8res troncs moussus charg\u00e9s de sym\u00e9triques chev\u00eaches, noires lam\u00e9es de blanc.<\/p>\n<p>Or, j\u2019avais dans les mains \u2014 depuis quel instant\u00a0? \u2014 un livre \u2014 \u00e9crit par moi, certes\u00a0; quand et comment\u00a0?point conscience, \u2014 o\u00f9 \u00e9tait pr\u00e9vu et rapport\u00e9, en gothique bleu de ciel, tout ce que je devais voir, tout ce que je devais penser dans la suite. Et les lettres \u00e9taient des figures.<\/p>\n<p>Sous les vo\u00fbtes de la cath\u00e9drale je me retrouve clamant des incantations bachiques, et les cardinaux augustes me reprochent cette inconvenance. Et pour mieux me confondre, les voici soudain, \u00e9v\u00eaques et cardinaux, diacres et sous-diacres, formant un orchestre. Le pape bat la mesure, et les cuivres grondent et les piliers s\u2019amollissent pour faire place aux manches des contrebasses d\u00e9mesur\u00e9es. Et l\u2019hymne infernal commence\u00a0:<\/p>\n<p>Peuple, auditez ma vocale ang\u00e9lie\u00a0!<\/p>\n<p>Ouvrez vos auditifs canaux\u00a0!<\/p>\n<p>Les murs s\u2019\u00e9cartent, les vo\u00fbtes s\u2019\u00e9l\u00e8vent comme des ballons dont on verrait l\u2019int\u00e9rieur, et les colonnes poussent rapides pour soutenir l\u2019\u00e9tendue sans cesse accrue de l\u2019architecture titanesque.<\/p>\n<p>Et pr\u00eatez votre oreille aux chahuts infernaux\u00a0!<\/p>\n<p>Ce cri, l\u2019ai-je pouss\u00e9\u00a0? Toujours est-il qu\u2019une accusation s\u2019\u00e9labore \u00e0 grand orchestre, que je suis condamn\u00e9, et qu\u2019avant de me saisir, l\u2019orchestre innombrable va m\u2019\u00e9ructer l\u2019arr\u00eat. Les archets vers moi se pointent, et les trombones mugissent contre mon tympan\u00a0:<\/p>\n<p>Ouvrez vos auditifs canaux.<\/p>\n<p>Et l\u2019on va me saisir, soud\u00e9 o\u00f9 je suis contre une balustrade de ch\u0153ur. Mes gants, ma canne et mon chapeau\u00a0?o\u00f9 sont-ils\u00a0? que je ne reste pas dans un pareil endroit. Mon pardessus\u00a0? Bon, voici par terre mon corps terrestre. Une manche et puis l\u2019autre, le vo\u00f9a v\u00eatu. II n\u2019est plus gel\u00e9, et \u00e0 volont\u00e9 les pieds l\u2019un devant l\u2019autre se placent. Me voici revenu \u00e0 mon fauteuil primordial, et toutes choses sont en \u00e9tat, sauf mon narghil\u00e9 \u00e0 opium, qu\u2019il m\u2019irait de recharger.<\/p>\n<h3>La r\u00e9gularit\u00e9 de la ch\u00e2sse<\/h3>\n<h5>I<\/h5>\n<p>Chasse claire o\u00f9 s\u2019endort mon amour chaste et cher,<\/p>\n<p>Je m\u2019abrite en ton ombre infinie et charmante,<\/p>\n<p>Sur le sol des tombeaux o\u00f9 la terre est la chair&#8230;<\/p>\n<p>Mais sur ton corps frileux to ram\u00e8nes ta mante.<\/p>\n<p>R\u00eave\u00a0! r\u00eave et repose\u00a0! \u00c9coute, bruit berceur,<\/p>\n<p>Voler vers le ciel vain les voix vagues des vierges.<\/p>\n<p>Elles n\u2019ont point fil\u00e9 le linceul de leur s\u0153ur&#8230;<\/p>\n<p>Croissez, \u00f4 doigts de cire et bl\u00eamissants des cierges,<\/p>\n<p>Main maigrie et maudite o\u00f9 menace la mort\u00a0!<\/p>\n<p>\u00d4 Temps\u00a0! n\u2019\u00e9panche plus l\u2019urne des campanules<\/p>\n<p>En gouttes lourdes&#8230; Hors de la flamme qui mord<\/p>\n<p>Nait une nef noy\u00e9e en des nuits noires, nulles\u00a0;<\/p>\n<p>Puis les piliers polis poussent comme des pins,<\/p>\n<p>Et les torch\u00e8res sont des poings de parricides.<\/p>\n<p>Et la flamme peureuse oscille aux vitraux peints<\/p>\n<p>Qui lancent \u00e0 Ia nuit leurs lames translucides&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019orgue soupire et gronde en sa trompe d\u2019airain<\/p>\n<p>Des sons sinistres et sourds, des voix comme celles<\/p>\n<p>Des morts roul\u00e9s sans tr\u00eave au courant souterrain&#8230;<\/p>\n<p>Des sylphes font chanter les clairs violoncelles.<\/p>\n<p>C\u2019est le bal de l\u2019ab\u00eeme o\u00f9 l\u2019amour est sans fin\u00a0;<\/p>\n<p>Et la danse vous noie en sa houleuse alc\u00f4ve.<\/p>\n<p>La bouche de la tombe encore ouverte a faim\u00a0;<\/p>\n<p>Mais ma main mince mord la mer de moire mauve&#8230;<\/p>\n<p>Puis l\u2019engourdissement d\u00e9licieux des soirs<\/p>\n<p>Vient poser sur mon cou son bras fort\u00a0; et m\u2019effleurent<\/p>\n<p>Les lents vols sur les murs lourds des longs vo\u00f9es noirs&#8230;<\/p>\n<p>Seules les lampes d\u2019or ouvrent leurs yeux qui pleurent.<\/p>\n<h5>II<\/h5>\n<p>Pris<\/p>\n<p>dans l\u2019eau calme de granit gris,<\/p>\n<p>nous voguons sur la lagune dolente.<\/p>\n<p>Notre gondole et ses feux d\u2019or<\/p>\n<p>dort<\/p>\n<p>lente.<\/p>\n<p>Dais<\/p>\n<p>d\u2019un ciel de cendre finlandais<\/p>\n<p>o\u00f9 vont se perdant loin les mornes berges,<\/p>\n<p>n\u2019obscurcis plus, bl\u00eames fanaux,<\/p>\n<p>nos<\/p>\n<p>cierges.<\/p>\n<p>Nef<\/p>\n<p>dont l\u2019avant tombe \u00e0 pic et bref,<\/p>\n<p>abats tes mats, tes vo\u00f9es, noires trames\u00a0;<\/p>\n<p>glisse sur les flots marcescents<\/p>\n<p>sans<\/p>\n<p>rames.<\/p>\n<p>Puis<\/p>\n<p>dans l\u2019air froid comme un fond de puits<\/p>\n<p>l\u2019orgue nous ber\u00e7ant ouate sa fanfare.<\/p>\n<p>Le vitrail nous montre, \u00e9cusson,<\/p>\n<p>son<\/p>\n<p>phare.<\/p>\n<p>Clair,<\/p>\n<p>un vol d\u2019esprits flotte dans l\u2019air\u00a0:<\/p>\n<p>corps a\u00e9riens transparents, blancs linges,<\/p>\n<p>inqui\u00e9tants regards dard\u00e9s<\/p>\n<p>des<\/p>\n<p>sphinges.<\/p>\n<p>Et<\/p>\n<p>le criblant d\u2019un jeu de palet,<\/p>\n<p>fins disques, brillez au toit gris des limbes<\/p>\n<p>mornes et des souvenirs feus,<\/p>\n<p>bleus<\/p>\n<p>nimbes&#8230;<\/p>\n<p>La<\/p>\n<p>gondole spectre que hala<\/p>\n<p>la mort sous les pouts de pierre en ogive,<\/p>\n<p>illuminant son bord brod\u00e9<\/p>\n<p>d\u00e9-<\/p>\n<p>rive.<\/p>\n<p>Mis<\/p>\n<p>tout droits dans le fond, endormis,<\/p>\n<p>nous levons nos yeux morts aux architraves,<\/p>\n<p>d\u2019o\u00f9 les cloches nous versent leurs<\/p>\n<p>pleurs<\/p>\n<p>graves.<\/p>\n<h3>Tapisseries<\/h3>\n<p><em>D\u2019apr\u00e8s et pour Munthe.<\/em><\/p>\n<h5>I<\/h5>\n<h5>La Peur<\/h5>\n<p>Roses de feu, blanches d\u2019effroi,<\/p>\n<p>Les trois Filles sur le mur froid<\/p>\n<p>Regardent luire les grimoires\u00a0;<\/p>\n<p>Et les spectres de leurs m\u00e9moires<\/p>\n<p>Sont \u00e9voqu\u00e9s sur les parquets,<\/p>\n<p>Avec l\u2019ombre de doigts marqu\u00e9s<\/p>\n<p>Aux murs de leurs chemises blanches,<\/p>\n<p>Et de griffes comme des branches.<\/p>\n<p>Le po\u00eale noir fr\u00e9mit et mord<\/p>\n<p>Des dents de sa t\u00eate de mort<\/p>\n<p>Le silence qui rampe autour.<\/p>\n<p>Le po\u00eale noir, comme une tour<\/p>\n<p>Pr\u00eatant secours \u00e0 trois guerri\u00e8res<\/p>\n<p>Ouvre ses yeux de meurtri\u00e8res.<\/p>\n<p>Roses de feu, blanches d\u2019effroi,<\/p>\n<p>En longues chemises de cygnes,<\/p>\n<p>Les trois Filles, sur le mur froid<\/p>\n<p>Regardant grimacer les signes<\/p>\n<p>Ouvrent, les bras d\u2019effroi li\u00e9s,<\/p>\n<p>Leurs yeux comme des boucliers.<\/p>\n<h5>II<\/h5>\n<h5>La Princesse Mandragore<\/h5>\n<p>De sa baguette d\u2019or, la F\u00e9e<\/p>\n<p>Parmi la for\u00eat \u00e9touff\u00e9e<\/p>\n<p>Sous les plis des ombrages lourds<\/p>\n<p>A conduit la Princesse p\u00e2le.<\/p>\n<p>Et par son ordre, le velours<\/p>\n<p>De la mousse \u00e0 ses pieds d\u2019opale<\/p>\n<p>A mis des mules de carcans.<\/p>\n<p>Et sur sa robe des clinquants<\/p>\n<p>Stillent des gouttes de ros\u00e9e.<\/p>\n<p>Et les champignons \u00e0 ses pieds<\/p>\n<p>Prosternent leur t\u00eate ras\u00e9e.<\/p>\n<p>Les lapins hors de leurs clapiers,<\/p>\n<p>Les limaces, cendre d\u2019un \u00e2tre<\/p>\n<p>P\u00e9tri de boue et de limons,<\/p>\n<p>Ont lev\u00e9 leurs fronts de d\u00e9mons<\/p>\n<p>Vers la triomphante mar\u00e2tre.<\/p>\n<p>La Princesse reste debout<\/p>\n<p>Comme un arbre o\u00f9 la s\u00e8ve bout,<\/p>\n<p>La Princesse reste rigide\u00a0;<\/p>\n<p>Et, passant sur son front algide,<\/p>\n<p>Tous les ouragans des effrois<\/p>\n<p>Lancent au ciel ses cheveux droits.<\/p>\n<h5>III<\/h5>\n<h5>Au repaire des G\u00e9ants<\/h5>\n<p>J\u2019en ai vu trois, j\u2019en ai vu six,<\/p>\n<p>Des G\u00e9ants monstrueux assis<\/p>\n<p>Sur les talus et les glacis<\/p>\n<p>Et sur les pi\u00e9destaux de marbres,<\/p>\n<p>Avec leurs gros bras raccourcis,<\/p>\n<p>Et leurs barbes comme des arbres,<\/p>\n<p>Et leurs cheveux flambant au vent<\/p>\n<p>Sur l\u2019immobile paravent<\/p>\n<p>Des murailles monumentales. \u2014<\/p>\n<p>J\u2019ai vu six G\u00e9ants dans leurs stalles.<\/p>\n<p>Et sous leurs sourcils broussailleux,<\/p>\n<p>J\u2019ai vu \u2014 j\u2019ai vu luire leurs yeux<\/p>\n<p>D\u2019or comme l\u2019or de deux essieux<\/p>\n<p>Tournant sous un char fun\u00e9raire.<\/p>\n<p>Ce sont six vaches qu\u2019on va traire,<\/p>\n<p>Rocs au lac de leur lait passant,<\/p>\n<p>Les six G\u00e9ants, pieds dans le sang.<\/p>\n<p>Leurs doigts maigres, comme des torches,<\/p>\n<p>Brassent le sang qui les \u00e9teint\u00a0;<\/p>\n<p>De leur sang noir leur corps se teint,<\/p>\n<p>Et leurs jambes comme des porches.<\/p>\n<p>Et sur le cou du Roi G\u00e9ant<\/p>\n<p>Grimace un cr\u00e2ne de n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Pas de t\u00eate sur ses \u00e9paules.<\/p>\n<p>Ses poings, branchus comme des saules,<\/p>\n<p>Sont b\u00e9nissants et triomphants,<\/p>\n<p>Cierges clairs au repaire sombre.<\/p>\n<p>Deux grandes ailes de Harfangs<\/p>\n<p>Sur son cou cisaillent dans l\u2019ombre.<\/p>\n<p>Le G\u00e9ant a plant\u00e9 son doigt<\/p>\n<p>Dans un grand navire qui doit<\/p>\n<p>Passer le lac de son empire.<\/p>\n<p>Son doigt est le m\u00e2t du navire.<\/p>\n<p>Et des ours bruns courbent leurs dos<\/p>\n<p>Sous leurs fourrures pour fardeaux,<\/p>\n<p>Courbent leur \u00e9chine de flamme.<\/p>\n<p>La temp\u00eate en fait une lame<\/p>\n<p>De scie ou des murs \u00e0 cr\u00e9neaux<\/p>\n<p>Ou des follets sur des fourneaux.<\/p>\n<p>Ils rament sur l\u2019eau bouillonnante,<\/p>\n<p>Rythmant la danse frissonnante<\/p>\n<p>Des bruns frisons de leurs toisons<\/p>\n<p>Aux coups de fouet des horizons.<\/p>\n<p>La Princesse p\u00e2le \u00e0 la proue,<\/p>\n<p>Les yeux aux dos de ses rameurs,<\/p>\n<p>Voit tournoyer comme une roue<\/p>\n<p>Un grand oiseau dans les rumeurs<\/p>\n<p>Et les tonnerres du repaire.<\/p>\n<p>Le grand oiseau vert au long cou<\/p>\n<p>Tord ses ailes fortes, esp\u00e8re<\/p>\n<p>Voler contre l\u2019ouragan fou.<\/p>\n<p>Dans le repaire un oiseau r\u00f4de,<\/p>\n<p>Un grand p\u00e9lican d\u2019\u00e9meraude,<\/p>\n<p>Toujours avec des efforts neufs&#8230;<\/p>\n<p>Les vents mouvants en font des n\u0153uds.<\/p>\n<p>Impassibles parmi, tr\u00e8s lentes,<\/p>\n<p>Reines des \u00e9pouvantements,<\/p>\n<p>Voici ramper aux murs dormants<\/p>\n<p>De grandes mon\u00e8res sanglantes.<\/p>\n<h3>Les cinq sens<\/h3>\n<h5>I<\/h5>\n<h5>Le Tact<\/h5>\n<p>Roul\u00e9 dans une serviette comme dans un petit<\/p>\n<p>linceul la momie d\u2019un singe, je l\u2019emporte a travers l\u2019ombre visqueuse dont mon passage \u00e9carte les rideaux mous. Et les muscles doivent se faire plus forts pour marcher dans cette obscurit\u00e9, qui repousse les corps comme l\u2019eau le li\u00e8ge. Mes pieds re\u00e7oivent des dalles un fr\u00f4lement douloureux, et la lime du granit vient mordre les semelles. J\u2019\u00e9tends les bras pour \u00e9carter l\u2019ombre jusqu\u2019aux murs de la salle, et mes doigts se heurtent \u00e0 de longs cylindres irr\u00e9guliers. \u00c0 droite et \u00e0 gauche il faut ranger les os branchus, et parfois la main s\u2019effraie au contact flasque de poitrines dess\u00e9ch\u00e9es\u00a0: l\u2019\u00e9corce des momies tombe, par plaques, comme d\u2019un platane\u00a0; et peut-\u00eatre vont s\u2019attacher \u00e0 moi, \u00e9merg\u00e9es de ces arbres brunis, les dryades squelettes. Mais leurs paumes griffues m\u2019\u00e9pargnent. Il est toujours l\u00e0, le F\u0153tus qu\u2019on m\u2019a charg\u00e9 de porter en place honorable parmi ses pareils\u00a0; et son corps, nagu\u00e8re de n\u00e8fle rid\u00e9e, \u00e0 mes mains qui viennent de palper des os donne l\u2019impression douce de l\u2019\u00e9mail. Et, fendant l\u2019ombre de l\u2019\u00e9paule ainsi que d\u2019une proue, je l\u2019emporte respectueux, accroupi dans mes mains jointes, comme un Bouddha de porcelaine.<\/p>\n<h5>II<\/h5>\n<h5>L\u2019 Odorat<\/h5>\n<p>Je l\u2019emporte \u00e0 travers le tremblement sans forme et sans couleur de la poussi\u00e8re morte. L\u2019air se hante d\u2019esprits invisibles mais non immat\u00e9riels\u00a0: une poudre t\u00e9nue monte des os en effluves et me pr\u00e9c\u00e8de comme la lumineuse colonne mystique. Les plis de la serviette o\u00f9 je l\u2019emporte battent l\u2019air de leur simoun\u00a0; et les trombes de sable irrit\u00e9es se retournent et m\u2019\u00e9touffent. Les pas rythm\u00e9s sur les escaliers sans fin rythment la danse des sables\u00a0; et les atomes incubes viennent tambouriner mes narines \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, comme le flux d\u2019une mer, et les corrodent de l\u2019\u00e2cre br\u00fblure de l\u2019ammoniaque. C\u2019est l\u2019accompagnement sourd d\u2019une marche indienne\u00a0; et ballott\u00e9 au bout de mes bras inconscients, le F\u0153tus accroupi se tapit et s\u2019endort, berc\u00e9 par la houle des dromadaires.<\/p>\n<p>La s\u00e8che poussi\u00e8re tarit la gorge\u00a0; j\u2019ai d\u00fb boire<\/p>\n<p>il y a longtemps, bien longtemps, boire \u00e0 longs<\/p>\n<p>traits une outre pleine. Car je la tiens encore cette outre frip\u00e9e, affaiss\u00e9e et racornie dans mes mains\u00a0; et des relents de choses dess\u00e9ch\u00e9es en montent. Au moins de l\u2019air, de l\u2019air humide que me cache le ciel lourd de ces vo\u00fbtes imp\u00e9n\u00e9trables\u00a0! Et la fen\u00eatre tourne son gouvernail dans la mer d\u2019huile noire. Tout est noir, les astres sont irr\u00e9parablement fuis du ciel, et le noir est absolu partout, sans nul clapotement glauque.