{"id":67,"date":"2015-01-27T21:24:27","date_gmt":"2015-01-27T21:24:27","guid":{"rendered":"http:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=67"},"modified":"2015-01-27T21:30:19","modified_gmt":"2015-01-27T21:30:19","slug":"gestes-et-opinions-du-dr-faustroll-pataphysicien","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=67","title":{"rendered":"Gestes et opinions du Dr Faustroll, Pataphysicien"},"content":{"rendered":"<p>&lt;Texte de l\u2019\u00e9dition Bouquins, procur\u00e9e par la SAAJ gr\u00e2ce \u00e0 Henri B\u00e9har.&gt;<\/p>\n<h3>Livre Premier<\/h3>\n<h3>Proc\u00e9dure<\/h3>\n<h4><strong>I<\/strong><\/h4>\n<h4><strong>Commandement En Vertu De L\u2019article 819<\/strong><\/h4>\n<p>L\u2019An mil huit cent quatre vingt dix-huit, le huit f\u00e9vrier,<br \/>\nEn vertu de l\u2019article 819 du Code de proc\u00e9dure Civile et \u00e0 la requ\u00eate de Mr et Madame Bonhomme (Jacques), propri\u00e9taires d\u2019une maison sise \u00e0 Paris, 100 bis, rue Richer, pour qui domicile est \u00e9lu en ma demeure et encore \u00e0 la mairie du Qe arrondissement<br \/>\nJ\u2019ai, Ren\u00e9-Isidore Panmuphle, huissier pr\u00e8s le Tribunal civil de premi\u00e8re instance du d\u00e9partement de la Seine, s\u00e9ant \u00e0 Paris, y demeurant, 37, rue Pav\u00e9e, soussign\u00e9,<br \/>\nFait Commandement de par la LOI et JUSTICE, \u00e0 Monsieur Faustroll, docteur, locataire de divers lieux d\u00e9pendant de ladite maison, demeurant \u00e0 Paris, 100 bis, rue Richer, o\u00f9 \u00e9tant au-devant de ladite maison, sur laquelle se trouve \u00e9galement indiqu\u00e9 le chiffre 100, et apr\u00e8s avoir sonn\u00e9, frapp\u00e9 et appel\u00e9 le susnomm\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rentes reprises, personne n\u2019\u00e9tant venu pour nous ouvrir, les plus proches voisins nous d\u00e9clarant que c\u2019est bien le domicile dudit sieur Faustroll, mais qu\u2019ils refusaient d\u2019accepter la copie et attendu que je n\u2019ai trouv\u00e9 auxdits lieux ni parents ni serviteurs, aucuns voisins ne voulant se charger de la pr\u00e9sente copie en signant mon original, je me suis transport\u00e9 de suite \u00e0 la mairie du Qe arrondissement, o\u00f9 \u00e9tant j\u2019ai remis la pr\u00e9sente \u00e0 M. le maire, parlant \u00e0 sa personne, lequel m\u2019en a donn\u00e9 visa sur mon original; de dans vingt-quatre heures pour tout d\u00e9lai payer au requ\u00e9rant en mes mains aux offres de lui en donner bonne et valable quittance la somme de trois cent soixante-douze mille francs 27 centimes, pour onze Termes de loyer des susdits lieux, \u00e9chus le premier janvier dernier, sans pr\u00e9judice de ceux \u00e0 \u00e9choir et de tous autres droits, actions, int\u00e9r\u00eats, frais et mise d\u2019ex\u00e9cution, lui d\u00e9clarant que faute de satisfaire au pr\u00e9sent Commandement dans ledit d\u00e9lai, il y sera contraint par toutes les voies de droit, notamment par la saisie-gagerie des meubles et objets mobiliers garnissant les lieux lou\u00e9s. Et j\u2019ai \u00e0 domicile et parlant comme dessus laiss\u00e9 la pr\u00e9sente copie. Co\u00fbt : onze francs 30 centimes, y compris une demi-feuille de timbre sp\u00e9cial \u00e0 0 fr. 60 centimes.<\/p>\n<p>PANMUPHLE<\/p>\n<p>Monsieur le Docteur Faustroll,<br \/>\n\u00e0 la mairie du Qe arrondissement,<br \/>\nParis.<\/p>\n<h4>II<\/h4>\n<h4>De L\u2019habitude Et Des Contenances Du Docteur Faustroll<\/h4>\n<p>Le docteur Faustroll naquit en Circassie, en 1898 (le XXe si\u00e8cle avait [- 2] ans), et \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-trois ans.