<\/p>\n<h5>III<\/h5>\n<h5>L\u2019 Ou\u00efe<\/h5>\n<p>Par la fen\u00eatre ouverte le vent joyeux se pr\u00e9cipite, et passe sur l\u2019ombre avec un frottement grave, comme sur une corde de contrebasse. Il g\u00e9mit en traversant les fourr\u00e9s et les taillis d\u2019os que je devine \u00e0 leur cliquetis d\u2019anche\u00a0; et la nuit enferm\u00e9e dans les cages \u00e0 perroquets des c\u00f4tes barytone, comme l\u2019air dans les tonneaux cercl\u00e9s ou les cercueils qu\u2019on cloue. Il agite doucement les andouillers feuillus d\u2019un cerf gigantesque, et les frondaisons palpitent comme des ailes de t\u00eate de mort. Et les longues fl\u00fbtes \u00e9oliennes des c\u00e9tac\u00e9s, s\u00e9ries de vert\u00e8bres rabouties par des viroles de cuivre, attendent qui joue. Des araign\u00e9es qui d\u00e9logent \u00e9corchent le sol de leurs petites griffes\u00a0; et de tous ces bruits la perception est si nette, qu\u2019on distingue encore parmi se tourner dans les orbites les yeux de n\u00e9ant des squelettes.<\/p>\n<p>Dans la clef du bocal ouvert, le vent souffle oblique\u00a0; c\u2019est le son pur et liquide de l\u2019alcool avec ses petites vagues. Et comme il m\u2019est interdit d\u2019allumer une flamme, je vais remplir ma mission dans l\u2019ombre, avec un remords recel, comme qui va jeter de la berge aux profonds remous le pante qui passe.<\/p>\n<p>Tels les otaries qui plongent, et \u00e0 chaque plongeon poussent un hoquet rauque, bouteilles noires qui s\u2019emplissent, il tombe en l\u2019humide prison de verre. Et apr\u00e8s un choc sur le plat tremplin de la surface, il descend doucement, doucement, comme un ballon qui atterrit. Il me semble que je l\u2019ai jet\u00e9 dans un puits, et que par l\u00e2chet\u00e9 je suis fier d\u2019avoir la main assez forte pour fermer un puits d\u2019un couvercle cachet\u00e9 \u00e0 la cire.<\/p>\n<h5>IV<\/h5>\n<h5>La Vue<\/h5>\n<p>Le falot b\u00e2ille et souffle la lueur, et apparaissent les hauts plafonds et les murs nus\u00a0; et les marches des escaliers et leurs ombres se d\u00e9tachent alternatives, blanches et noires comme un clavier. Et au d\u00e9tour du chemin circulaire se repr\u00e9sente ce grand cerf o\u00f9 j\u2019avais entendu souffler les vents. Derri\u00e8re, \u00e0 perte de vue trotte lourdement une meute de molosses squelettes, \u00e0 qui instinctivement je livre passage. B\u00e9h\u00e9moths aux t\u00e8tes bestiales, aux d\u00e9fenses en nombre divers, pressent leur troupeau\u00a0; mais l\u2019on n\u2019entend point cliqueter sur les dalles leurs sabots fendus, car des piqueurs invisibles les tiennent riv\u00e9s au mur par des laisses et des carcans de cuivre. Des ceps de cuivre paralysent tous leurs membres et des liens de cuivre encore arr\u00eatent sur ses jarrets \u00e9perdus le grand cerf qui d\u00e9tale devant eux, le grand cerf aux Bois extravagants. Leurs orbites vides nous suivent comme le regard circulaire d\u2019un portrait trop photographique\u00a0; le l\u00e9viathan d\u00e9charn\u00e9, \u00ab\u00a0carcasse \u00bb de Raphael, se retournerait pour nous mordre\u00a0; mais cinq mains de bronze jaillies de terre comme des piliers de cath\u00e9drale maintiennent rigide sa longue echine de vaisseau qu\u2019on construit. Les \u00eatres sabbatiques sont fig\u00e9s dans leurs convulsions\u00a0: mais l\u2019homme a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de clore jamais l\u2019ab\u00eeme espion de leurs paupi\u00e8res. Et sur les murs tr\u00eas clairs, derri\u00e8re les minceurs des os, se figent aussi les ombres, comme des d\u00e9coupures coll\u00e9es de papier noir.<\/p>\n<p>&#8230;Vraiment, s\u2019il me semblait commettre un crime, c\u2019\u00e9tait bien \u00e0 tort. II s\u2019est \u00e9panoui dans son vase comme un bouquet qu\u2019on arrose. Et des bulles d\u2019air, irrit\u00e9es et iris\u00e9es, sous la clart\u00e9 crue de la lampe, restent accroch\u00e9es aux plis non encore d\u00e9faits de sa face. Ses paupi\u00e8res s\u2019\u00e9cartent, ses l\u00e8vres s\u2019ouvrent en un vague sourire. II a emport\u00e9 de l\u2019air aux oreilles comme un insecte d\u2019eau qui plonge. Ses yeux et sa bouche me regardent de ce regard mystique dont vous inqui\u00e8te tel masque en<\/p>\n<p>p\u00e2te de verre. Mais mes doigts maladroits agitent le vase, les bulles s\u2019envolent, et je reste b\u00e9ant devant la figure b\u00eate de poupard de caoutchouc qui s\u2019\u00e9tale.<\/p>\n<h5>V<\/h5>\n<h5>Le Go\u00fbt<\/h5>\n<p>Ma lampe a piqu\u00e9 de points clairs les dents des<\/p>\n<p>monstres les plus proches. Les effraies empaill\u00e9es, sous leur masque de velours blanc perc\u00e9 d\u2019yeux en \u00e9tui de peigne, ouvrent leur bec de ciseaux. L\u2019infini troupeau des quadrup\u00e8des d\u00e9charn\u00e9s se couche comme un chien qui qu\u00eate un os, et l\u2019immense meute attend la cur\u00e9e. Les squelettes pendus par le cr\u00e2ne, immuablement droits et corrects, ouvrent sans bruit leurs l\u00e8vres jaunes en des sourires de gourmets, et les momies rapprochent leurs cagneuses rotules de casse-noisettes bruns. Je ne suis que le ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel qui leur apporte inconscient un hors-d\u2019\u0153uvre pour leur prochain sabbat \u2014 car, en le cristal du bocal, sur la tablette de l\u2019armoire vitr\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 ballonn\u00e9 d\u2019alcool clair, s\u2019\u00e9panouit le F\u0153tus comme un gros fruit des Iles.<\/p>\n<h3>L&rsquo;homme \u00e0 la hache<\/h3>\n<p><em>D\u2019apr\u00e8s et pour P. Gauguin.<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019horizon, par les brouillards,<\/p>\n<p>Les tintamarres des hasards,<\/p>\n<p>Vagues, nous armons nos d\u00e9mons<\/p>\n<p>dans l\u2019entre-deux sournois des monts.<\/p>\n<p>Au rivage que nous fermons<\/p>\n<p>Dome un g\u00e9ant sur les limons.<\/p>\n<p>Nous rampons \u00e0 ses pieds, l\u00e9zards.<\/p>\n<p>Lui, sur son char tel un C\u00e9sar<\/p>\n<p>Ou sur un pi\u00e9destal de marbre,<\/p>\n<p>Taille une barque en un tronc d\u2019arbre<\/p>\n<p>Pour debout dessus nous poursuivre<\/p>\n<p>Jusqu\u2019a la fin verte des lieues.<\/p>\n<p>Du rivage ses bras de cuivre<\/p>\n<p>L\u00e8vent au ciel la hache bleue.<\/p>\n<h3>L<strong>es prol\u00e9gom\u00e8nes de Haldernablou<\/strong><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5>I<\/h5>\n<p>\u00c9coutez ce que je vis suspendu sur l\u2019\u00e9to\u00f9e Algol cependant que tombait la pluie de soufre, et comment j\u2019aurais recueilli les pennes du Poisson volant si je ne m\u2019\u00e9tais attarde \u00e9couter les quatre oiseaux sym\u00e9triques devisant sur le calvaire.<\/p>\n<p>Sous le ciel vert enfer les colonnades haussent<\/p>\n<p>de leurs poings dont les veines s\u2019\u00e9claboussent en chapiteaux feuillus les d\u00f4mes dont luisent les boucliers.<\/p>\n<p>Sous la pluie de soufre et de bitume, la ville railleuse ouvre ses parasols, mais bient\u00f4t les grandes tortues aux pattes \u00e9l\u00e9phantiasiques restent h\u00e9b\u00e9t\u00e9es, plant\u00e9es sur le lac terne o\u00f9 ne se mirent point leurs plastrons d\u2019or.<\/p>\n<p>Et par-dessus passent et repassent, ouvrent et ferment leurs \u00e9ventails les chauves-souris aux<\/p>\n<p>ailes de carton br\u00fbl\u00e9.<\/p>\n<p>Et toujours la ville hausse ses poings de menace vers le ciel d\u2019o\u00f9 l\u2019accable son Ennemi. Mais Dieu n\u2019accorde point \u00e0 ses yeux son envergure qui tout traverse\u00a0: bien loin au-dessous ses orteils ont pour bagues les filons de l\u2019or souterrain, que le divin vendangeur \u00e9crase pour qu\u2019en monte comme un parfum la lumi\u00e8re\u00a0; bien loin au-dessus sa grande barbe balaie les nuages, et ses doigts quand il r\u00e9fl\u00e9chit dans la noire tapisseriefirmamentaire<\/p>\n<p>percent des trous. Mais de l\u2019\u00e9to\u00f9e Algol \u2014 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais mont\u00e9 d\u2019un bond, pour contempler cette<\/p>\n<p>sc\u00e8ne recul\u00e9e dont l\u2019image se perd comme les<\/p>\n<p>cercles qui s\u2019\u00e9loignent d\u2019une pierre qu\u2019on jette<\/p>\n<p>\u00e0 travers l\u2019infini liquide \u2014 je vis son Phallus sacr\u00e9, que les Indous appellent Lingam, ramper \u00e0 travers un temple croulant. Il inclina sa tour d\u2019ivoire, et son cr\u00e2ne na\u00eff qui n\u2019a point encore de suture sagittale, pareil \u00e0 l\u2019oeil d\u2019un cam\u00e9l\u00e9on albinos.<\/p>\n<p>Et le grand Phallus, comme un serpent d\u2019eau et surtout comme une gal\u00e9re \u00e0 trois rangs de rames, glissa sur la nappe unie du bitume. Et la foule, aux pieds jusqu\u2019alors soud\u00e9s comme des mouches en un pot de miel, s\u2019\u00e9cartant du monstre, rayonna dans les \u00e9clats des mille pieds du scolopendre.<\/p>\n<p>Et la voix c\u00e9leste tomba lente et grave comme<\/p>\n<p>un parachute\u00a0: \u00ab Tous ceux p\u00e9riront, qui n\u2019ont<\/p>\n<p>point respect\u00e9 mes lois\u00a0; ils p\u00e9riront, les mages, les divinateurs et ceux qui consultent les esprits de Python, car ils ont viol\u00e9 la Norme\u00a0; et ceux qui s\u2019unissent aux b\u00eates, car c\u2019est une confusion, et ceux qui ne veulent point, telle que je l\u2019ai cr\u00e9\u00e9e, reproduire leur race\u00a0: car ma R\u00e8gle les abomine. \u00bb<\/p>\n<p>Et la pluie de soufre et de bitume tombait avec<\/p>\n<p>la voix du haut des nues, couvrait la terre plate et montait peu \u00e0 peu comme une mer. Et les mages, les divinateurs et ceux qui consultent les esprits de Python et tous ceux que Dieu condamna, semblaient dans la mar\u00e9e montante descendre tr\u00e8s lents, ou fondre comme un cierge qu\u2019on pose sur un fer chaud. Et comme le Phallus regardait l\u2019un d\u2019eux, le mage pour l\u2019\u00e9couter et retarder la mort intempestive, releva sur sa t\u00e8te et \u00e9tendit sur ses bras les grandes ailes de sa robe, abritant sous lui le sol contre la pluie de feu et d\u00e9couvrant \u00e0 mes yeux son sexe, beau comme un hibou pendu par les griffes.<\/p>\n<p>Et la voix de hautbois module\u00a0: \u00ab Par moi et<\/p>\n<p>malgr\u00e9 moi p\u00e9riront ceux qui n\u2019ob\u00e9irent point \u00e0 mon Ma\u00eetre et ne m\u2019ont point conserv\u00e9 mon r\u00f4le\u00a0; ceux qui r\u00e9v\u00e8rent des sexes plus purs que ceux par Dieu sortis du limon, et invent\u00e8rent les di\u00e8ses et les b\u00e9mols d\u0092\u00c9ros, succ\u00e9dant au plain-chant brutal. \u00bb<\/p>\n<p>Et honteux d\u2019en avoir trop dit, honteux d\u2019avoir<\/p>\n<p>piti\u00e9 de ceux qui disparaissent dans le bitume<\/p>\n<p>ouvrant ses trappes, de ses flancs jaillirent soudain deux roses ailes de ph\u00e9nicopt\u00e8res \u2014 du moins elles me parurent telles \u00e0 la lueur du feu liquide \u2014 et il monta tout droit, apr\u00e8s avoir ras\u00e9 la ville plongeante, planant comme un poisson volant.<\/p>\n<p>Sans d\u00e9lai surgit au ciel un cormoran gris de fer, dont le corps lisse couvrait toute la ville, qui le poursuivit en courroux et apr\u00e8s lui dans l\u2019air de flamme monta toujours, jusqu\u2019\u00e0 ce que je ne les vis plus.<\/p>\n<p>Puis je vis soudain comme une neige de grandes plumes tourbillonnantes, tombant du ciel et du couchant invisible, et que flaireront les groins marins des tapirs. Et je descendis pour marcher sur Ia route o\u00f9 je savais que gisaient maintenant, dans la vall\u00e9e lointaine, les grandes pennes blanches et noires belles comme des squelettes de baleine.<\/p>\n<p>Je m\u2019avan\u00e7ai vers la Croix d\u2019Or. \u2014 C\u00e9sar-Antechrist vous dira. \u2014<\/p>\n<h5>II<\/h5>\n<p>Vulpian et Aster s\u2019assirent sur les rocs haut-enamour\u00e9s de leurs simarres. \u00d4 la lubricit\u00e9 de leurs yeux verts et le givre digital de leurs regards de marronnier\u00a0! Vulpian et Aster ont dans leurs yeux les bonnes joies des morts, violateurs du n\u00e9ant. Et l\u2019\u00e9ventail de leurs yeux verts palpite comme les palmiers libyens.<\/p>\n<p>VULPIAN. \u2014 Je te le dis, ce jour est le jour de notre d\u00e9shonneur mortel. O\u00f9 sont les rideaux que nous avons souffl\u00e9s comme les fum\u00e9es des arbres\u00a0?<\/p>\n<p>ASTER. \u2014 Le vent aux trois mains a quintupl\u00e9 son fouet de sibylle. Verse tes doigts sur mes genoux comme la trompe d\u2019un \u00e9l\u00e9phant mort. Le tonnerre a dit\u00a0: J\u2019\u00e9crirai. Et il a mis son tricorne en temp\u00eate.<\/p>\n<p>VULPIAN. \u2014 La Nuit et ses opaques \u00e9paules<\/p>\n<p>d\u2019ivoire a ferm\u00e9 mes yeux sans besicles. Aster,<\/p>\n<p>les gen\u00eats ont ramifi\u00e9 leurs fulgurites et petites<\/p>\n<p>fus\u00e9es. Et les ajoncs ont fleuri comme des moules qu\u2019on ouvre.<\/p>\n<p>ASTER. \u2014 Les rocs ont reverdi, et le froid avare a remport\u00e9 le caviar de ses \u0153ufs sous ses paumes. Pourquoi as-tu vers\u00e9 la nuit du reflet de tes dix phallus d\u2019ivoire\u00a0?<\/p>\n<h3>Haldernablou<\/h3>\n<p>Appartient \u00e0 Remy de Gourmont.<\/p>\n<p><em>Dramatis<\/em><em> personae<\/em><\/p>\n<p>LE DUC HALDERN.<\/p>\n<p>ABLOU, son page.<\/p>\n<p>LA MERE.<\/p>\n<p>LA VIEILLE.<\/p>\n<p>LA PAUVRE.<\/p>\n<p>LE PASTEUR DES HIBOUX.<\/p>\n<p>LE CHOEUR, invisible et inconcevable (*).<\/p>\n<p>(*) La voix du Ch\u0153ur est celle des d\u00e9cors\u00a0: de lichen stannique dans la For\u00eat, ou de cuivre tremblant \u2014 d\u2019escarcelle au Carrefour du Pauvre\u00a0; \u2014 visc\u00e9rale sur le plafond vitr\u00e9, d\u2019amplitude et de mesure \u00e9gales \u00e0 la croissance des plantes indiqu\u00e9es\u00a0; de phonographe ou d\u2019ossements paralys\u00e9s, liquide un peu, quand l\u2019\u0152il de la T\u00e8te parle.<\/p>\n<h5>PROLOGUE<\/h5>\n<p>Avant l\u2019aurore, dans la foret triangulaire.<\/p>\n<p>LE CHOEUR, dont la mix s\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n<p>Sur la plainte des mandragores<\/p>\n<p>Et la piti\u00e9 des passiflores<\/p>\n<p>Le lombric blanc des enterrements rentre en ses tani\u00e8res.<\/p>\n<p>Le s\u00e9rail des faces de sable<\/p>\n<p>Soumis au bois de nos sandales<\/p>\n<p>Luit de l\u2019or de toutes ses croix \u00e0 nos paupi\u00e8res.<\/p>\n<p>Le cuivre roux des feuilles mortes<\/p>\n<p>Et la force des vieilles \u00e9corces<\/p>\n<p>Sonne et b\u00e9nit le glas tr\u00e8s doux de nos retraites.<\/p>\n<p>Rentrons\u00a0: le jour bient\u00f4t se l\u00e8ve.<\/p>\n<p>La cendre de la nuit ach\u00e8ve<\/p>\n<p>De fuir avec le sang coulant des sabliers.<\/p>\n<p>Les c\u0153urs perdent leur sang qui coule.<\/p>\n<p>Le cerf-volant de nos cagoules<\/p>\n<p>Suspend son spectre aux lointains comme des masques jaunes d\u2019effraies.<\/p>\n<p>Que le mort dorme avant l\u2019aurore.<\/p>\n<p>Que le mort dorme avant le premier pleur de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Sur la plainte des mandragores<\/p>\n<p>Et la piti\u00e9 des passiflores<\/p>\n<p>Le lombric blanc des enterrements rentre en ses tani\u00e8res.<\/p>\n<h3>Acte premier<\/h3>\n<h5>SCENE I<\/h5>\n<p>Une avenue. Un monument au fronton grec.<\/p>\n<p>HALDERN, ABLOU<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 De votre manoir le soir les esclaves au bord des routes. Les mains d\u2019ombre sur ceux qui passent. Les cervelles \u00e9cras\u00e9es sous les troncs d\u2019arbres. Dans des bocaux avec de belles \u00e9tiquettes\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Oui, Ablou.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Et des squelettes derri\u00e8re les portes ob\u00e9issent, phalanges aux verrous. Et des cam\u00e9l\u00e9ons vrill\u00e9s autour des hauts dressoirs virent-virent au soleil leurs yeux comme des p\u00e9nis de n\u00e8gres\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Oui, Ablou.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Et jamais personne n\u2019a visit\u00e9 votre manoir\u00a0? Ni homme, ni femme\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN.\u2014 Le pont-levis \u2014 lui seul et le hibou remontent la mandibule de leur paupi\u00e8re de soie grise \u2014 a ses papilles vierges du sable des hommes m\u00e9pris\u00e9s, aveugles du seul R\u00e9el, le Surnaturel. J\u2019aime en les femmes \u2014 carie et scorie que Dieu extirpa de la grille de leurs c\u00f4tes \u2014 leur servilit\u00e9, mais je les veux muettes. Dans mon alc\u00f4ve sainte du buis b\u00e9nit des chauves-souris, quand en mes bras elles parlent \u2014 plainte du thorax des poup\u00e9es aux doigts des colporteurs \u2014quand elles parlent, je les jette au pied de mon lit, \u00e0 l\u2019aur\u00e9ole de veilleuse de la t\u00e8te de mort en sa caverne b\u00e2illante, qui m\u2019\u00e9coute de ses deux creuses ailes d\u2019\u00e9pervier blanches et noires. \u2014 Hors du sexe seul est l\u2019amour\u00a0; je voudrais&#8230; quelqu\u2019un qui ne f\u00fbt ni homme ni femme ni tout a fait monstre, esclave d\u00e9vou\u00e9 et qui p\u00fbt parler sans rompre l\u2019harmonie de mes pens\u00e9es sublimes\u00a0; \u00e0 qui un baiser f\u00fbt stupre d\u00e9monial. Quelque homme t\u2019a-t-il dit qu\u2019il t\u2019aimait, Ablou\u00a0?<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 S\u2019il avait \u00e9t\u00e9 assez hardi \u2014 j\u2019aurais fouett\u00e9 sa joue de mes cinq doigts de pieuvre, ou tout au moins je l\u2019aurais tu\u00e9.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Je t\u2019aime et te veux \u00e0 mes pieds, Ablou.<\/p>\n<p>ABLOU. Plaisanterie.<\/p>\n<p>HALDERN. Du nord, du sud, de l\u2019est, de l\u2019ouest, tous ont ramp\u00e9 autour de moi en \u00e9to\u00f9e<\/p>\n<p>de sphinx accroupis. Tu es au-dessus des autres, tu deviendras plus vil qu\u2019eux tous. \u2014 Et maintenant, tout est entendu, marchons plus loin.<\/p>\n<h5>SCENE II<\/h5>\n<p>Une charnbre chez Haldern. Deux chev\u00eaches dans une cage.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Mangez, mangez, le hanneton que je vous partage est bien vivant, et it tordait sur la pierre tombale les pattes et la queue d\u2019une crevette luisante. Ils se le sont partag\u00e9 en un baiser bizarre\u00a0: au bec du m\u00e2le les blanches dents triangulaires de la scie abdominale stridulent, et sa femelle marmonne les \u00e9lytres depin d\u00e9cortiqu\u00e9es, suspendues sur les moutons blancs des c\u0153urs de ses plumes comme des nacelles de tortue frissonnantes et translucides. Zibou, Zibou, embrasse-moi de tes pures l\u00e8vres de corne, serre mes doigts de lafaux quadruple de ton gantelet. \u2014 Zibou, tu as chant\u00e9\u00a0! Je tordrai sur ton cou de gauche \u00e0 droite ton cr\u00e2ne isoc\u00e8le&#8230; Mais non, ce que tu me pr\u00e9dis m\u2019\u00e9vitera le remords, Zibou\u00a0: je me souviendrai que tu as chant\u00e9\u00a0; car ta fl\u00fbte s\u2019est tue du jour o\u00f9 l\u2019on souda le cercueil de conserves du mort dont la pierre a fait germer le hanneton qui agite le d\u00e9lire d\u00e9racin\u00e9 de ses pattes au pal de ton bec comme les membres d\u2019Agamemnon.<\/p>\n<h5>SCENE III<\/h5>\n<p>HALDERN, ABLOU.<\/p>\n<p>ABLOU, <em>au soupirail<\/em>. \u2014 La Machine, vie devin\u00e9e qui se d\u00e9vide en l\u2019ombre dense.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Le fond de la terre et la pesanteur ont dans leurs mains qui r\u00e9chauffent ses orteils de mandragore. File ton rouet, f\u00e9line Drosera. Tourne le charbon lumineux de ta courroie, fleuve Oc\u00e9an qui encorbelle les Ixions pa\u00efens aux X de bras philosophaux. Tu es embryon par le continu de tes gestes circulaires, mais tu es ton centre et ta circonf\u00e9rence, et tu te penses toi-m\u00eame, Dieu m\u00e9tallique, essence et idole. Dieu avare, tu retiens de ton trident les deux astres noirs pr\u00e8s de jaillir \u00e0 la gauche et \u00e0 la droite de tes horizons. Tu Demeures, Dieu un, qui ne veux point de fils qui t\u2019amoindrirait par h\u00e9ritage, et qui cr\u00e9as la Terre, ronde sous ta griffe de cachet, comme la pustule le crapaud. Tu te suffis \u00e0 toi-m\u00eame, Onan du mental de ton sexe, et qui baptisas Malthus d\u2019un jet de ta bave bouillante. Gav\u00e9e des intestins terrestres,<\/p>\n<p>tu d\u00e9penses ta force dans la rage de tes verticaux cercles d\u2019\u00e9cureuil, et bourdonnes si douce sur la terre qui te tient en sa glu, que tu sembles le vol de limace ail\u00e9e de cristal d\u2019une fusiforme macroglosse. \u2014 Nous, Pure Pens\u00e9e, alourdis encore par notre corps trop de chair&#8230;<\/p>\n<p>ABLOU. &#8211; La lumi\u00e8re sur le glauque dais horizontal.<\/p>\n<p>HALDERN. &#8211; Marelle de plomb en damier, pan de vitrail abattu, les pas par-dessous s\u2019y lisent de l\u2019\u00e9tage qui nous surplombe. Its montent et descendent une \u00e9chelle, les invisibles dont tra\u00eenent les ombres. Une, deux\u00a0; une, deux\u00a0; les jambes s\u2019allongent et s\u2019accourcissent comme l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre les cornes d\u2019un lima\u00e7onsalternativement aiguillonn\u00e9es.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Ici l\u2019aiguillon recule les yeux de<\/p>\n<p>gloire.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Ils montent et descendent les escaliers lin\u00e9aires. Anoblepas des robes de femmes, sur nous passent d\u00e9hanch\u00e9s des mouvements amibo\u00efdes de corbeilles qu\u2019on cahote.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Si c\u2019\u00e9taient <em>r\u00e9elles<\/em> des robes de femmes, ta misogynie&#8230; Nous nous s\u00e9parerons&#8230;<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 \u00c9coute\u00a0!<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Un son vague et circulaire comme des sph\u00e8res de porphyre dont roulent les rapports num\u00e9riques.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 \u00c9coute\u00a0! C\u2019est le Pasteur des Hiboux qui passe, que j\u2019entends, qu\u2019unis d\u00e9j\u00e0 par plusieurs sens nous entendrons. La Fatalit\u00e9 du Subterrestre est sur nous.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Partons, partons\u00a0!<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 \u00c9coute\u00a0! (mon amour vaut qu\u2019on s\u2019y int\u00e9resse, puisque les Apparitions l\u2019accompagnent&#8230;)<\/p>\n<p><em>(Ils se prom\u00e8nent de long en large\u00a0; au-dessus,<\/em><\/p>\n<p><em>en<\/em><em> majeure amplitude, oscillent et croisent leur z\u00e9nith des ombres rondes, noires et dentel\u00e9es.)<\/em><\/p>\n<h5>SCENE IV<\/h5>\n<p>LES M\u00caMES, LE PASTEUR DES HIBOUX<\/p>\n<p>\u00c9crevisse coryph\u00e9e en l\u2019aquarium sup\u00e9rieur<\/p>\n<p>LE PASTEUR DES HIBOUX<\/p>\n<p><em>Strophe Ie (Pavot)<\/em><\/p>\n<p>La volute<\/p>\n<p>Des incantations<\/p>\n<p>S\u2019exhale en fum\u00e9e et fuit hors des sept trous de ma fl\u00fbte.<\/p>\n<p>Or fris\u00e9 des hiboux ocell\u00e9s, nations<\/p>\n<p>Des solitaires roux m\u00e9ditant sur les troncs<\/p>\n<p>Des ormes difformes et le cuivre lunaire des pierres,<\/p>\n<p>\u00c0 mon souffle fermez les cymbales de vos paupi\u00e8res<\/p>\n<p>Et les bagues aux doigts de la nuit de l\u2019or de vos yeux de tromblons.<\/p>\n<p><em>Antistrophe Ire (Passiflore).<\/em><\/p>\n<p>Double<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019horizon la vision trouble<\/p>\n<p>Des rideaux mous s\u2019ouvrant des ailes des hiboux.<\/p>\n<p>Cymbales<\/p>\n<p>Aux trous ou aux clous des doigts de gloire,<\/p>\n<p>Les tromblons de leurs yeux sur nous<\/p>\n<p>Dans For ocelle de leur t\u00eate de ciboire.<\/p>\n<p><em>\u00c9pode Ire (Drosera)<\/em><\/p>\n<p>Il ocellera, le hibou,<\/p>\n<p>Son biniou<\/p>\n<p>Des \u00e9ventails de pleurs mordor\u00e9s de son cou.<\/p>\n<p><em>Strophe II (Foug\u00e8re).<\/em><\/p>\n<p>La su\u00e9doise ouate \u00e0 ses doigts bouche et lute<\/p>\n<p>Les poly\u00e8dres des orbites de ma fl\u00fbte.<\/p>\n<p><em>Antistrophe II (Agaric).<\/em><\/p>\n<p>La volute<\/p>\n<p>Du cou du hibou<\/p>\n<p>Blute<\/p>\n<p>L\u2019essaim<\/p>\n<p>Du van des \u00e9tincelles<\/p>\n<p>Des yeux nyctalopes de ses ailes<\/p>\n<p>Lourd et si bruissant de malchus d\u2019assassins.<\/p>\n<p><em>\u00c9pode II (Mandragore).<\/em><\/p>\n<p>Il ocellera, le hibou,<\/p>\n<p>Son biniou<\/p>\n<p>Des \u00e9ventails de pleurs mordor\u00e9s de son cou.<\/p>\n<p>Il ocellera, le hibou,<\/p>\n<p>Son biniou<\/p>\n<p>Aux volutes<\/p>\n<p>Des poly\u00e8dres des orbites de ma fl\u00fbte.<\/p>\n<h5>SCENE V<\/h5>\n<p>L\u2019avenue en sens inverse.<\/p>\n<p>HALDERN, ABLOU, LE CHOEUR<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Ablou, embrasse-moi.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 L\u2019ob\u00e9lisque et la colonne de la<\/p>\n<p>fontaine.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 L\u2019araign\u00e9e des pr\u00e9jug\u00e9s n\u2019a point encore de ses mandibules b\u00e9n\u00e9voles coup\u00e9 autour de toi sato\u00f9e de silence. Ne pouvoir de l\u2019\u00catre aim\u00e9 recevoir une preuve d\u2019amour sans qu\u2019il se croie humili\u00e9\u00a0! Veux-tu qu\u2019Apr\u00e8s je te tende ma paume ouverte, o\u00f9 de la pointe d\u2019un couteau tu graveras les ocellures d\u2019un reliquaire avec quatre oiseaux d\u2019 or\u00a0?<\/p>\n<p>LE CHOEUR. \u2014 <em>Le corps du fakir las, tr\u00e8s las, se couche sur la route aux bordures de fer. La cadence des monnayeurs fait envoler le spectre r\u00e9veill\u00e9 du papillon noir plat comme le givre des lampadaires quipavonnent. Le corps du fakir las, tr\u00e8s las, se couche sur la route aux bordures de fer.<\/em><\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Ablou, embrasse-moi, Fraternellement. Et assez de banalit\u00e9s.<\/p>\n<p>ABLOU. Oui, car if faut faire et non dire. <em>(Embrass\u00e9.)<\/em> \u2014 J\u2019ai l\u2019intention d\u2019avoir beaucoup de duels.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Comme moi\u00a0: chute sadique des mannequins. L\u2019\u00e9p\u00e9e en son rut sanglant.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Ton tramway qui passe. N\u2019oublie pas le livre que nous avons lu ensemble.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Comme Francesca. \u2014 Adieu.<\/p>\n<p><em>(La trompe \u00e0 gauche, m\u00eame note que la chev\u00eache.)<\/em><\/p>\n<p>ABLOU, <em>seul<\/em>. \u2014 Est-ce lui qui l\u00e0-bas fait des<\/p>\n<p>bonds \u00e9normes, comme pour rattraper un retard inexpliqu\u00e9\u00a0? La rue d\u00e9pav\u00e9e par la pointe de ses orteils. Aux angles des pav\u00e9s retourn\u00e9s on a broy\u00e9 des pastels rouges. L\u00e0-bas le trap\u00e8ze du livre ouvert sur le marchepied. Il remonte. Pourtant \u2014 des soufflets insecticides aux \u00e9ponges tra\u00een\u00e9es des<\/p>\n<p>pav\u00e9s ont insuffl\u00e9 la garance saupoudrante.<\/p>\n<p>LE CH\u0152UR. \u2014 <em>Le corps du fakir las, tr\u00e8s las, se couche sur la route aux bordures de fer.<\/em><\/p>\n<h3>Acte deuxi\u00e8me<\/h3>\n<h5>SC\u00c8NE I<\/h5>\n<p>Un carrefour. Une grille. Un chalet devant ou transparait la t\u00eate de LA VIEILLE.<\/p>\n<p>HALDERN, ABLOU, LE PAUVRE, LE CH\u0152UR<\/p>\n<p>ABLOU. Qu\u2019est-ce l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN.\u2014 Un crapaud barbu, v\u00eatu, mort raidi qu\u2019on n\u2019\u00e9tendra point sur les dalles des morgues \u2014 savoir les points des dominos\u00a0! Mais le corps est sur le nombre, et sur le corps le jeu de patience de la v\u00eature inhabit\u00e9e. \u2014 Cul-de-jatte, beau du triangle de tes jambes crois\u00e9es et de l\u2019horizontalit\u00e9 de ton bras de fakir, la sonore alchimie du cuivre en ta pat\u00e8ne de fer-blanc peut- \u00eatre \u00e9lectrisera l\u2019aiguille descendante o\u00f9 ton poing tinte les heures de mis\u00e8re.<\/p>\n<p><em>(II met un sou dans la s\u00e9bile.)<\/em><\/p>\n<p>LE PAUVRE. \u2014 Merci, madame.