<br \/>\nA cet \u00e2ge-l\u00e0, lequel il conserva toute sa vie, le docteur Faustroll \u00e9tait un homme de taille moyenne, soit, pour \u00eatre exactement v\u00e9ridique, de (8 x 1010 + 109 + 4 x 108 + 5 x 106) diam\u00e8tres d\u2019atomes; de peau jaune d\u2019or, au visage glabre, sauf une moustaches vert de mer, telles que les portait le roi Saleh; les cheveux alternativement, poil par poil, blond cendr\u00e9 et tr\u00e8s noir, ambigu\u00eft\u00e9 auburnienne changeante avec l\u2019heure du soleil; les yeux, deux capsules de simple encre \u00e0 \u00e9crire, pr\u00e9par\u00e9e comme l\u2019eau-de-vie de Dantzick, avec des spermatozo\u00efdes d&rsquo;or dedans.<br \/>\nIl \u00e9tait imberbe, sauf ses moustaches, par l\u2019emploi bien entendu des microbes de la calvitie, saturant sa peau des aines aux paupi\u00e8res, et qui lui rongeaient tous les bulbes, sans que Faustroll e\u00fbt \u00e0 craindre la chute de sa chevelure ni de ses cils, car ils ne s\u2019attaquent qu\u2019aux cheveux jeunes. Des aines aux pieds par contraste, il s\u2019engainait dans un satyrique pelage noir, car il \u00e9tait homme plus qu\u2019il n\u2019est de biens\u00e9ance.<br \/>\nCe matin-l\u00e0, il prit son sponge-bath quotidien, qui fut d\u2019un papier peint en deux tons par Maurice Denis, des trains rampant le long de spirales; d\u00e8s longtemps il avait substitu\u00e9 \u00e0 l\u2019eau une tapisserie de saison, de mode ou de son caprice.<br \/>\nPour ne point choquer le peuple, il se v\u00eatit, par-dessus cette tenture, d\u2019une chemise en toile de quartz, d\u2019un pantalon large, serr\u00e9 \u00e0 la cheville, de velours noir mat; de bottines minuscules et grises, la poussi\u00e8re y \u00e9tait maintenue, non sans grands frais, en couche \u00e9gale, depuis des mois, sauf les geysers secs des fourmilions; d\u2019un gilet de soie jaune d\u2019or, de la couleur exacte de son teint, sans plus de boutons qu\u2019un maillot, deux rubis fermant deux goussets, tr\u00e8s haut; et d\u2019une grande pelisse de renard bleu.<br \/>\nIl empila sur son index droit des bagues, \u00e9meraudes et topazes, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ongle, le seul de ses dix qu\u2019ils ne ronge\u00e2t point, et arr\u00eata la file d\u2019anneaux par une goupille perfectionn\u00e9e, en molybd\u00e8ne, viss\u00e9e dans l\u2019os de phalangette, \u00e0 travers l\u2019ongle.<br \/>\nEn guise de cravate, il se passa au cou le grand cordon de la Grande-Gidouille, ordre invent\u00e9 par lui et brevet\u00e9, afin qu\u2019il ne f\u00fbt galvaud\u00e9.<br \/>\nIl se pendit par ce cordon \u00e0 une potence dispos\u00e9e \u00e0 cet effet, h\u00e9sitant quelques quarts d\u2019heure entre les deux maquillages suffocatoires dits pendu blanc et pendu bleu.<br \/>\nEt, s\u2019\u00e9tant d\u00e9croch\u00e9, il se coiffa d\u2019un casque colonial.<\/p>\n<h4>III<\/h4>\n<h4>Signification Sur Proc\u00e8s-Verbal<\/h4>\n<p>L\u2019an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le dix f\u00e9vrier \u00e0 huit heures du matin, en vertu de l\u2019article 819 du Code de proc\u00e9dure civile et \u00e0 la requ\u00eate de Mr et Madame Bonhomme (Jacques), le mari tant en son nom personnel que pour assister et autoriser la dame son \u00e9pouse, propri\u00e9taires d\u2019une maison sise \u00e0 Paris, rue Richer, n\u00b0 100 bis, pour qui domicile est \u00e9lu en ma demeure et encore en la mairie du Qe