<\/p>\n<p><em>(Haldern abat d\u2019un coup de canne son bras ankylos\u00e9.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHOEUR. \u2014 Les os bris\u00e9s, le fl\u00e9au de la main qui pend sous la cravache de l\u2019androgyne. Ha\u00a0! ha\u00a0! Les taupins monnay\u00e9s qui ruissellent et tressautent. Un baril de pois sur la pintade du trottoir. Car tel sera par-del\u00e0 les temps d\u00e9serts le cuivre sph\u00e9rique de nos yeux d\u2019espoir arrach\u00e9s.<\/p>\n<p>LA VIEILLE <em>gardienne d\u2019un Water-closet chante d\u2019une voix grin\u00e7ante de cigale prisonni\u00e8re<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>La belle dit \u00e0 l\u2019amant\u00a0:<\/p>\n<p>Entrez, entrez, bergerette\u00a0;<\/p>\n<p>Noire la langue muette,<\/p>\n<p>Baiser de bouche qui ment\u00a0;<\/p>\n<p>Et des morts dans la brouette.<\/p>\n<p>LE CHOEUR. \u2014 <em>Passons, passons, la pluie viendra, pour un pr\u00e9texte aux \u00e9to\u00f9es \u00e0 se mirer sur la terre.<\/em><\/p>\n<h5>SC\u00c8NE II<\/h5>\n<p>Un ciel noir.<\/p>\n<p>ABLOU, HALDERN<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Vois, Haldern, l\u2019\u00e9to\u00f9e file, file comme un hibou le feu aux plumes. De celui qui voit une \u00e9to\u00f9equi file, tout souhait est r\u00e9alis\u00e9. D\u2019agressif deviens victime, intervertissons les r\u00f4les. Haldern, je t\u2019aime.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Le souhait se r\u00e9alise quand avant que s\u2019\u00e9teigne la fus\u00e9e c\u00e9leste dans le noir la main a dessin\u00e9 un signe de croix. Ta longue main de caresses est rest\u00e9e dans la mienne. Comparons nos mains. La mienne est plus petite. Aussi large. J\u2019ai une main d\u2019\u00e9trangleur,<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Tu n\u2019as point non plus fait le signe de croix.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Qu\u2019a besoin des intromissions divines celui qui pent tout par sa seule force\u00a0? Viens, je veux que tous les jours tu fasses avec moi de l\u2019escrime et tires au pistolet sur le vol horaire des chauves-souris. Je veux, apr\u00e8s t\u2019\u00eatre avili devant moi, que tu puisses m\u2019en demander raison.<\/p>\n<h5>SC\u00c8NE III<\/h5>\n<p>La chambre d\u2019Ablou.<\/p>\n<p>ABLOU, SA M\u00c8RE, HALDERN, LE CH\u0152UR<\/p>\n<p>LE CH\u0152UR.<\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9clair allume sa lampe et l\u2019\u00e9teint pour rire<\/em><\/p>\n<p><em>Et l\u2019enveloppe de son manteau de souris\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Car devant Balthazar l\u2019\u00e9clair fier vient d\u2019\u00e9crire<\/em><\/p>\n<p><em>En lettres de bave aux murailles du ciel gris\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>LA M\u00c8RE. \u2014 Restez, Haldern. La pluie tombe, et derri\u00e8re sa grille les \u00e9clairs gravent leurs Man\u00e9-Thecel-Phar\u00e8s dans les nues. Restez dans la chambre d\u2019Ablou.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Mais ce n\u2019est pas une femme. (La m\u00e8re hausse les \u00e9paules et sort.) Le jour o\u00f9 nous coucherons ensemble&#8230;<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Nous irons chacun de notre c\u00f4t\u00e9, nous irons chacun de notre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<h5>SC\u00c8NE IV<\/h5>\n<p>La chambre de Haldern. Mur de gauche\u00a0: sur un po\u00eale blanc, dans une niche, une t\u00eate de mort sculpt\u00e9e monumentale\u00a0; un lit, un reliquaire au-dessus, une Madone dans l\u2019angle. \u2014 Au fond la Croix de la fen\u00eatre ferm\u00e9e d\u2019un rideau et d\u2019une table. \u2014Mur de droite\u00a0: la Porte, pan de mur nu avec gant d\u2019escrime exhumant trois doigts de l\u2019ombre, une \u00e9p\u00e9e, un pistolet\u00a0; la glace en regard de la niche\u00a0; on y voit la t\u00eate de face. Lampe dans la niche, lampe sur la table, tr\u00e8s basses.<\/p>\n<p>HALDERN, ABLOU, LE CHOEUR<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Nous sommes assez forts tous deux pour pouvoir tenter l\u2019asc\u00e8se. Ta beaut\u00e9 m\u00eame devant mes yeux, mes yeux, mes mains et tous mes sens resteront comme des squelettes sous une dalle. \u2014 Haussons les lampes en \u00e9clats aveuglants. \u2014 Voici les cheveux dont j\u2019ai moi-m\u00eame sur ton cou coup\u00e9 des boucles folles, voici les bras qui pourraient m\u2019\u00e9touffer, que j\u2019ai marbr\u00e9s de mes griffes jalouses\u00a0; voici la claire poitrine et les hanches d\u2019androgyne, voici les pieds de fille et les rotules en as de tr\u00e8fle qui devant moi n\u2019ont jamais pli\u00e9. Voici le sexe parfait en sa norme comme une panth\u00e8re endormie. \u2014 Jusqu\u2019ici plus que moi tu d\u00e9fies l\u2019asc\u00e8se.<\/p>\n<p>LE CHOEUR<\/p>\n<p>La r\u00f4de, la r\u00f4de<\/p>\n<p>X \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qui n\u2019a ni pieds ni piaudes,<\/p>\n<p>Qui n\u2019a qu\u2019une dent<\/p>\n<p>Et qui mange tous les petits enfants.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Assez\u00a0! De ses bras de balance la croix d\u2019or du reliquaire p\u00e8se le crime avec nos r\u00e9sistances. Les cadres sont des orbites qui luisent. Et l\u00e0-bas dans l\u2019ombre une image de Sainte nous regarde, nous regarde malgr\u00e9 elle, clou\u00e9e au mur comme une effraie par les ailes.<\/p>\n<p>ABLOU. Ne pouvais-tu le dire plus t\u00f4t\u00a0? Que va-t-il nous arriver maintenant\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN. Hausse la lampe.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Non, elle est calme et douce et ne nous voit plus. \u2014 \u00d4 ce bruit dans la rue\u00a0!<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 C\u2019est un chariot charg\u00e9 de ferraille.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Le bruit dure bien longtemps, bien longtemps. Que va-t-il nous arriver maintenant\u00a0?<\/p>\n<p>HALDERN. Ouvrons une Bible, je me suis souvent bien trouv\u00e9 de ce mode de divination. Ouvre et pose ton doigt sur le verset.<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Les portes de la maison seront consum\u00e9es par le feu&#8230; \u00bb (*).<\/p>\n<p>(*) N\u00e9h\u00e9mie, II, 13.<\/p>\n<p>HALDERN.\u2014Va-t\u2019en\u00a0!<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Adieu. \u2014 Je te souhaite de ne pas avoir trop d\u2019apparitions cette nuit.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014Ne descends pas encore la vis interminable des escaliers. Je te donnerai une lampe pour descendre. Les apparitions traversent les serrures ferm\u00e9es \u00e0 clef, mais le fer les partage en tron\u00e7ons douloureux et les fumigations des poudres absorbent la vapeur diaphane des esprits. Tire mon \u00e9p\u00e9e. J\u2019allume la m\u00e8che d\u2019un pistolet.<\/p>\n<p><em>(Une \u00e9tincelle tombe sur un mouchoir qui br\u00fble sur la table comme une lampe de mort. Silence.)<\/em><\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Vite, je la remets au fourreau, je te hais trop.<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Je te m\u00e9prise et j\u2019\u00e9crase la m\u00e8che comme toi sous mon pied. Va-t\u2019en\u00a0!<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Adieu. Et par la vis interminable des escaliers parle-moi de palier en palier pour dissiper l\u2019essaim des \u00e2mes mortes.<\/p>\n<p>HALDERN.\u2014 Adieu. \u2014Nous dirons ce soir une pri\u00e8re.<\/p>\n<p>ABLOU. N\u2019aie pas trop d\u2019apparitions cette nuit\u00a0!<\/p>\n<h5>SC\u00c8NE V<\/h5>\n<p>L\u2019avenue.<\/p>\n<p>HALDERN, ABLOU<\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 &#8230;Tu es un bon serviteur,<\/p>\n<p>ABLOU. \u2014 Assez\u00a0!..<\/p>\n<p><em>(Ils s\u2019en vont chacun de leur c\u00f4t\u00e9.)<\/em><\/p>\n<h5>SC\u00c8NE VI<\/h5>\n<p>La chambre de Haldern, les lampes \u00e9teintes.<\/p>\n<p>LE CHOEUR, HALDERN<\/p>\n<p>HALDERN. &#8212; Chauve-souris, doublure de sexe tentaculaire retourn\u00e9, fourr\u00e9 de chevreuil, dess\u00e9chant dans un grimoire sa main de gloire\u00a0; voile d\u2019artimon aux quotidiennes temp\u00eates cr\u00e9pusculaires\u00a0; ourson ou oursin\u00a0; buis b\u00e9nit, laurier aux murailles\u00a0;<\/p>\n<p>Arr\u00eate tes zig-zags d\u2019\u00e9clair dont l\u2019une aile soudain se casse.<\/p>\n<p><em>Engoulevent<\/em>, \u00e0 la gorge luisante de crapaud en peau de Su\u00e8de, aux griffes de palmier, oiseau des serrures et des toits \u2014 le martinet est une enclume de couvreur, inconfusible au vol sibilant de ta clef de ventouse\u00a0; \u2014<\/p>\n<p>\u00c9coute-moi.<\/p>\n<p>Crapaud, aux paumes b\u00e9nissantes d\u2019ast\u00e9ries pentagrammatiques,<\/p>\n<p>Prot\u00e8ge-moi.<\/p>\n<p>Hibou ocell\u00e9, tout debout avec deux hommes d\u2019armes en aigrette jumelle aux cr\u00e9neaux et pour meurtri\u00e8res un double nimbe clou\u00e9 par son centre aux murailles\u00a0; nyctalope aux caves cymbales, mamelles d\u2019or \u00e0 la pointe noire et cari\u00e9e sym\u00e9triques horizontalement au-dessus du t\u00e9tra\u00e8dre de ton sternum\u00a0; aux paupi\u00e8res de soie gris perle qui clignent comme le flux et le reflux de la mer\u00a0;<\/p>\n<p>Conseille-moi.<\/p>\n<p><em>Mygale<\/em>, au triangle de ta toile isoc\u00e8le \u00e9tag\u00e8re, prunelles de verre ou gouttes de ros\u00e9e et pattes noires de luisant m\u00e9tal, \u00e9pingles dont je voudrais de mes doigts d\u2019ivoire d\u00e9tordre l\u2019octuple grappin pour en transpercer ma chevelure de bismuth\u00a0;<\/p>\n<p>Ferme la mort de mes cils au monde ext\u00e9rieur, pour que je r\u00e9fl\u00e9chisse dans la nuit de dessous mon cr\u00e2ne, silence seul troubl\u00e9 par le pouls qui tousse des art\u00e8res de mes yeux sph\u00e9riques.<\/p>\n<p><em>(Le CHOEUR passe en ombres dans la lumineuse projection obliquement pendulaire d\u2019un des yeux d\u2019\u00e9corch\u00e9 de la t\u00eate de mort qui s\u2019ouvre. Phosphorescence des blanches rayures des ailes. Chaque aile, dans la glace, est la foug\u00e8re d\u2019un thorax aux nervures de c\u00f4tes crisp\u00e9es.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHOEUR<\/p>\n<p><em>Strophe<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>La lune ombre de sang l\u2019acier de son croissant.<\/p>\n<p>Le stupre aux ongles tous deux nous marchons chassant<\/p>\n<p>Devant nous les lampadaires en vol de grues<\/p>\n<p>Par l\u2019horizon tendu de noir des mortes rues.<\/p>\n<p>Images de Saintes, vos paupi\u00e8res f\u00e9rues<\/p>\n<p>Dans la chambre, de l\u2019Acte \u00e0 taire, applaudissant<\/p>\n<p>Ironiques en clins \u00e9ternels, noircissant<\/p>\n<p>L\u2019oeil par l\u2019\u00e9tendue des rues parcourues&#8230;<\/p>\n<p>\u00d4tez de devant notre ombre vos yeux de mur,<\/p>\n<p>Comme d\u2019un qu\u2019on va pi\u00e9tiner rampant mobile<\/p>\n<p>Le cheval des tramways r\u00e9vuls\u00e9 un nez obscur&#8230;<\/p>\n<p>Les lampadaires luisent en angle passant\u00a0;<\/p>\n<p>La lune ombre de sang l\u2019acier de son croissant&#8230;<\/p>\n<p>Stupre aux angles, tous deux nous marchons par la ville.<\/p>\n<p><em>Le Livre de l\u2019 Acte pass\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Sur les rails de fer roule et r\u00e2le.<\/em><\/p>\n<p><em>Dormez ind\u00e9finiment, \u00f4 mains tr\u00e9passes\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Vous ne refermerez plus vos dents s\u00e9pulcrales.<\/em><\/p>\n<p><em>Antistrophe<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u00e0-bas fuit le regard des vieux crabes tourteaux,<\/p>\n<p>Sur les ponts, sur le glas des cloches des bateaux.<\/p>\n<p>Sur les toits perchent des oiseaux monumentaux.<\/p>\n<p>Dos en angle des cercueils, mettez vos manteaux.<\/p>\n<p>Mettez vos manteaux bleus et gris, toits centenaires.<\/p>\n<p>Rhinolophes, au nez ferr\u00e9 d\u2019argent, lunaires,<\/p>\n<p>Voletez en signes de croix, noires mon\u00e8res,<\/p>\n<p>Vol erratique des plan\u00e8tes sept\u00e9naires.<\/p>\n<p>Le livre m\u2019a serr\u00e9 de ses pinces de fer<\/p>\n<p>Mieux que les mortes mains n\u2019avaient mordu ma chair.<\/p>\n<p>\u00d4 les lourds patins sur la glace vert enfer\u00a0!<\/p>\n<p>Il avait dit\u00a0: Toujours\u00a0! \u2014 jamais plus\u00a0! lui r\u00e9ponds-je.<\/p>\n<p>\u2014 Et j\u2019\u00e9crase la cervelle comme une \u00e9ponge<\/p>\n<p>Et la m\u00e9moire, dit le corbeau, bec de songe.<\/p>\n<p><em>Sur les toits perchent des corbeaux monumentaux\u00a0;<\/em><\/p>\n<p><em>Les toits sont des cercueils qu\u2019ont clou\u00e9s des marteaux<\/em><\/p>\n<p><em>Au ciel lunaire.<\/em><\/p>\n<p><em>Vent,<\/em><\/p>\n<p><em>Ne va pas soulevant<\/em><\/p>\n<p><em>Le toit violet, sur le mur blanc au couvent\u00a0:<\/em><\/p>\n<p><em>Amour d\u00e9funt, b\u00e9ni par le h\u00e9ron missionnaire\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c9pode<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Le Temps sous les pandanus sonne son cor.<\/p>\n<p>Le petit vieillard rit et grimace encor,<\/p>\n<p>Tombant sous l\u2019hallali torve des cuivrares.<\/p>\n<p>Les cam\u00e9l\u00e9ons dans leurs glauques simarres<\/p>\n<p>Sont des vrilles de vigne au-dessus des mares<\/p>\n<p>Et du tombeau vert des amours tr\u00e9pass\u00e9s.<\/p>\n<p>Sabbatiques rosses,<\/p>\n<p>\u00c9v\u00eaques renvers\u00e9s chevauchant leurs crosses,<\/p>\n<p>Les cam\u00e9l\u00e9ons volent aux cieux lass\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Or flambe et luit et chevronne au ciel d\u2019opale<\/em><\/p>\n<p><em>Entre ses longs doigts d\u2019\u00e9pervier de mains pales<\/em><\/p>\n<p><em>Aux cieux lass\u00e9s<\/em><\/p>\n<p><em>Le livre au vol de corbeaux de ses signes tr\u00e9pass\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>(Le jet de lumi\u00e8re sur le lit dessine un disque allong\u00e9 de p\u00e2leur astrale, goutte d\u2019eau au microscope solaire, o\u00f9 rampent les ombres amibo\u00efdes. Haldern, r\u00e9veill\u00e9 de sa m\u00e9ditation, croise le regard de cyclope de la t\u00eate calcaire.)<\/em><\/p>\n<p>HALDERN. \u2014 Je le tuerai\u00a0: car je le m\u00e9prise comme impur et venal\u00a0: \u2014 car la beaut\u00e9 ne doit, \u00e0 peine de d\u00e9ch\u00e9ance, m\u00eame pour esclave \u00e9lire qu\u2019une beaut\u00e9 pareille\u00a0; \u2014 car fier encore il faussera l\u2019aventure\u00a0; car itfaut, en bonne th\u00e9ologie, d\u00e9truire la bete avec laquelle on a forniqu\u00e9\u00a0; \u2014 car&#8230; \u2014 Mais depuis cinq jours d\u00e9j\u00e0it ne r\u00e9pond point \u00e0 ma provocation. Serait-il l\u00e2che\u00a0? Pl\u00fbt au ciel qu\u2019il le f\u00fbt, et ne p\u00e9rit point comme cet autre page que mon ami le Montevid\u00e9en lan\u00e7a contre un arbre, ne gardant dans sa main que la chevelure sanglante et rouge, abusant de la supr\u00e9matie de sa force physique. Mais non, il ne l\u2019est point et m\u2019aime encore, et j\u2019entends son pas par cet escalier qu\u2019il descendit pour la derni\u00e8re fois le&#8230; Quel jour\u00a0? Mal\u00e9diction, c\u2019etait le jour des Morts\u00a0! \u2014 Qu\u2019il monte<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>x<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>Tiens, je te le jette au pied de mon lit, t\u00eate de mort qui b\u00e9es avec tes ailes d\u2019\u00e9pervier\u00a0; croise et serre tes ailes de fer comme Apega, \u00e9pouse de Nabis, ou la Vierge m\u00e9tallique de N\u00fcrnberg. Enfonce dans sa chair tes plumes rigides. Cr\u00e8ve ses yeux de tes cils coll\u00e9s, et marque sur sa joue le c\u0153ur renvers\u00e9 de ton os nasal\u00a0! Courage, meunier, berce-moi au bruit r\u00e9gulier de tes dents. Les ongles de sa main crisp\u00e9e glissent et grincent sur ton front poli, mais ne paralysent point ta m\u00e2choire ouverte. Les doigts tombent comme des chenilles d\u2019un arbre br\u00fbl\u00e9. Il ne parlera plus \u2014 et c\u2019est tout ce que je regrette en lui. Mais quelle parole comparer au rythme monumental de tes mandibules meuli\u00e8res\u00a0?<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>X<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p><em>\u00c9pilogue<\/em><\/p>\n<p>Dans la for\u00eat triangulaire, apr\u00e8s le cr\u00e9puscule.<\/p>\n<p>LE CHOEUR<\/p>\n<p><em>(Sa voix, d\u2019abord morte presque encore et qui murmure, de plus en plus tonne \u00e9clatante.)<\/em><\/p>\n<p>Les hauts chapeaux des noirs Yankees<\/p>\n<p>Conf\u00e8rent au ciel oubli\u00e9<\/p>\n<p>Les trois piliers du Sablier.<\/p>\n<p>La sieste des longs f\u00e9murs croise<\/p>\n<p>Ses blanches X philosophales.<\/p>\n<p>La pointe de nos barbes s\u2019effiloque en la rafale.<\/p>\n<p>Que la boule de nos cagoules,<\/p>\n<p>Rose reflet au sang qui coule<\/p>\n<p>Cherche le mort, momie en l\u2019or du cr\u00e9puscule\u00a0;<\/p>\n<p>Et les sabliers retourn\u00e9s<\/p>\n<p>Sable en haut donnent au damn\u00e9<\/p>\n<p>La nuit enti\u00e8re avant les Juifs Errants par la nuit nulle.<\/p>\n<p>Rempli le sablier d\u2019alb\u00e2tre,<\/p>\n<p>Le c\u0153ur qui pleure ne peut battre.<\/p>\n<p>Comme lui sous les ifs nos pieds d\u2019ibis sur les marais.<\/p>\n<p>Pleuvra la future lumi\u00e8re<\/p>\n<p>Aux plombs de vitraux des for\u00eats<\/p>\n<p>Sur notre t\u00e2che de n\u00e9crophores coutumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Sur la plainte des mandragores<\/p>\n<p>Et la piti\u00e9 des passiflores<\/p>\n<p>Le lombric blanc des enterrements sort de ses tani\u00e8res.<\/p>\n<p>(LE CHOEUR, QU\u2019ON N\u2019A JAMAIS VU, blanchit le fond de son aube soufr\u00e9e \u00e0 ogives. Paraissant\u00a0\ud83d\ude42<\/p>\n<p>Le lombric blanc des enterrements sort de ses tani\u00e8res\u00a0!<\/p>\n<h3>Les Paralipom\u00e8nes<\/h3>\n<h3>I<\/h3>\n<p>P\u00e8lerin aux chemins c\u00e9l\u00e8bres<\/p>\n<p>Dont des corps morts gardent les bords<\/p>\n<p>Pour \u00e9grener de leurs doigts forts<\/p>\n<p>Le chapelet de mes vert\u00e8bres,<\/p>\n<p>Le ventouse bourdon de ma main de v\u00e9lin<\/p>\n<p>S\u2019est fait chauve de ses racines de gorgone<\/p>\n<p>Aux rocs roul\u00e9s chus de m\u00e2choire qui marmonne<\/p>\n<p>De g\u00e9ant trucid\u00e9 pour mon tapis f\u00e9lin.<\/p>\n<p>Quintuple chapelet ma main de saule sonne<\/p>\n<p>Damnation de ses feuilles d\u2019espoir, couronne<\/p>\n<p>De l\u00e9preux cliquetant du droit serpent c\u00e2lin<\/p>\n<p>Dormant au d\u00e9roulement des routes de lin.<\/p>\n<p>Le sable du s\u00e9rail soumis \u00e0 mes sandales<\/p>\n<p>Tourne \u00e0 mes yeux ses yeux de croix gyrant aux dalles.<\/p>\n<p>Le cadran s\u2019est f\u00eale de l\u2019\u00e9glise au frappant<\/p>\n<p>Double regard \u00e0 la lune, en la florescence<\/p>\n<p>Du halo de brouillard ainsi que l\u2019on encense<\/p>\n<p>Des lampadaires hauts, plates plumes de paon.<\/p>\n<p>Chute des d\u00e9s de fer au long des toits pli\u00e9s<\/p>\n<p>Des cloches bavant leur glas de mort pour la mienne.<\/p>\n<p>Devantures des marchands de vin\u00a0: oubli\u00e9s<\/p>\n<p>La conf\u00e9rence des falots rabelaisienne.<\/p>\n<p>Le grand papillon noir afin qu\u2019iI n\u2019appartienne<\/p>\n<p>Aux masses de monnayeurs des chevaux li\u00e9s<\/p>\n<p>Ni de la coune des sabots en lourds piliers<\/p>\n<p>Ricoche des pav\u00e9s en glace a\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Le vol s\u2019est arr\u00eat\u00e9 droit de la matit\u00e9<\/p>\n<p>De la noire chemin\u00e9e au ciel ouat\u00e9.<\/p>\n<p>Mais if me faut laisser des traces sur la terre<\/p>\n<p>De Ia veuve sandale enchain\u00e9e \u00e0 mon pied.<\/p>\n<p>Des lampes, du ciel et du temps m\u2019ont \u00e9pi\u00e9<\/p>\n<p>Les inflexibles yeux rond nimbe au solitaire.<\/p>\n<p>je marche \u00e0 l\u2019horizon risiblement opaque<\/p>\n<p>Au ricanement des cadrans. Et les bourdons<\/p>\n<p>Ombres de p\u00e8lerins en file au ciel de laque<\/p>\n<p>Frappent les gonds de l\u2019horizon gardant ses dons.<\/p>\n<p>La pluie est monotone en l\u2019heure tombant\u00a0: craque<\/p>\n<p>Au plomb lourd de la pluie, \u00f4 Sablier qui vaque<\/p>\n<p>Toujours, gonflant les \u00e9pines des diodons.<\/p>\n<p>Quand s\u2019ouvrira le Jour qui s\u2019\u00e9pand en pardons<\/p>\n<p>Irradi\u00e9s au fond de mer ou de cigu\u00ebs<\/p>\n<p>Vers qui tournant au vent je vire mes mains nues<\/p>\n<p>Priez d\u00e9j\u00e0 la pluie et l\u2019heure avec son pleur<\/p>\n<p>M\u2019engrillent pour la nuit et le sommeil sans r\u00eave.<\/p>\n<p>Priez que mes d\u00e9sirs dorment\u00a0: et j\u2019aurai l\u2019heur<\/p>\n<p>Que mon \u00e2me qui meurt veuille me faire tr\u00eave.<\/p>\n<p>Verse le plat reflet des barbes dans l\u2019eau moire<\/p>\n<p>Des ifs vitraux au ciel s\u2019inters\u00e9quent les plombs.<\/p>\n<p>\u00d4 visage si rond de la ville, les fonds<\/p>\n<p>Qui d\u00e9daignent les bras plongeurs ont ta m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Ramant rapide sous les durs remous, la gloire<\/p>\n<p>Se dessine fuyant des falots aux talons<\/p>\n<p>Remont\u00e9s du liquide \u00e0 l\u2019air les \u00e9chelons,<\/p>\n<p>Voici sur l\u2019horizon se dresser la Tour noire.<\/p>\n<p>Tombes plongent les clairs carreaux de deux prunelles,<\/p>\n<p>Les doigts de la fen\u00eatre oculaire infernaux<\/p>\n<p>De l\u2019orbite ont jet\u00e9 deux larmes parall\u00e8les,<\/p>\n<p>Et de douleur la Tour huhule en ses cr\u00e9neaux,<\/p>\n<p>Cependant qu\u2019\u00e0 son front les aigrettes jumelles<\/p>\n<p>Raides au ciel de laque arment deux sentinelles.<\/p>\n<h3>II<\/h3>\n<p>Ne dressez pas vers le ciel noir la flamme de vos cheveux d\u2019effroi quand le hibou tout seul et roi de ses l\u00e8vres de fer fait voir le rouge de ses tintamarres\u00a0; quand les hiboux dans leurs simarres, aux yeux d\u2019espoir, aux yeux menteurs, dans leurs simarres chamarr\u00e9es, soulevant leurs ailes d\u2019emphase, dardent leurs yeux de chrysoprase vers le ciel noir.<\/p>\n<p>\u00c9loignez de devant ma face ces yeux vert pale deux par deux, \u00e9loignez de devant mes yeux ces p\u00e2les astres deux par deux, \u00e9toiles de mort qui s\u2019effacent du tableau noir du ciel de moire.<\/p>\n<p>Et vos cheveux de fer brillant, vos lourds cheveux aux reflets bleus sont attir\u00e9s par ces aimants qui pendent du ciel deux par deux.<\/p>\n<p>\u00d4 ne dressez pas les cheveux comme sous mon bras triomphant, mon bras aux muscles de potence, la t\u00eate vierge de l\u2019enfant dont le sang clair depuis cent ans fond comme la cire d\u2019un cierge sur les trois lampes du silence. Un jour, maudit au regard fou, j\u2019avais crisp\u00e9 mes deux genoux sur ses \u00e9paules. Et mes pieds virent leurs muscles en vols pli\u00e9s battre comme les pleurs d\u2019un c\u0153ur ou des paupi\u00e8res. Et je vis s\u2019allonger son cou aminci comme un sablier, son cou dont les tendons partirent avec un bruit de boucliers perc\u00e9s par les clous des fanfares, comme des cordes de guitares sous les doigts qui les ont li\u00e9es.<\/p>\n<p>Et le roucoulement \u00e9trange de l\u2019\u00e2me lanc\u00e9e de son cou parmi la phalange des anges siffla dans le ciel noir comme l\u2019essor effeuille des ailes d\u2019une chauve-souris.<\/p>\n<p>\u00d4 que triste est le chant du hibou, qui h\u00e9risse les cheveux intelligents des hommes fous, et que m\u00e9lodieux comme le roucoulement de ce cou, ou le crapaud fl\u00fbtiste qui tourne au gr\u00e9 de ma plume de fer et de mon front de marbre blanc, ces pages de ses mains fid\u00e8les servantes, de ses mains blanches pareilles \u00e0 des \u00e9toiles de mer \u00e0 cinq branches.<\/p>\n<p>Crapaud \u00e0 la peau s\u00e9raphique, ouvre ton ventre gilet\u00e9 de blanc, offre le noir interne de ton ventre au bec inassouvi de ma plume de fer. Abreuve de ta substance ma plume de fer, crapaud bon serviteur, pour que j\u2019\u00e9panche un r\u00e9cit de mon front, utile \u00e0 ceux qui le liront.<\/p>\n<p>Tous les jours, enlac\u00e9s amis, nous marchions laissant passer l\u2019heure coulant des sabliers, g\u00e9antes fourmis, momies debout sur notre route. Et les caresses de ses mains sur ma peau blanche de satin laissaient se convulser les serpents verts des spasmes. Moi qui aurais voulu \u00eatre assez affreux pour faire avorter les femmes dans la rue ou mettre au monde des enfants soud\u00e9s par le front, je ne maudis point ma beaut\u00e9, mettant \u00e0 mes genoux l\u2019\u00e9ph\u00e8be prostern\u00e9, et ce jour, crapaud bon serviteur, je te tol\u00e9rai un rival.<\/p>\n<p>Et tous ces plaisirs n\u2019\u00e9taient pas avant le jour o\u00f9 sur mes pas la mort s\u2019assit \u00e0 son chevet le gardant de son \u0153il crev\u00e9 et tissant sur son lit les fils de ses mains glauques.<\/p>\n<p>Les mourants regardent leurs mains. Les mains des mourants sont des mondes. Les mains de ceux qui vont mourir, gourdes et lourdes, sont f\u00e9condes en lutins d\u2019\u00e9pouvantements sur les \u00e9pidermes dormants. Sur l\u2019ivoire de leurs phalanges se livrent des combats \u00e9tranges. jusqu\u2019a la fin des lendemains les anges gardiens sont des anges corps \u00e0 corps au serpent d\u2019H\u00e9den enroul\u00e9s comme des bagues autour des mains. Sous le frou-frou des serpents bleus les mourants regardent leurs mains coulant comme un fleuve d\u2019opale d\u2019un regard fig\u00e9 de fa\u00efence.<\/p>\n<p>Les mourants regardent leurs mains. Leurs yeux sont riv\u00e9s \u00e0 leurs mains et leur ou\u00efe au chant du hibou\u00a0; vous n\u2019obtiendrez leur regard fou qu\u2019en posant vos mains sur leurs mains, en posant sur leurs mains de fi\u00e8vre une caresse de vos l\u00e8vres.<\/p>\n<p>Les mains des mourants sont des croix. Qui les souilla fut sacril\u00e8ge. Mais c\u2019est leur seul espoir contre les D\u00e9mons h\u00e2ves.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ph\u00e8be regardait ses mains. De ses mains p\u00e9cheresses seules je souffrais les caresses veules, et j\u2019avais repouss\u00e9 sa bouche comme un grand papillon macroglosse vers un bois louche. Et voyant remuer ses mains, voici deux chouettes centenaires sur le bois du pied de son lit que leur spectre noir embellit, voici deux chouettes qui marmonnent de leurs pures l\u00e8vres de corne, marmonnent et ne chantent pas. Les chouettes retiennent le glas, pr\u00e8s de tomber, de\u00e7\u00e0 leurs l\u00e8vres.<\/p>\n<p>\u00ab Elles n\u2019ont point sonn\u00e9 ma mort, n\u2019ont point sonn\u00e9 mon hallali, les deux chouettes au pied du lit, maigres comme des sycomores. Et la mort doit prendre une vie. Quand les chouettes sonneront ma mort, quand leur grasse langue dans leur bec battra comme un battant de cloche, livre \u00e0 la mort la chanteuse noire. Piti\u00e9\u00a0! voicijointes mes mains, jointes mes mains qui t\u2019ont servi. La mort ne prendra qu\u2019une vie. Sauve qui t\u2019aime et t\u2019a servi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je tiens le pistolet brillant comme un cierge, avec lequel je coupe en l\u2019air des fils de la Vierge\u00a0; c\u2019est avec le m\u00eame sans doute, pour entendre leurs cris, que j\u2019attendais les femmes et les enfants au bord des routes. Voici les deux oiseaux noirs chamarr\u00e9s d\u2019hi\u00e9roglyphes qui me font des signes. Ils font des gestes de leurs cous, des gestes fous qui incantent.<\/p>\n<p>Et j\u2019\u00e9coute dilettante le r\u00e2le, prologue ouvrant le concert qui m\u2019enchante\u00a0; le r\u00e2le est comme un train qui vibre au loin et surtout comme un cadavre dans un tonneau roulant de l\u2019horizon jusqu\u2019\u00e0 mes pieds du haut d\u2019une montagne. Et toutes les forces de celui qui va mourir orchestrent ce r\u00e2le sublime, et ses yeux qui voient les lendemains sont ferm\u00e9s aux deux oiseaux sym\u00e9triques, mes fr\u00e8res, claquant du bec et toussotant par avarice sur le lit d\u00e9j\u00e0 fun\u00e9raire. Et je ne suis point effray\u00e9, sauf mon bras droit qui tremble, mais je le tiens fermement de mon impavide main gauche.