arrondissement,<br \/>\nJ\u2019AI, REN\u00c9-ISIDORE PANMUPHLE, HUISSIER PR\u00c8S LE TRIBUNAL CIVIL DE LA SEINE, S\u00c9ANT \u00c0 PARIS, Y DEMEURANT, RUE PAV\u00c9E, N\u00b0 37, SOUSSIGN\u00c9,<br \/>\nfait commandement it\u00e9ratif de par la LOI et JUSTICE \u00e0 M. Faustroll, docteur, locataire de divers lieux d\u00e9pendant de ladite maison, y demeurant susdite rue Richer, n\u00b0 100 bis, portant actuellement le n\u00b0 100, o\u00f9 \u00e9tant et apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 \u00e0 diverses reprises sans obtenir de r\u00e9ponse, nous nous sommes transport\u00e9 \u00e0 Paris, chez M. Solarcable, commissaire de police, lequel nous a assist\u00e9 dans notre op\u00e9ration; de payer \u00e0 moi huissier porteur de pi\u00e8ces, la somme de Trois cent soixante-douze mille francs vingt-sept centimes pour Onze termes de loyer desdits lieux, \u00e9chus le premier janvier dernier sans pr\u00e9judice d\u2019autres dus, lesquels a refus\u00e9 de payer.<br \/>\nPourquoi j\u2019ai saisi-gag\u00e9 et mis sous l\u2019autorit\u00e9 de la LOI et JUSTICE les objets suivants:<\/p>\n<h4>IV<\/h4>\n<h4>Des Livres Pairs Du Docteur<\/h4>\n<p>Dans une propri\u00e9t\u00e9 ci-dessus d\u00e9nomm\u00e9e, et apr\u00e8s ouverture faite par M. LOURDEAU, serrurier \u00e0 Paris, n\u00b0 205, rue Nicolas Flamel, r\u00e9serves faites d\u2019un lit en toile de cuivre vernie, long de douze m\u00e8tres, sans literie, d\u2019une chaise d\u2019ivoire et d\u2019une table d\u2019onyx et d\u2019or, vingt-sept volumes d\u00e9pareill\u00e9s, tant broch\u00e9s que reli\u00e9s, dont les noms suivent :<\/p>\n<p>1. BAUDELAIRE, un tome d\u2019EDGARD POE, traduction.<br \/>\n2. BERGERAC, \u0152uvres, tome II, contenant l\u2019Histoire des Etats et Empires du Soleil, et l\u2019Histoire des Oiseaux.<br \/>\n3. L\u2019Evangile de SAINT LUC, en grec.<br \/>\n4. BLOY, Le Mendiant ingrat.<br \/>\n5. COLERIDGE, The Rime of the ancient Mariner.<br \/>\n6. DARIEN, Le Voleur.<br \/>\n7. DESBORDES-VALMORE, Le Serment des petits hommes.<br \/>\n8. ELSKAMP, Enluminures.<br \/>\n9. Un volume d\u00e9pareill\u00e9 du Th\u00e9\u00e2tre de FLORIAN.<br \/>\n10. Un volume d\u00e9pareill\u00e9 des Mille et Une Nuits, traduction GALLAND.<br \/>\n11. GRABBE, Scherz, Satire, Ironie und tiefere Bedeutung, com\u00e9die en trois actes.<br \/>\n12. KAHN, Le Conte de l\u2019or et du Silence.<br \/>\n13. LAUTR\u00c9AMONT, Les Chants de Maldoror.<br \/>\n14. MAETERLINCK, Aglavaine et S\u00e9lysette.<br \/>\n15. MALLARM\u00c9, Vers et prose.<br \/>\n16. MEND\u00c8S, Gog.<br \/>\n17. L\u2019Odyss\u00e9e, \u00e9dition Teubner.<br \/>\n18. P\u00c9LADAN, Babylone.<br \/>\n19. RABELAIS.<br \/>\n20. JEAN DE CHILRA, L\u2019Heure sexuelle.<br \/>\n21. HENRI DE R\u00c9GNIER, La Canne de jaspe.<br \/>\n22. RIMBAUD, Les Illuminations.<br \/>\n23. SCHWOB, La Croisade des enfants.<br \/>\n24. Ubu Roi.<br \/>\n25. VERLAINE, Sagesse.<br \/>\n26. VERHAEREN, Les Campagnes hallucin\u00e9es.<br \/>\n27. VERNE, Le Voyage au centre de la Terre.<\/p>\n<p>Plus trois gravures pendues \u00e0 la muraille, une affiche de TOULOUSE-LAUTREC, Jane Avril; une de BONNARD, La Revue blanche; un portrait du sieur Faustroll, par AUBREY BEARDSLEY, et une vieille image, laquelle nous a paru sans valeur, saint Cado, de l\u2019imprimerie Oberth\u00fcr de Rennes.<br \/>\nDans la cave, par suite de l\u2019inondation, nous n\u2019avons pu y p\u00e9n\u00e9trer. Elle nous a paru pleine jusqu\u2019\u00e0 une hauteur de deux m\u00e8tres, sans tonneaux ni bouteilles, de vins et d\u2019alcools librement m\u00eal\u00e9s.