<\/p>\n<p>Il est ais\u00e9 de tuer un hibou au pistolet\u00a0: son beau front noir brille \u00e9claire de ses deux yeux, ronds luminaires. Je les tuerai, quand ils chanteront, mais ils se taisent et ne me font point peur\u00a0: car ils n\u2019ont rien dit, ou du moins que ces mots insignifiants sortis de leur bouche de corne purificatrice sous leurs yeux blonds qui me fixaient\u00a0: \u00ab II est l\u00e0, qui tient son bras.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces paroles ou\u00efes \u2014 nous \u00e9tions quatre \u2014 deux chant\u00e8rent, deux dormirent berc\u00e9s, et \u00e0 mon r\u00e9veil, seul humain sur terre, j\u2019\u00e9crivis\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019il est doux leur chant\u00a0! Qu\u2019ils chantent bien avec un mort et un vampire pour auditeurs\u00a0! Deux jours et deux nuits ils ont chant\u00e9, et les spasmes de l\u2019agonisant marquaient des pauses. Le<\/p>\n<p>couple a chant\u00e9 en mesure. D\u2019abord le m\u00e2le a expir\u00e9 un son de flute ou de hautbois, tenant une note toujours la m\u00eame. Et sa femelle un ton plus bas lui a r\u00e9pondu de sa voix de velours. O\u00f9 donc ai-je entendu ce chant, depuis le jour o\u00f9 le cou rompu roucoula, depuis le jour o\u00f9 du crapaud aux mains pentagrammatiquess\u2019\u00e9teignit la voix, pour s\u2019\u00eatre plong\u00e9 malgr\u00e9 mes avis dans un marais glac\u00e9\u00a0? \u00bb<\/p>\n<p>Hiboux, s\u00e9raphiques hiboux, je ne puis d\u00e9sormais entendre votre chant\u00a0: le cadavre en putr\u00e9faction empeste la chambre mortuaire, et it y a assez de chair pour que l\u2019odeur reste longtemps. \u2014 Je vous ai pourtant octroy\u00e9 \u00e0 chacun un des yeux, rond dans les griffes, pour salaire. \u2014 Qui donc a jet\u00e9 dans ce lit cette momie jaune, dont je ne puis s\u00e9parer les mains, jointes par un ciment plus dur que la pierre\u00a0? Il est \u00e9pouvantable de ne savoir si oui ou non elle me regarde. Hiboux\u00a0! rendez-lui ses yeux. \u2014 \u00c9ternel, je to parle comme \u00e0 un ami, et je reconnais que tu peux me valoir\u00a0; mais ajoute deux ailes noires aux os forts de mes \u00e9paules pour que je poursuive le m\u00e2le qui s\u2019envole par la chemin\u00e9e avec l\u2019\u0153il d\u2019o\u00f9 pend le nerf optique comme la queue d\u2019un spermatozoaire. Et pour ravoir le second de la paire d\u00e9p\u00eache apr\u00e8s sa femme le plus radieux et le plus rapide de tes anges, qui envient ma beaut\u00e9 comme j\u2019envie leurs ailes rigides. \u2014 Hiboux, rendez-lui ses yeux \u2014 ou soufflez dans leur conque votre chant supraterrestre. Hiboux\u00a0!&#8230; Hiboux\u00a0!..,<\/p>\n<h3>III<\/h3>\n<p>Il y a beaucoup de livres dans la biblioth\u00e8que impersonnelle, et les murs, quand ils sont perpendiculaires au regard, sont de papier \u00e0 lettre haut-rectangulairement quadrill\u00e9. Vulpian dit au Prol\u00e9taire \u00e0 figure hexagonale o\u00f9 s\u2019inscrivent les cercles de deux yeux jaunes (je voudrais ces yeux dans ma main, pour entendre le cri du soufre \u00e9trangl\u00e9)\u00a0: \u00ab Y a tant de livres dans ma biblioth\u00e8que, que&#8230; \u00bb Et la conversation tiraille en tous sens ce mot \u00ab livres \u00bb qui est \u00e0 ce moment \u2014 et \u00e0 ce moment seul il sait pourquoi \u2014 pour mon h\u00e9ros d\u2019une importance capitale.<\/p>\n<p>Retournant lui aussi cette phrase en tous sens, il y d\u00e9m\u00eale la pr\u00e9sence au milieu de la pi\u00e8ce d\u2019une figure non inconnue. C\u2019est la Recluse de la tour octogone qui flotte sur le cri des paons. Pourquoi est-elle si vieille et comme le cartilage du nez de ce fauteuil \u00e0 triple front sur\u00e9tag\u00e9\u00a0? Ses mains pendent si bas qu\u2019on ne les voit pas. Son profil (Aster la voit toujours de profil) est noy\u00e9 d\u2019ombre et il vaudrait tout autant qu\u2019il la v\u00eet de dos. Mais non\u00a0: car it perdrait le ph\u00e9nom\u00e8ne inexplicable qui le tire par l\u2019iris de ses yeux avec un tire-bouton et dont je ne rapporterai que la constatation br\u00e8ve. Si son corps \u00e9tait moins vo\u00fbt\u00e9, son profil serait d\u2019une \u00e9chasse, l\u2019hypot\u00e9nuse de ses seins, malgr\u00e9 son \u00e2ge, s\u2019\u00e9rige. Sachez que les Hommes-qui-ont-de-coutumi\u00e8res-intuitions-g\u00e9niales ont d\u00e9couvert que cette \u00e9rection des seins est concomitante avec la mort proche. \u2014 La moribonde elle-m\u00eame le sait, car elle r\u00e9clame des oreillers dans le dos. \u00c0 quoi bon, vieille insens\u00e9e\u00a0? L\u2019angle qu\u2019ils forment avec ton sternum sera plus aigu, et la mort viendra, bicycle d\u2019os plus multipli\u00e9. Si j\u2019avais un rapporteur, je vous prouverais que le rapport des deux<\/p>\n<p>vitesses est constant. N\u2019importe, Vulpian encastre deux oreillers derriere le dos stri\u00e9 de la Vieille Femme.<\/p>\n<p>Mais pourquoi le Jeune Homme les \u00e9coute-t-il avec les deux Jeunes Femmes dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0? \u2014 Vous allez voir, Centenaire Recluse, avant de mourir, qu\u2019ils nous \u00e9coutent. Et Aster ouvre la porte d\u2019un seul coup, apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 le bouton<\/p>\n<p>sans bruit\u00a0; et, l\u2019\u00e9nergie du bruit inutilis\u00e9 restant force, l\u2019arrache des gonds, et la voil\u00e0 qui pend \u00e0 son annulaire comme une feuille de papier perc\u00e9. Le Jeune H\u00e9ritier \u00e9tait bien derri\u00e8re la porte, et it se retire sur les talons en marmonnant une injure. Il se retire. Comment se fait-il qu\u2019Aster et lui luttent entrelac\u00e9s\u00a0? Mais Aster le d\u00e9pose sur le plancher \u2014 non sans peine, gr\u00e2ce \u00e0 la durette de ses ongles et \u00e0 la grande facilit\u00e9 de l\u2019anche battante du larynx humain \u00e0 se d\u00e9clencher. \u2014 Il est tomb\u00e9 parce qu\u2019il l\u2019a bien voulu, proteste le Jeune Homme. Assez de tout cela. Retournons vers la Recluse\u00a0: va-t-elle mourir et cracher\u00a0?<\/p>\n<p>Aster reste en bas. Il y aura des apparitions (sachons moudre nos souvenirs sur la Pathologie du Cerveau \u2014 m\u00e9moire ou volont\u00e9 \u2014 en la Machine \u00e0 D\u00e9cerveler de notre m\u00e9moire ou de notre oubli, sinon la peur,purgatoriale vert\u00e8bre, s\u2019\u00e9panouit au cr\u00e2ne de l\u2019enfer). Sa m\u00e8re le nie. C\u2019est en vain que tu chercheras des apparitions sur la tablette proche de terre, sous la table noire, o\u00f9 dorment les chaussettes que tu y jetas avant tes pantoufles. Mais it y aura des apparitions, clame le soutenant sa s\u0153ur en bas en Oph\u00e9lie. Qu\u2019Aster ne reste pas dans la salle gaie pr\u00e9s de la rue, aux tuiles de garance, avec derri\u00e8re l\u2019\u00e9corce des tapisseries tapies, chargeant le mur d\u2019argent, trois t\u00eates de corbeau qu\u2019on n\u2019a pas retrouv\u00e9es. \u00ab Elle vient\u00a0! Elle vient\u00a0! clame la s\u0153ur d\u2019Aster en Oph\u00e9lie, les yeux tout petits et la t\u00eate blonde en arri\u00e8re\u00a0; l\u2019autre\u00a0! Plut\u00f4t, viens\u00a0! \u00bb Elle a pris son fr\u00e8re par le bras, o\u00f9 la lutte avec le jeune homme se mire. Mais Aster n\u2019enfonce point son ongle d\u2019ivoire vert sous un larynx \u2014 qui n\u2019existe pas, dur comme une pomme de pin\u00a0; \u2014 iI ne la retourne point d\u2019un seul bras, la robe rigide en l\u2019air comme une hache. \u00ab Fais-la donc taire, crie-t-il \u00e0 la porte de ch\u00eane, ou je Te Iarends \u00e9trangl\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Aster lui ficelle le bras droit avec la jambe droite, le bras gauche avec la jambe gauche, et pose comme un soldat de plomb, sur les dalles luisantes, l\u2019X de l\u2019araign\u00e9e t\u00e9trapode.<\/p>\n<p>\u00ab Ma s\u0153ur, s\u2019\u00e9crie Aster soudain, romps de l\u2019essor de tes radius les fils de fer galvanis\u00e9s qui chevauchent tes membres entrecrois\u00e9s, comme une jaune palissade au bord d\u2019un jardin vert. Car si tu ne te d\u00e9taches pas, comment viendras-tu m\u2019annoncer ce qui se passe dans la chambre des rideaux\u00a0? Je sais que mon trisa\u00efeul est mort, car <em>c\u2019est sa chambre<\/em>. Et voici un baquet de zinc, o\u00f9 j\u2019ai vers\u00e9 l\u2019huile bouillonnante de Saint Jean, qui flambe devant la fen\u00eatre, et les morceaux de zinc volent aux rideaux comme les bulles d\u2019air du fond d\u2019un seau. Peut-\u00eatre n\u2019est-ce l\u00e0 qu\u2019un vol\u00e8tement loin de l\u2019\u00e9ventail de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Car nous sentons des commotions terribles dans nos mains jointes. Et sans cesse et toujours Ies morceaux de zinc volent aux rideaux. Notre m\u00e8re viendra voir leurs matches verticaux, et ne sera plus incr\u00e9dule. \u00bb<\/p>\n<p>Feuillet\u00e9e par la maternelle approche la porte de ch\u00eane, Aster s\u2019\u00e9crie pour la seconde fois\u00a0: \u00ab Veux-tu t\u2019en aller de ma chambre\u00a0! J\u2019ai un revolver dans ma main, et qui partira sans nul doute. Je t\u00e2terai avec sa balle comme avec un tentacule tr\u00e8s pr\u00e9cis, les bruissements mobiles des ombres spectrales aux murailles. Ou je percerai tout \u00catre vivant \u2014 veux-tu t\u2019en aller de ma chambre\u00a0! \u2014 qui fraudera la jouissance solitaire de MES apparitions. \u2014<\/p>\n<p>Car les voici qui commencent le d\u00e9fil\u00e9\u00a0; et voici que se l\u00e8ve tout droit, sur ma commode, le spectre de cet ami, vivant pourtant encore, \u00e0 l\u2019air godiche&#8230; Veux-tu t\u2019en aller de ma chambre\u00a0! L\u2019\u0153il du revolver regarde aux rideaux l\u2019invisible bruit de papier gris froiss\u00e9.<\/p>\n<p>Sur la deuxi\u00e8me vitre \u00e0 gauche se l\u00e8ve le soleil de l\u2019araign\u00e9e nuptiale avec ses quatre pattes. J \u2018allais tirer&#8230; Veux-tu t\u2019en aller de ma chambre&#8230; Je la couvrirai d\u2019un vase de cristal opaque, \u00e0 manche spatul\u00e9, semblable \u00e0 une clochette d\u2019\u00e9l\u00e9vation. Et je la verrai pourtant, car le plancher est de transparent et blanc verre&#8230; \u2014 Merci, tu restes et m\u2019aides \u00e0 rouler le lit de fer \u00e0 la courtepointe brune loin du mur, car jusque dessous l\u2019araign\u00e9e d\u00e9vide Ie roulement de son peloton tomb\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Aster furette de ses yeux de pendule. Or voici le larynx de la courte-pointe qui se soul\u00e8ve, et l\u2019inanim\u00e9 qui parle obligeant, d\u00e9non\u00e7ant en termes pr\u00e9cis l\u2019itin\u00e9raire de l\u2019araign\u00e9e chue. Aster r\u00e9cite une br\u00e8ve dissertation sur l\u2019opportunit\u00e9 voici les apparitions Auditives surmenantes, elles ne sont plus pittoresques seulement, mais affolent les cheveux en rut \u2014 de dissiper le Surnaturel par un Signe. Disparu il le regrettera, mais il aura v\u00e9rifi\u00e9 la valeur du signe&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab AV NOM DV P\u00c8RE&#8230; \u00bb Le borborygme s\u2019arrache de ses l\u00e8vres comme de l\u2019anus d\u2019un chien. Les paroles de r\u00eave \u00e9taient parl\u00e9es avec la pens\u00e9e rapide, et maintenant il a d\u00fb mouvoir des l\u00e8vres de chair\u00a0; et pour cela rappeler son corps astral voyageant, qui a d\u00fb \u00e9branler les l\u00e8vres aussi rugueusement que la pile un cadavre. AV NOM DV P\u00c8RE. Le gong prononc\u00e9 flotte dans les airs en fum\u00e9e stable, et le bras du r\u00e9veill\u00e9, \u00e9baucheur du geste, soul\u00e8ve le drap comme l\u2019orteil vertical d\u2019un g\u00e9ant mort.<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil de cuivre bat sur la table noire. Aster le voit sans bouger, rest\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 gauche. Il est trois heures du matin, une horloge voisine \u00e0 claqu\u00e9 trois fois ses dents de cuivre bleu.<\/p>\n<p>Le 27 mars \u00e0 trois heures du matin Aster a su avant tout le monde \u2014 et \u00e9crit, car sur sa table avec deux lampes \u00e9ternelles br\u00fble le crayon charbonn\u00e9 \u2014 que la Recluse \u00e9tait morte.<\/p>\n<p>Et je l\u2019ai su presque aussi vite que lui, par le Tatou, mon serviteur, qui rentrait par la chati\u00e8re de ma porte, cliquetant squelette \u00e0 quatre pattes.<\/p>\n<h3>Les prol\u00e9gom\u00e8nes de C\u00e9sar-Antechrist<\/h3>\n<h3>I<\/h3>\n<p><em>Prose (Saint Pierre parle.)<\/em><\/p>\n<p>Comme deux amants<\/p>\n<p>La nuit bouche \u00e0 bouche<\/p>\n<p>Dispersent leur couche<\/p>\n<p>De baisers d\u00e9ments\u00a0;<\/p>\n<p>T\u00eate du Ciboire,<\/p>\n<p>\u00c9panche en mon sein<\/p>\n<p>Ton amour malsain.<\/p>\n<p>Nomme-t-on \u00e7a croire\u00a0?<\/p>\n<p>De mon Dieu jaloux,<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas pour vous.<\/p>\n<p>L\u2019un me dit qu\u2019il l\u2019aime<\/p>\n<p>\u00c2ne du latin,<\/p>\n<p>Il me cite m\u00eame<\/p>\n<p>Du saint Augustin\u00a0;<\/p>\n<p>Plus ou moins notables<\/p>\n<p>\u00c9pluchant des faits<\/p>\n<p>Gratt\u00e9s sur les tables<\/p>\n<p>Froides des caf\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019un me dit qu\u2019il l\u2019aime,<\/p>\n<p>L\u2019autre qu\u2019il blasph\u00e8me.<\/p>\n<p>L\u2019amant de son Dieu<\/p>\n<p>A son nom qu\u2019il jure<\/p>\n<p>Dans sa bouche impure<\/p>\n<p>En tout temps et lieu.<\/p>\n<p>Dans un petit groupe<\/p>\n<p>Le blasph\u00e9mateur<\/p>\n<p>Cite son auteur<\/p>\n<p>Aux pages qu\u2019il coupe.<\/p>\n<p>Les blasph\u00e9mateurs<\/p>\n<p>Sont litt\u00e9rateurs.<\/p>\n<p>Il me pla\u00eet r\u00e9pandre<\/p>\n<p>Dans un lieu ferm\u00e9<\/p>\n<p>Comme au vent la cendre<\/p>\n<p>Le sang de l\u2019aim\u00e9.<\/p>\n<p>Et j\u2019aime qu\u2019il rampe<\/p>\n<p>Devant mon courroux\u00a0;<\/p>\n<p>Sa langue de Lampe<\/p>\n<p>L\u00e8che mes genoux.