<br \/>\nJ\u2019ai \u00e9tabli pour gardien, en l\u2019absence de la partie saisie, le sieur Delmor de Pionsec, l\u2019un de mes t\u00e9moins ci-apr\u00e8s nomm\u00e9. La vente aura lieu le jour qui sera fix\u00e9 ult\u00e9rieurement, heure de midi, sur la place de l\u2019Op\u00e9ra.<br \/>\nEt de tout ce que dessus j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 le pr\u00e9sent proc\u00e8s-verbal, auquel j\u2019ai vaqu\u00e9 de huit heures du matin \u00e0 deux heures 3\/4 de relev\u00e9e, et dont j\u2019ai laiss\u00e9 copie \u00e0 la partie saisie, \u00e8s mains de M. le commissaire de police susnomm\u00e9, et au gardien, et sous r\u00e9serve de d\u00e9nonciation, le tout en pr\u00e9sence et assist\u00e9 des sieurs Delmor de Pionsec et Troccon, praticiens, demeurant \u00e0 Paris, 37, rue Pav\u00e9e, t\u00e9moins requis qui ont avec moi sign\u00e9 original et copie. Co\u00fbt: Trente-deux francs 40 centimes. Il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour les copies deux feuilles de papier sp\u00e9cial dont le montant est de fr. 1,20 centimes. Sign\u00e9 : Lourdeau, serrurier. Sign\u00e9 : Solarcable, commissaire. Sign\u00e9 : Delmor de Pionsec; sign\u00e9 : Troccon, t\u00e9moins. Sign\u00e9 : Panmuphle, ce dernier huissier. Enregistr\u00e9 \u00e0 Paris le 11 f\u00e9vrier 1898. Re\u00e7u cinq francs. Sign\u00e9 Liconet. P.C.C. (Illisible).<\/p>\n<h4>V<\/h4>\n<h4>Signification D\u2019ordonnance Afin De Vendre Sur Place<\/h4>\n<p>L\u2019An mil huit cent quatre vingt dix-huit, le quatre juin, \u00e0 la requ\u00eate de Mr et Madame Bohomme (Jacques), le mari demeurant \u00e0 Paris, rue Pav\u00e9e, 37, \u00e9lisant en mon \u00e9tude et encore \u00e0 la mairie du Qe arrondissement; J\u2019ai Ren\u00e9-Isidore Panmuphle, HUISSIER pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance de la Seine, s\u00e9ant \u00e0 paris, y demeurant 37, rue Pav\u00e9e, soussign\u00e9, signifi\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9 et en t\u00eate de la pr\u00e9sente laiss\u00e9 copie \u00e0 M. Faustroll\u2026<\/p>\n<p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant que la pr\u00e9sente demi-feuille de timbre sp\u00e9cial \u00e0 0,60 centimes n\u2019est pas suffisante \u00e0 la d\u00e9nonciation de diverses merveilles que nous avons d\u00e9couvertes chez ledit sieur Faustroll, apr\u00e8s boire dans sa cave o\u00f9 il nous avait pr\u00e9cipit\u00e9, provisoirement l\u2019exposant requiert qu\u2019il plaise \u00e0 M. le Pr\u00e9sident du Tribunal civil de la Seine l\u2019autoriser, les frais de timbre mena\u00e7ant d\u2019exc\u00e9der notablement la provision d\u00e9pos\u00e9e, \u00e0 relater ce qui suivra sur papier libre, afin de conserver \u00e0 la LOI et JUSTICE le souvenir desdites merveilles, et d\u2019en \u00e9viter le d\u00e9p\u00e9rissement.<\/p>\n<h4>\u00a0VI<\/h4>\n<h4>Du Bateau Du Docteur, Qui Est Un Crible<\/h4>\n<p>A C.-V. Boys.<\/p>\n<p>Le docteur Faustroll, soulevant la draperie qui couvrait le lit de cuivre verni que je n\u2019avais pas \u00e0 saisir, et s\u2019adressant \u00e0 moi, parlant \u00e0 ma personne, dit :<br \/>\n\u00abIl est vraisemblable que vous n\u2019avez aucune notion, Panmuphle, huissier porteur de pi\u00e8ces, de la capillarit\u00e9, de la tension superficielle, ni des membranes sans pesanteur, hyperboles \u00e9quilat\u00e8res, surfaces de nulle courbure, non plus g\u00e9n\u00e9ralement que la pellicule \u00e9lastique qui est l\u2019\u00e9piderme de l\u2019eau.