<\/p>\n<p>Dieu permet encore<\/p>\n<p>Que je Le d\u00e9vore.<\/p>\n<p>Mais it ne veut pas<\/p>\n<p>Que l\u2019on s\u2019\u00e9vertue<\/p>\n<p>En d\u2019oisifs combats\u00a0;<\/p>\n<p>Que l\u2019on prostitue<\/p>\n<p>L\u2019amour \u00e9prouv\u00e9<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e2me banale<\/p>\n<p>Qui n\u2019a m\u00eame pas le<\/p>\n<p>Chic du r\u00e9prouv\u00e9.<\/p>\n<p>Il s\u2019offre \u00e0 ma f\u00eate \u2014<\/p>\n<p>Pour que je Le pr\u00eate\u00a0?<\/p>\n<p>De mon Dieu jaloux<\/p>\n<p>Dont l\u2019on fait un th\u00e8me,<\/p>\n<p>it n\u2019est pas pour vous.<\/p>\n<p>La mode est qu\u2019on l\u2019aime<\/p>\n<p>On en fait un sport.<\/p>\n<p>On le prend peut-\u00eatre<\/p>\n<p>Pour un beau d\u00e9cor&#8230;<\/p>\n<p>Comme une fen\u00eatre<\/p>\n<p>Fermons sur ma croix<\/p>\n<p>Sa porte de bois.<\/p>\n<h3>II<\/h3>\n<p><em>Ubu parle.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand j\u2019aurai pris toute la Phynance, je tuerai tout le monde et je m\u2019en irai.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>LES POLONAIS OU UBU ROI.<\/p>\n<h3>C\u00e9sar-Anthechrist<\/h3>\n<p>Vendredi<\/p>\n<p><em>ACTE PROLOGAL<\/em><\/p>\n<p>Le versant de la montagne. \u00c0 gauche (du spectateur) Saint Pierre tiar\u00e9 aux ceps de ses clefs dans le pilori de jaspe triangulaire de TROIS CHRISTS RENVERS\u00c9S. Au fond, un peu \u00e0 droite, une Croix d\u2019or surmont\u00e9e d\u2019une cassette couronn\u00e9e, scell\u00e9e des griffes d\u2019un Coq endormi. Quatre Oiseaux d\u2019or aussi sur ses bras.<\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne I<\/h4>\n<p>SAINT-PIERRE-HUMANIT\u00c9. LES TROIS CHRISTS<\/p>\n<p>SAINT PIERRE (<em>vu de dos presque, les yeux \u00e0 gauche<\/em>). \u2014 le Juif-Errant parcourt l\u2019Univers, le Pape si\u00e8ge au centre de sa toile. Je suis comme un grand arbre ou un polype sous le bleu de l\u2019air liquide.<\/p>\n<p>LE CHRIST VERT. \u2014 Sur toi, Pierre, t\u2019a dit avant les Temps ma voix de bronze, j\u2019ai b\u00e2ti mon \u00c9glise.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne d\u2019un tiers.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 J\u2019ai reni\u00e9 Dieu \u00e0 trois reprises, et par mon reniement triple foi, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 cette trinit\u00e9 renvers\u00e9e dont les bras amoureux m\u2019\u00e9touffent. Christ de l\u2019or sculpt\u00e9 d\u2019Herm\u00e8s trism\u00e9giste, dont la natte chinoise rampe o\u00f9 germ\u00e8rent p\u00e9nulti\u00e8mes les racines du Christ d\u2019avant l\u2019histoire pourquoi n\u2019as-tu point dans ta chute architecturale \u00e9cras\u00e9 ma l\u00e2chet\u00e9 de blasph\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019OR. \u2014 La joue droite souill\u00e9e, tendez la joue gauche.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE. &#8211; Trinit\u00e9 de Parques, vous avez fil\u00e9 mes jours. Vous me prot\u00e9gez de la cage lanc\u00e9ol\u00e9e de vos trois pals. Vous vous h\u00e9rissez contre les glaives du monde pour moi qui vous livrai aux soldats.<\/p>\n<p>LE CHRIST BLANC. \u2014 Aimez-vous les uns les autres.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Avant que le coq chante, vous m\u2019avez b\u00e9ni. Avant que le coq chante, je vous ai reni\u00e9s trois fois. Christ Vert, semblable \u00e0 la poign\u00e9e d\u2019une \u00e9p\u00e9e ternie\u00a0; Christ d\u2019Or, momie de ma premi\u00e8re idole\u00a0;Chrisi d\u2019Argent, presque s\u00e9culier, squelette qui s\u2019effrite et au chant du coq tombera en poussi\u00e8re\u2026 vos \u00e9treintes sont trop passionn\u00e9es, je sens que vous allez me quitter.<\/p>\n<p>Christ d\u2019Argent, j\u2019ai fleuri autour de tes os comme la M\u00e9duse qui sortirait de la mer si le tuteur des longs f\u00e9murs lui \u00e9tait pr\u00eat\u00e9\u00a0; Christ d\u2019Or, tu m\u2019as clos le monde de ton r\u00e9ticule lumineux\u00a0; Christ d\u2019Or, Christ d\u2019argent, Christ de Bronze, vous m\u2019avez identifi\u00e9 \u00e0 votre paradis ferm\u00e9\u00a0; le gardien s\u2019est adapt\u00e9 au mur de la porte du jardin, comme un fruit ou un f\u0153tus au verre de sa prison. Tes disciples sont des oiseaux timides. Christ d\u2019or, Christ d\u2019Argent, Christ de Bronze, vous vous \u00e9tiez fond\u00e9 un tr\u00f4ne durable, car votre peuple ne pouvait subsister sans le pasteur-qui-d\u00e9fend.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne trois tours silencieux.)<\/em><\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne II<\/h4>\n<p>SAINT-PIERRE-HUMANIT\u00c9, LES TROIS CHRISTS, LES OISEAUX D\u2019OR<\/p>\n<p>SAINT PIERRE <em>(face \u00e0 la croix).<\/em> \u2014 Calvaire et reliquaire des oiseaux d\u2019or, \u00e9tat du brocanteur des supplices, j\u2019ai trois fois jet\u00e9 de votre tr\u00f4ne mon Ma\u00eetre, qui voit avec six yeux renvers\u00e9s le triomphe de vos ailes de casque, et abrite contre vous et vos ricochets stellaires ma face des parasols des Sciapodes. Que mugiras-tu, Oiseau, de ton front de trap\u00e8ze et de tes cornes horizontales\u00a0?<\/p>\n<p>LE DEUXI\u00c8ME OISEAU D\u2019OR\u00a0: <em>(dans l\u2019espace, de gauche \u00e0 droite, non dans la succession verbale).<\/em> \u2014 Je suis le Tau, le protecteur des anciens Mages\u00a0; et m\u00eame apr\u00e8s qu\u2019ils m\u2019ont reni\u00e9, allant adorer, guid\u00e9s par l\u2019\u00e9toile au regard aim\u00e9 dont ils obscurcirent de trois grains de poussi\u00e8re la tra\u00eene de com\u00e8te, leur futur ennemi\u00a0; j\u2019ai combattu pour eux\u00a0: je me suis fait le maillet qui L\u2019a clou\u00e9 sur le tronc d\u2019arbre\u00a0; je me suis fait le tronc branchu o\u00f9 s\u2019est d\u00e9chir\u00e9 Son corps\u00a0; j\u2019ai \u00e9tendu mes bras pour qu\u2019on y \u00e9cras\u00e2t les Siens\u00a0; et changeant ma forme immuable pour Le dominer vaincu, j\u2019ai pouss\u00e9 au-dessus de Sa t\u00eate mon front o\u00f9 dort le Coq maintenant, le Coq \u00e0 la queue en croissant.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE <em>(apr\u00e8s une r\u00e9volution compl\u00e8te).<\/em> \u2014 Troisi\u00e8me Oiseau, \u00e0 la face ronde, dont les yeuxhuhulants luisent et dansent dans l\u2019ombre du f\u00fbt vertical et qui traces le c\u00f4ne inclin\u00e9 de la projection de mes r\u00e9volutions r\u00e9guli\u00e8res\u00a0: que le vent apporte ta plainte au passage momentan\u00e9 de mon orbite parall\u00e8le \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me OISEAU. \u2014 Je suis le Ciboire\u00a0; je l\u00e8ve ma griffe d\u2019or o\u00f9 Son corps se lac\u00e8re, attendant que les hommes Le reclouent sur ces branches o\u00f9 est mon nid, pour arracher avec le croc de mon bec, de ses yeux d\u2019extase la flamme maudite.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE, <em>apr\u00e8s un tour<\/em>. \u2014 Dernier animal perch\u00e9, tu n\u2019as point parl\u00e9\u00a0; je t\u2019ai pris \u00e0 tort pour un oiseau, et une langue anthropinement grasse ne se meut point, semblable \u00e0 un bonnet phrygien, dans le bivalve de tes l\u00e8vres. Tu es un scarab\u00e9e qui trembles comme un cerf \u00e0 l\u2019hallali. Tu es un scarab\u00e9e qui pleurescomme un cerf au couteau servi\u00a0; tes fines antennes courbes fr\u00e9missent au vent, et j\u2019attends que des mots bruissent \u00e0 travers tes \u00e9lytres, dans le sens des banderolles de la brise.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne un tour entier silencieux.)<\/em><\/p>\n<p>LE SCARAB\u00c9E. \u2014 Je suis la Pince et les Tenailles qui d\u00e9clou\u00e8rent le Corps divin\u00a0; \u00e9clabouss\u00e9 par Son sang qui rach\u00e8te (Son sang et non mes pleurs joncha ce sol de ses p\u00e9tales), je lui pardonne, \u00e0 Lui qui a fait p\u00e9nitence et le fera bien plus encore.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne deux tours silencieux\u00a0; \u2014 l\u2019aurore commence \u00e0 lustrer les poils fauves de la Croix\u00a0: \u2014 le Coq se r\u00e9veille et h\u00e9risse ses plumes.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019ARGENT, <em>face \u00e0 la Croix d\u2019Or et semblable \u00e0 son reflet sur un marais<\/em>. \u2014 C\u00e9sar.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHRIST DE BRONZE. \u2014 C\u00e9sar.<\/p>\n<p>(Le pilori tourne.)<\/p>\n<p>Le CHRIST D\u2019OR. \u2014 C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p>lES TROIS CHRISTS. \u2014 C\u00e9sar-Antechrist, ceux qui vont mourir te saluent.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Ma\u00eetre, Ma\u00eetre, pourquoi m\u2019abandonnes-tu\u00a0?<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019OR. \u2014 Le jour et la nuit, la vie et la mort, l\u2019\u00eatre et la vie, ce qu\u2019on appelle, parce qu\u2019il est actuel, le vrai, et son contraire, alternent dans les balancements du Pendule qui est Dieu le P\u00e8re.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Ma\u00eetre, Ma\u00eetre, pourquoi m\u2019abandonnes-tu\u00a0?<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019ARGENT. \u2014 Le jour et la nuit, la vie et la mort, l\u2019action et le sommeil. Dieu a sommeil.<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Ma\u00eetre, Ma\u00eetre, pourquoi m\u2019abandonnes-tu\u00a0?<\/p>\n<p>LE CHRIST DE BRONZE. \u2014 Les hommes ne veulent plus d\u2019un paradis ferm\u00e9. Le nouveau souverain les fouaille en libert\u00e9. Les clefs seront perdues et l\u2019on n\u2019ouvrira plus. C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019OR. \u2014 C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Le pilori tourne.)<\/em><\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019ARGENT. \u2014 C\u00e9sar-Antechrist, ceux qui vont&#8230;<\/p>\n<p>LE COQ chante. \u2014 <em>Fiat lux diei<\/em>\u00a0!<\/p>\n<p><em>(Les trois Christs spectres et les clefs s \u2018\u00e9vanouissent.)<\/em><\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne III<\/h4>\n<p>SAINT-PIERRE-HUMANIT\u00c9, LES OISEAUX D\u2019OR. LE SOLEIE roulant lentement de droite \u00e0 gauche sa t\u00eate dentel\u00e9e, entrant avec les sons de LA CORNE EN TERRE ROUGE DU H\u00c9RAUT, puis LE H\u00c9RAUT, LE ROI \u00e9clair\u00e9 assis sur une colline\u00a0; LA FOULE jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon par la verdure.<\/p>\n<p>LA CORNE DU H\u00c9RAUT<\/p>\n<p><em>Pouls dans le vent, pouls dans la mer, pouls sur la nuit qui fuit\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>La toux du pouls de mes art\u00e8res bruit.<\/em><\/p>\n<p><em>Les cornes des piliers forent leurs gramin\u00e9es<\/em><\/p>\n<p><em>Comme les cors vrill\u00e9s d\u2019Ammon d\u2019en haut sonn\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>Cloisonnant ton c\u0153ur de son marteau doux<\/em><\/p>\n<p><em>Berg\u00e8re d\u2019Ammon, d\u2019en haut tonne et bruit<\/em><\/p>\n<p><em>Sur le vent, la mer et la nuit<\/em><\/p>\n<p><em>Le<\/em><\/p>\n<p><em>Pouls.<\/em><\/p>\n<p>LE H\u00c9RAUT. \u2014 La vie a con\u00e7u dans un happement convuls\u00e9 celui qui la d\u00e9truira. \u00c9coute l\u2019hallali de la vie pour les cors de mort sonn\u00e9 dans les bois. La vie a con\u00e7u la mort, et le Christ r\u00e9pandu ses dons sur celui qui le reprendra.<\/p>\n<p>LE ROI. \u2014 Sonneur de la naissance de l\u2019Antechrist, ainsi le fils succ\u00e8de \u00e0 son p\u00e8re, et les corbeaux desservent les pantins et les potences.<\/p>\n<p>LA CORNE<\/p>\n<p><em>Les oursins ronds ont h\u00e9riss\u00e9 leurs crins.<\/em><\/p>\n<p><em>Les chevaux de mer de leur crini\u00e8re de fer se creusent les reins<\/em><\/p>\n<p><em>Et la rafale tonne et tord les cors et les cornes.<\/em><\/p>\n<p><em>Voici le vol griffu des hippocampes au lieu des cornes d\u2019Ammon.<\/em><\/p>\n<p><em>Lourd sur le vent, lourd sur la mer, lourd sur la cr\u00eate<\/em><\/p>\n<p><em>Des bruits<\/em><\/p>\n<p><em>Tapi dans les feuilles comme grimpe un menteur loup-garou<\/em><\/p>\n<p><em>Le<\/em><\/p>\n<p><em>Pouls.<\/em><\/p>\n<p>LA FOULE. \u2014 Nous avons vu un arbre fendu qui marchait&#8230; Et ses cuisses se fermaient et s\u2019entrecroisaient comme des ciseaux. \u2014 Milon n\u2019y f\u00fbt point rest\u00e9 pris, mais la terre aurait suc\u00e9 ses dix doigts de museaux. \u2014 L\u2019Antechrist est n\u00e9 comme Adam\u00a0: \u00e0 trente ans, et avec des pommes dans ses mains belles.<\/p>\n<p>LA CORNE<\/p>\n<p><em>Pouls dans la vie et sur la mer hors de la nuit,<\/em><\/p>\n<p><em>Hors du sommeil et par le bruit.<\/em><\/p>\n<p><em>Mort pointill\u00e9s en repos qui survit<\/em><\/p>\n<p><em>O\u00f9 soup\u00e7onne et bout et tonne partout<\/em><\/p>\n<p><em>Le<\/em><\/p>\n<p><em>Pouls.<\/em><\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne IV<\/h4>\n<p>Nuit. \u2014 SAINT-PIERRE-HUMANIT\u00c9 d\u00e9cha\u00een\u00e9 et SON REFLET dans l\u2019eau qui remplit le gouffre de jaspe creus\u00e9 des trois Christ du pilori.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Seul\u00a0! SON REFLET. \u2014 Seul.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Sans appui, sans barreaux.<\/p>\n<p>LE REFLET. \u2014 Sans cage, sans ma\u00eetre.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 \u00c9cho contradicteur qui jumelles mon \u00eatre en un Pape de tarots, que faire\u00a0?<\/p>\n<p>LE REFLET. \u2014 Marche.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Que faire\u00a0?<\/p>\n<p>EE REFLET. \u2014 Prends le bourdon de ta crosse et marche.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Ma barbe a \u00e9t\u00e9 la girouette du quadrangle de tous les vents. Quel suivre\u00a0?<\/p>\n<p>LE REFEET. \u2014 Marche \u00e0 la croix de cuivre.