<br \/>\n\u00abDepuis les saints et miracul\u00e9s qui ont navigu\u00e9 dans des auges de pierre ou sur des manteaux de grossi\u00e8re \u00e9toffe et le Christ, qui marchait nu-pieds sur la mer, je ne sais, hors moi, que la n\u00e8pe filiforme et les larves de cousins qui, d\u2019au-dessus ou d\u2019au-dessous, se servent de la surface des \u00e9tangs comme d\u2019un plancher solide.<br \/>\n\u00abOn a, il est vrai, construit des sacs de toile qui laissent passer l\u2019air et la vapeur et sont imperm\u00e9ables \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 travers lesquels il est possible de souffler une bougie, et qui retiennent ind\u00e9finiment leur contenu fluide. Mon confr\u00e8re F. de Romilly a fait bouillir des liquides dans une cloche dont le fond \u00e9tait de gaze \u00e0 mailles assez larges&#8230;<br \/>\n\u00abOr, ce lit long de douze m\u00e8tres n\u2019est pas un lit, mais un bateau, qui a la figure d&rsquo;un crible allong\u00e9. Les mailles en sont assez ouvertes pour laisser passer une grosse \u00e9pingle; et tout le crible a \u00e9t\u00e9 tremp\u00e9 dans de la paraffine fondue, puis secou\u00e9, de mani\u00e8re que cette substance (qui n\u2019est jamais touch\u00e9e par l\u2019eau), tout en recouvrant la trame, laisse les trous vides, au nombre approximatif de quinze millions quatre cent mille. La pellicule de l\u2019eau, quand je vais en rivi\u00e8re, se tend sur les trous, et le liquide sous-fluent ne peut passer que si elle se d\u00e9chire. Or la convexit\u00e9 de ma quille ronde n\u2019offre aucun angle saillant, et le choc de l\u2019eau, dans les d\u00e9bordages, sauts de barrages, etc., est bris\u00e9 par une coquille ext\u00e9rieure non paraffin\u00e9e, \u00e0 mailles beaucoup plus amples, seize mille seulement; et qui sert en outre \u00e0 prot\u00e9ger le vernis de paraffine contre l\u2019\u00e9raillure des roseaux, comme un gril interne le garantit de l\u2019injure des pieds.<br \/>\n\u00abMon crible flotte donc, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un bateau, et peut \u00eatre charg\u00e9 sans couler \u00e0 fond. Bien plus, il poss\u00e8de sur les bateaux ordinaires cette sup\u00e9riorit\u00e9, m\u2019a fait remarquer mon ami C.-V. Boys, qu\u2019on peut y laisser tomber un filet d\u2019eau sans le submerger. Que j\u2019expulse mes urates ou qu\u2019une lame embarque, le liquide passe \u00e0 travers les mailles et rejoint les lames ext\u00e9rieures.<br \/>\n\u00abDans ce canot toujours sec (qui s\u2019appelle un as, sans doute parce qu\u2019il est construit pour porter trois personnes) je ferai d\u00e9sormais \u00e9lection de domicile, comme il faudra que je quitte cette maison.<br \/>\n&#8211; Sans doute, dis-je, les lieux lou\u00e9s n\u2019\u00e9tant plus garnis.<br \/>\n&#8211; J\u2019ai aussi un plus bel as, poursuivit le docteur, en fil de quartz \u00e9tir\u00e9 \u00e0 l\u2019arbal\u00e8te; mais actuellement j\u2019y ai dispos\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un brin de paille 250 000 gouttes d\u2019huile de castor, \u00e0 l\u2019imitation des gouttelettes des araign\u00e9es et alternativement grosses et petites, les vibrations par seconde de celles-l\u00e0 \u00e9tant \u00e0 celles de celles-ci selon le rapport (64 000 \/ (1 \/ 2 000 000)) sous la simple force de la membrane \u00e9lastique du liquide. Cet as a toutes les apparences d\u2019une grande toile d\u2019araign\u00e9e v\u00e9ritable, et prend les mouches avec la m\u00eame facilit\u00e9. Mais il n\u2019est am\u00e9nag\u00e9 que pour une personne.