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE <em>(fait un pas en avant et recule). <\/em>\u2014 Le gong de ma crosse sonore rappelle aux convenances \u00e9tiquet\u00e9es l\u2019humilit\u00e9 de mes mules qui se plaquent insolentes sur la joue auguste de la Terre. Au bruit de mes pas trop hardis, deux chevaux \u00e0 taille de mastodontes, blottis dans une fente des marches du Calvaire, vont-ils s\u2019enfuir, et l\u00e0-bas l\u00e0-bas peu \u00e0 peu s\u2019amoindrir, et devenir petits comme des chevaux terrestres, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils me soient cach\u00e9s par le vol des collines de pierre retombant autour de moi, par leurs sabots sonores d\u00e9tach\u00e9es de leur couche l\u2019horizon\u00a0?<\/p>\n<p><em>(Au son de sa voix libre, les oiseaux s\u2019envolent, sauf le premier, endormi en la posture d\u2019une fleur de lys.)<\/em><\/p>\n<p>LE REFEET. \u2014 Touche la croix d\u2019une main ferme et sans d\u00e9raison.<\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne V<\/h4>\n<p>SAINT PIERRE, qui s\u2019est avanc\u00e9 d\u2019un pas avec SON REFLET sym\u00e9trique acolyte sous le sol luisant humide\u00a0; LA FLEUR DE LYS.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 La Couronne d\u2019\u00c9pines a fructifi\u00e9 en la couronne d\u2019or gemm\u00e9 qui encerclait chacune des dix t\u00eates de la B\u00eate. R\u00e9veille-toi, fleur de lys dormante, digne de r\u00e9gner sur mon \u00eatre, puisque tu n\u2019as point eu peur de moi en ton repos indiff\u00e9rent. Cette cassette couronn\u00e9e est-elle le berceau de l\u2019ovule f\u00e9cond\u00e9 d\u2019o\u00f9 na\u00eetra la Souverain futur\u00a0?<\/p>\n<p>LA FLEUR DE LYS. \u2014 L\u2019homme ne na\u00eetra plus, ni du sperme ni du sang\u00a0; par scissiparit\u00e9 nous multiplierons les cadavres, qui font belles les plantes \u00e0 l\u2019envol sym\u00e9triquement infernal et c\u00e9leste. Les hommes sont le Milieu, entre l\u2019Infini et Rien tiraill\u00e9s par les anses d\u2019un z\u00e9ro. Et quant \u00e0 cette cassette, l\u2019ap\u00f4tre qui \u00e0 la Porte Latine fut oint d\u2019un sacre d\u2019huile bouillante y \u00e9crivit\u00a0: \u00ab<em>C\u2019est ici la sagesse\u00a0: que celui qui a de l\u2019intelligence compte le nombre de la B\u00eate\u00a0; car c \u2018est un nombre d\u2019homme, et ce nombre est six cent soixante-six<\/em>.\u00bb \u2014 Julien est mort depuis plus de mille ans, d\u00e9chiffre un nombre nouveau.<\/p>\n<p>SAINT PIERRE. \u2014 Fleur pure, qui seule t\u2019\u00e9panouis sur cet arbre de la greffe des supplices, d\u2019o\u00f9 sortira cet homme s\u2019il ne na\u00eet ni du sperme ni du sang\u00a0?<\/p>\n<p>LA FLEUR DE LYS. \u2014 II existe dans cette couronne, dans toute couronne, cr\u00e2ne for\u00e9 par la chute du z\u00e9nith, est un cerveau. Cette couronne, corbeille sur la croix, est la plus haute, et rien ne peut la dominer. \u2014 Ce n\u2019\u00e9tait point un Coq qui la scellait de ses griffes\u00a0; ce n\u2019\u00e9taient point les croissants parall\u00e8les des plumes de sa queue sous lesquels rampaient les \u00e9toiles, c\u2019\u00e9tait le croissant lunaire.<\/p>\n<p>Et s\u2019il te faut un miracle pour croire (je te sais pourtant triplement cr\u00e9dule, car tu as reni\u00e9 trois fois), je m\u2019envole, regarde ton ma\u00eetre.<\/p>\n<h4>Sc\u00e8ne VI<\/h4>\n<p>SAINT-PIERRE-IIUMAN1T\u00c9, CESAR-ANTECHRIST. LES TROIS CHRISTS. LES CINQ ANIMAUX AIL\u00c9S<\/p>\n<p>(La Croix couronn\u00e9e baisse ses bras et marche vers Saint Pierre prostern\u00e9.)<\/p>\n<p>VOIX SOUTERRAINES DES TROIS CHRISTS. \u2014 C\u00e9sar\u00a0! \u2014 <em>C\u00e9sar<\/em>\u00a0! \u2014 C\u00c9SAR\u00a0!<\/p>\n<p>Ceux qui sont morts te saluent.<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019ARGENT, <em>de sa voix gr\u00eale<\/em>. \u2014 Que le scepticisme, cr\u00e9dulit\u00e9 bourgeoise, ne s\u2019indigne point d\u2019entendre parler les morts\u00a0: sur votre sol local renvers\u00e9s, pour les Antipodes nous nous \u00e9rigeons debout.<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019OR. \u2014 Sym\u00e9trique au-dessous de mon grand m\u00e9ridien, C\u00e9sar-Antechrist, tu n\u2019es que mon reflet dans la banale vision humaine.<\/p>\n<p>VOIX SORTANT DE LA CROIX. \u2014 Si je ne nais souverain \u00e9go\u00efste, sadique et jaloux, le m\u00e9diocre essaiera mon \u0153uvre et ne t\u2019enfoncera qu\u2019au centre. Tu seras n\u00e9ant et n\u2019auras point de sens ni de direction.<\/p>\n<p>LE CHRIST DE BRONZE, <em>de sa voix de glas<\/em>. \u2014 C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p>C\u00c9SAR-ANTECHRIST. \u2014 Fourmilion sous la double vo\u00fbte de mes pieds, nuages de l\u2019ascension de ton sable, les litt\u00e9rateurs sans g\u00e9nie ni talent parlent de toi. En dehors d\u2019eux, tu ne peux qu\u2019\u00eatre exprim\u00e9 par leur verbe. Je suis le souverain miroir qui te r\u00e9fl\u00e9chis\u00a0: tu me p\u00e9n\u00e8tres et c\u2019est pourquoi je suis ton contraire. Et avec ma ruse perverse je te dis, te tenant renferm\u00e9 en moi\u00a0: c\u2019est toi qui est mon contraire et qui me r\u00e9fl\u00e9chis. Je suis le souverain Mal, et tu es le Bien supr\u00eame. Que l\u2019homme n\u2019\u00e9carquille pas ses yeux, qu\u2019abandonnent leurs cr\u00e9mast\u00e8res\u00a0: la stupidit\u00e9 de ces th\u00e9ories est vieille comme Ormutz et Ahriman. L\u2019homme est la ligne d\u2019\u00e9crasement entre nous deux, le plan nul o\u00f9 s\u2019embrassent deux bulles de savon jumel\u00e9es.<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019OR. \u2014 C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p>LE CHRIST D\u2019ARGENT. \u2014 C\u00e9sar\u00a0!<\/p>\n<p>C\u00c9SAR-ANTECHRIST. \u2014 La mort est le saisissement concentr\u00e9 de la Pens\u00e9e\u00a0; elle ne s\u2019\u00e9toile plus infiniment vers le monde ext\u00e9rieur\u00a0; sa circonf\u00e9rence, nyctalope pupille, se r\u00e9tr\u00e9cit vers son centre\u00a0; c\u2019est ainsi qu\u2019elle devient Dieu, qu\u2019elle commence d\u2019\u00eatre. La mort est l\u2019\u00e9go\u00efsme parfait et la v\u00e9ritable \u2014&#8230; Mieux vaut qu\u2019elle entra\u00eene d\u2019autres morts vers la sienne, inverse d\u2019un b\u00e2illement sympathique&#8230; Christ qui vinsavant moi, je te contredis comme le retour du pendule en efface l\u2019aller. Diastole et systole, nous sommes notre Repos. Primitif et primordial, tu promis aux esprits bruts non d\u00e9gangu\u00e9s de la chair et de l\u2019amour la Vie \u00e9ternelle\u00a0; je leur promets l\u2019\u00e9ternelle Mort qui cr\u00e9e la Vie comme le noir la lumi\u00e8re et le ressac des burins charrues l\u2019imprimante cr\u00eate des traits montagnes. On oppose le N\u00e9ant \u00e0 l\u2019\u00catre, puis par l\u2019erreur croissant en mode d\u2019avalanche, le N\u00e9ant \u00e0 la Vie. Voici les contraires\u00a0: le Non-\u00catre et l\u2019\u00catre, bras de fl\u00e9au du N\u00e9ant pivot\u00a0; l\u2019\u00catre et la Vie ou la Vie et la Mort. Le soleil noir subsiste apr\u00e8s les soleils tous les jours redor\u00e9s du ciel terrestre. Je serai le disque de carton br\u00fbl\u00e9 qui glisse, comme voit un ivrogne, sur les d\u00e9cors du septentrion o\u00f9 poussent le pl\u00e2tre et la c\u00e9ruse, et les sels d\u2019arsenic chus des plumes des paons p\u00e9rennels.<\/p>\n<p>LE CHRIST DE BRONZE. \u2014 C\u00c9SAR\u00a0!<\/p>\n<p>VOIX A\u00c9RIENNES DES CINQ ANIMAUX AIL\u00c9S. \u2014 <em>C\u00e9sar<\/em>\u00a0! \u2014 C\u00e9sar\u00a0! Ceux qui sont sur terre te saluent dimanche\u00a0!<\/p>\n<h3>Prologue de Conclusion<\/h3>\n<p>Du mur<\/p>\n<p>Obscur exutoire<\/p>\n<p>Des revenants des victoires<\/p>\n<p>La mygale s\u2019\u00e9crase aux faces soleils des tambours<\/p>\n<p>Par la gloire et la mort de ses doigts noirs battoirs\u00a0!<\/p>\n<p><em>Le quadruple coin de la cloche s\u2019accroche aux lointains<\/em><\/p>\n<p><em>Tintant le glas lourd, gourd et sourd des pri\u00e8res d\u2019\u00e9tain.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019enfant drap\u00e9 de la pourpre et du sang du Christ mourant<\/p>\n<p>Sur son front a les fleurs de la vierge couronne \u00e9cran<\/p>\n<p>Et la croix sur l\u2019\u00e9paule en militaire dans le rang.<\/p>\n<p>Et Jean-Baptiste enfant va rose et nu sous le ciel bleu<\/p>\n<p>Avec \u00e0 ses pieds blancs des sandales couleur de feu\u00a0;<\/p>\n<p>La peau du mouton b\u00ealant v\u00eat le proph\u00e8te de Dieu.<\/p>\n<p>On \u00e9gorgea les fleurs sur la route des innocents.<\/p>\n<p>Le barrissement des tambours fait envoler le sang<\/p>\n<p>Que brouta la biche de Genevi\u00e8ve de Brabant.<\/p>\n<p>Marchez aux reposoirs vers le calvaire et l\u2019abattoir\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019hermine rouge a brod\u00e9 la peau de la terre noire,<\/p>\n<p>Les hoquets des tambours tremblent sur le sable mouvant\u00a0;<\/p>\n<p>Sous son armure de pav\u00e9s, l\u2019enfer guette r\u00eavant.<\/p>\n<p>Les Suisses diables chamarr\u00e9s fourchus sous leurs habits<\/p>\n<p>L\u00e8vent le couperet de leur grand chapeau de rubis.<\/p>\n<p>Les vents de mort tirent aux d\u00e9s tous les d\u00e9c\u00e8s de l\u2019an.<\/p>\n<p>Par les cloches tric-trac au son du batail roulant,<\/p>\n<p>Et le portail b\u00e9nit de ses doigts unis les allants.<\/p>\n<p><em>On a tendu toute la rue avec des linceuls blancs,<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019escarpolette des guirlandes haut s\u2019en va volant.<\/em><\/p>\n<p>Paix\u00a0! le sonneur avec ses deux cloches sonne le glas<\/p>\n<p>\u00c9gouttant les deux verres sur la terre \u00e0 chaque pas,<\/p>\n<p>Et sous son cr\u00e2ne rit l\u2019heure qui a fui du cadran.<\/p>\n<p>Il s\u2019en va sonnant et tintant par le blanc de la place\u00a0;<\/p>\n<p>Dans les deux mortiers du vieux voleur les pilons se glacent.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le nombril de midi o\u00f9 dort le coq sur le clocher<\/p>\n<p>Sous le cristal de l\u2019\u0153il de l\u2019oiseau couronn\u00e9 perch\u00e9<\/p>\n<p>\u00c9ditant ses pas \u00e0 rebours furtif il les efface.<\/p>\n<p>Du mur<\/p>\n<p>Obscur exutoire<\/p>\n<p>Du silence \u00e0 rebours sort des revenants des victoires&#8230;<\/p>\n<p>Par le tic-tac de gloire et de mort de ses doigts noirs battoirs<\/p>\n<p>La mygale s\u2019\u00e9crase aux faces des Tambours.<\/p>\n<h3>Le sablier<\/h3>\n<p>Suspends ton c\u0153ur aux trois piliers,<\/p>\n<p>Suspends ton c\u0153ur les bras li\u00e9s,<\/p>\n<p>Suspends ton c\u0153ur, ton c\u0153ur qui pleure<\/p>\n<p>Et qui se vide au cours de l\u2019heure<\/p>\n<p>Dans son reflet sur un marais,<\/p>\n<p>Pends ton c\u0153ur aux piliers de gr\u00e8s.<\/p>\n<p><em>Verse ton sang, c\u0153ur qui t\u2019 accointes<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c0 ton reflet par vos deux pointes.<\/em><\/p>\n<p>Les piliers noirs, les piliers froids<\/p>\n<p>Serrent ton c\u0153ur de leurs trois doigts.<\/p>\n<p>Pends ton c\u0153ur aux piliers de bois<\/p>\n<p>Secs, durs, inflexibles tous trois.<\/p>\n<p><em>Dans ton anneau noir, clair Saturne,<\/em><\/p>\n<p><em>Verse la cendre de ton urne.<\/em><\/p>\n<p>Pends ton c\u0153ur, a\u00e9rostat, aux<\/p>\n<p>Triples poteaux monumentaux.<\/p>\n<p>Que tout ton lest vid\u00e9 ruisselle<\/p>\n<p>Ton lourd fant\u00f4me est ta nacelle,<\/p>\n<p>Ancrant ses doigts estropi\u00e9s<\/p>\n<p>Aux ongles nacr\u00e9s de tes pieds.<\/p>\n<p>VERSE TON \u00c2ME QU\u2019ON \u00c9TRANGLE<\/p>\n<p>AUX TROIS VENTS FOUS DE TON TRIANGLE.<\/p>\n<p>Montre ton c\u0153ur au pilori<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9pand sans tr\u00eave ton cri,<\/p>\n<p>Ton pleur et ton cri solitaire<\/p>\n<p>En fleuve \u00e9ternel sur la terre.<\/p>\n<p>Hausse tes bras noirs calcin\u00e9s<\/p>\n<p>Pour trop compter l\u2019heure aux damn\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur ton front transparent de corne<\/p>\n<p>Satan a pos\u00e9 son tricorne.<\/p>\n<p>Hausse tes bras infatigu\u00e9s<\/p>\n<p>Comme des troncs d\u2019arbre \u00e9lagu\u00e9s.<\/p>\n<p>Verse la sueur de ta face<\/p>\n<p>Dans ton ombre o\u00f9 le temps s\u2019efface\u00a0;<\/p>\n<p>Verse la sueur de ton front<\/p>\n<p>Qui sait l\u2019heure o\u00f9 les corps mourront.<\/p>\n<p>Et sur leur sang ineffa\u00e7able<\/p>\n<p>Verse ton sable intarissable.<\/p>\n<p>Ton corselet de gu\u00eape fin<\/p>\n<p>Sur leur s\u00e9pulcre erre sans fin,<\/p>\n<p>Sur leur blanc s\u00e9pulcre que lave<\/p>\n<p>La bave de ta froide lave.<\/p>\n<p>Plante un gibet en trois endroits,<\/p>\n<p>Un gibet aux piliers \u00e9troits,<\/p>\n<p>O\u00f9 l\u2019on va pendre un c\u0153ur \u00e0 vendre.<\/p>\n<p>De ton c\u0153ur on jette la cendre,<\/p>\n<p>De ton c\u0153ur qui verse la mort.<\/p>\n<p>Le triple pal noirci le mord\u00a0;<\/p>\n<p>Il mord ton c\u0153ur, ton c\u0153ur qui pleure<\/p>\n<p>Et qui se vide au cours de l\u2019heure<\/p>\n<p>Au van des vents longtemps err\u00e9s<\/p>\n<p>Dans son reflet sur un marais.<\/p>\n<p>FIN<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alfred Jarry LES MINUTES DE SABLE M\u00c9MORIAL &lt; Texte de l\u2019\u00c9dition du Mercure de France, 1894, num\u00e9ris\u00e9 et v\u00e9rifi\u00e9 sur l\u2019\u00e9dition procur\u00e9e par les \u00e9ditions Bouquins (corrig\u00e9e) par Henri B\u00e9har pour le compte de la SAAJ. Mise en ligne par Julien Schuh. Fac-Simil\u00e9 sur Gallica&gt; On pr\u00e9pare\u00a0: \u00c9L\u00c9MENTS DE PATAPHYSIQUE. C\u00e9sar-Antechrist (avec des endroits o\u00f9 &hellip; <a href=\"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=60\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les Minutes de sable m\u00e9morial<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/60","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=60"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/60\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":63,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/60\/revisions\/63"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=60"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}