<br \/>\n\u00abEt, comme celui-ci porte trois personnes, vous m\u2019accompagnerez, et quelqu\u2019un qui vous sera pr\u00e9sent\u00e9 &#8211; voire quelques-uns, car j\u2019emm\u00e8ne des \u00eatres qui ont \u00e9vad\u00e9 votre LOI et JUSTICE entre les lignes de mes volumes saisis.<br \/>\n\u00abEt pendant que je les d\u00e9nombre et convoque l\u2019autre personne, voici un livre, par moi manuscrit, que vous pouvez saisir vingt-huiti\u00e8me et lire, afin non seulement de prendre patience, mais de plus probablement me comprendre au cours de ce voyage sur la n\u00e9cessit\u00e9 duquel je ne demande pas votre avis.<br \/>\n&#8211; Oui, mais cette navigation en crible&#8230;<br \/>\n&#8211; L\u2019as n\u2019est pas seulement m\u00fb par des pelles d\u2019avirons mais par des ventouses au bout de leviers \u00e0 ressort. Et sa quille roule sur trois galets d\u2019acier dans le m\u00eame plan. Je suis d\u2019autant mieux persuad\u00e9 de l\u2019excellence de mes calculs et de son insubmersibilit\u00e9, que, selon mon habitude invariable, nous ne naviguerons point sur l\u2019eau, mais sur la terre ferme. \u00bb<\/p>\n<h4>VII<\/h4>\n<h4>Du Petit Nombre Des \u00c9lus<\/h4>\n<p>A travers l\u2019espace feuillet\u00e9 des vingt-sept pairs, Faustroll \u00e9voqua vers la troisi\u00e8me dimension :<br \/>\nDe Baudelaire, le Silence d\u2019Edgar Poe, en ayant soin de retraduire en grec la traduction de Baudelaire.<br \/>\nDe Bergerac, l\u2019arbre pr\u00e9cieux auquel se m\u00e9tamorphos\u00e8rent, au pays du Soleil, le rossignol-roi et ses sujets.<br \/>\nDe Luc, le Calomniateur qui porta le Christ sur un lieu \u00e9lev\u00e9.<br \/>\nDe Bloy, les cochons noirs de la Mort, cort\u00e8ge de la Fianc\u00e9e.<br \/>\nDe Coleridge, l\u2019arbal\u00e8te du vieux marin et le squelette flottant du vaisseau, qui, d\u00e9pos\u00e9 dans l\u2019as, fut crible sur crible.<br \/>\nDe Darien, les couronnes de diamant des perforatrices du Saint-Gothard.<br \/>\nDe Desbordes-Valmore, le canard que d\u00e9posa le b\u00fbcheron aux pieds des enfants, et les cinquante-trois arbres marqu\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9corce.<br \/>\nD\u2019Elskamp, les li\u00e8vres qui, courant sur les draps, devinrent des mains rondes et port\u00e8rent l\u2019univers sph\u00e9rique comme un fruit.<br \/>\nDe Florian, le billet de loterie de Scapin.<br \/>\nDes Mille et Une Nuits, l\u2019\u0153il crev\u00e9 par la queue du cheval volant du troisi\u00e8me Kalender, fils de roi.<br \/>\nDe Grabbe, les treize compagnons tailleurs que massacra \u00e0 l\u2019aurore, le baron Tual, par l\u2019ordre du chevalier de l\u2019ordre pontifical du M\u00e9rite civil, et la serviette qu\u2019il se noua pr\u00e9alablement autour du cou.<br \/>\nDe Kahn, un des timbres d\u2019or des c\u00e9lestes orf\u00e8vreries.<br \/>\nDe Lautr\u00e9amont, le scarab\u00e9e, beau comme le tremblement des mains dans l\u2019alcoolisme, qui disparaissait \u00e0 l\u2019horizon.<br \/>\nDe Maeterlinck, les lumi\u00e8res qu&rsquo;entendit la premi\u00e8re s\u0153ur aveugle.<br \/>\nDe Mallarm\u00e9, le vierge, le vivace et le bel aujourd\u2019hui.<br \/>\nDe Mend\u00e8s, le vent du nord qui, soufflant sur la verte mer, m\u00ealait \u00e0 son sel la sueur du for\u00e7at qui rama jusqu\u2019\u00e0 cent vingt ans.<br \/>\nDe L\u2019Odyss\u00e9e, la marche joyeuse de l\u2019irr\u00e9prochable fils de P\u00e9l\u00e9e, par la prairie d\u2019asphod\u00e8les.<br \/>\nDe P\u00e9ladan, le reflet, au miroir du bouclier \u00e9tam\u00e9 de la cendre des anc\u00eatres, du sacril\u00e8ge massacre des sept plan\u00e8tes.<br \/>\nDe Rabelais, les sonnettes auxquelles dans\u00e8rent les diables pendant la temp\u00eate.<br \/>\nDe Rachilde, Cl\u00e9op\u00e2tre.<br \/>\nDe R\u00e9gnier, la plaine saure o\u00f9 le centaure moderne s\u2019\u00e9broua.<br \/>\nDe Rimbaud, les gla\u00e7ons jet\u00e9s par le vent de Dieu aux mares.<br \/>\nDe Schwob, les b\u00eates \u00e9cailleuses que mimait la blancheur des mains du l\u00e9preux.<br \/>\nD\u2019Ubu Roi, la cinqui\u00e8me lettre du premier mot du premier acte.<br \/>\nDe Verhaeren, la croix faite par la b\u00eache aux quatre fronts des horizons.<br \/>\nDe Verlaine, des voix asymptotes \u00e0 la mort.<br \/>\nDe Verne, les deux lieues et demie d\u2019\u00e9corce terrestre.<br \/>\nCependant, Ren\u00e9-Isidore Panmuphle, huissier, commen\u00e7ait de lire le manuscrit de Faustroll dans une obscurit\u00e9 profonde, \u00e9voquant l\u2019encre inapparente de sulfate de quinine aux invisibles rayons infrarouges d\u2019un spectre enferm\u00e9 quant \u00e0 ses autres couleurs dans une bo\u00eete opaque; jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt interrompu par la pr\u00e9sentation du troisi\u00e8me voyageur.<\/p>\n<h3>Livre II<\/h3>\n<h3>\u00c9l\u00e9ments De Pataphysique<\/h3>\n<p>\u00c0 Thad\u00e9e Natanson.<\/p>\n<h4>VIII<\/h4>\n<h4>D\u00e9finition<\/h4>\n<p>Un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne est ce qui se surajoute \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne.<br \/>\nLa pataphysique dont l\u2019\u00e9tymologie doit s\u2019\u00e9crire et l\u2019orthographe r\u00e9elle &lsquo;pataphysique, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une apostrophe, afin d\u2019\u00e9viter un facile calembour, est la science de ce qui se surajoute \u00e0 la m\u00e9taphysique, soit en elle-m\u00eame, soit hors d\u2019elle-m\u00eame, s\u2019\u00e9tendant aussi loin au-del\u00e0 de celle-ci que celle-ci au-del\u00e0 de la physique.<br \/>\nEt l\u2019\u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tant souvent l\u2019accident, la pataphysique sera surtout la science du particulier, quoiqu\u2019on dise qu\u2019il n\u2019y a de science que du g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nElle \u00e9tudiera les lois qui r\u00e9gissent les exceptions et expliquera l\u2019univers suppl\u00e9mentaire \u00e0 celui-ci; ou moins ambitieusement d\u00e9crira un univers que l\u2019on peut voir et que peut-\u00eatre l\u2019on doit voir \u00e0 la place du traditionnel, les lois que l\u2019on a cru d\u00e9couvrir de l\u2019univers traditionnel \u00e9tant des corr\u00e9lations d\u2019exceptions aussi, quoique plus fr\u00e9quentes, en tous cas de faits accidentels qui, se r\u00e9duisant \u00e0 des exceptions peu exceptionnelles, n\u2019ont m\u00eame pas l\u2019attrait de la singularit\u00e9.<br \/>\nD\u00c9FINITON: La pataphysique est la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux lin\u00e9aments les propri\u00e9t\u00e9s des objets d\u00e9crits par leur virtualit\u00e9.<br \/>\nLa science actuelle se fonde sur le principe de l\u2019induction: la plupart des hommes ont vu le plus souvent tel ph\u00e9nom\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9der ou suivre tel autre, et en concluent qu\u2019il en sera toujours ainsi.<br \/>\nD\u2019abord ceci n\u2019est exact que le plus souvent, d\u00e9pend d\u2019un point de vue, et est codifi\u00e9 selon la commodit\u00e9, et encore ! Au lieu d\u2019\u00e9noncer la loi de la chute des corps vers un centre, que ne pr\u00e9f\u00e8re-t-on celle de l\u2019ascension du vide vers une p\u00e9riph\u00e9rie, le vide \u00e9tant pris pour unit\u00e9 de non-densit\u00e9, hypoth\u00e8se beaucoup moins arbitraire que le choix de l\u2019unit\u00e9 concr\u00e8te de densit\u00e9 positive eau ?<br \/>\nCar ce corps m\u00eame est un postulat et un point de vue des sens de la foule, et, pour que sinon sa nature au moins ses qualit\u00e9s ne varient pas trop, il est n\u00e9cessaire de postuler que la taille des hommes restera toujours sensiblement constante et mutuellement \u00e9gale. Le consentement universel est d\u00e9j\u00e0 un pr\u00e9jug\u00e9 bien miraculeux et incompr\u00e9hensible. Pourquoi chacun affirme-t-il que la forme d\u2019une montre est ronde, ce qui est manifestement faux, puisqu\u2019on lui voit de profil une figure rectangulaire \u00e9troite, elliptique de trois quarts, et pourquoi diable n\u2019a-t-on not\u00e9 sa forme qu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019on regarde l\u2019heure ? Peut-\u00eatre sous le pr\u00e9texte de l\u2019utile. Mais le m\u00eame enfant, qui dessine la montre ronde, dessine aussi la maison carr\u00e9e, selon la fa\u00e7ade, et cela \u00e9videmment sans aucune raison; car il est rare, sinon dans la campagne, qu\u2019il voie un \u00e9difice isol\u00e9, et dans une rue m\u00eame les fa\u00e7ades apparaissent selon des trap\u00e8zes tr\u00e8s obliques.<br \/>\nIl faut donc bien n\u00e9cessairement admettre que la foule (en comptant les petits enfants et les femmes) est trop grossi\u00e8re pour comprendre les figures elliptiques, et que ses membres s\u2019accordent dans le consentement dit universel parce qu\u2019ils ne per\u00e7oivent que les courbes \u00e0 un seul foyer, \u00e9tant plus facile de co\u00efncider en un point qu\u2019en deux. Ils communiquent et s\u2019\u00e9quilibrent par le bord de leurs ventres, tangentiellement. Or, m\u00eame la foule a appris que l\u2019univers vrai \u00e9tait fait d\u2019ellipses, et les bourgeois m\u00eames conservent leur vin dans des tonneaux et non des cylindres.<br \/>\nPour ne point abandonner en digressant notre exemple usuel de l\u2019eau, m\u00e9ditons \u00e0 son sujet ce qu\u2019en cette phrase l\u2019\u00e2me de la foule dit irr\u00e9v\u00e9rencieusement des adeptes de la science pataphysique:<\/p>\n<h4>IX<\/h4>\n<h4>Faustroll Plus Petit Que Faustroll<\/h4>\n<p>\u00c0 William Crookes.<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019autres fous r\u00e9p\u00e9taient sans cesse qu\u2019un \u00e9tait en m\u00eame temps<br \/>\nplus grand et plus petit que lui-m\u00eame,<br \/>\net publiaient nombre d\u2019absurdit\u00e9s semblables,<br \/>\ncomme d\u2019utiles d\u00e9couvertes. \u00bb<br \/>\nLe Talisman d\u2019Oromane<\/p>\n<p>Le docteur Faustroll (si l\u2019on nous permet de parler d\u2019exp\u00e9rience personnelle) se voulut un jour plus petit que soi-m\u00eame, et r\u00e9solut d\u2019aller explorer l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments, afin d\u2019examiner quelles perturbations cette diff\u00e9rence de grandeur apporterait dans leurs rapports r\u00e9ciproques.<br \/>\nIl choisit ce corps ordinairement liquide, incolore, incompressible et horizontal en petite quantit\u00e9; de surface courbe, de profondeur bleue et de bords anim\u00e9s d\u2019un mouvement de va-et-vient quand il est \u00e9tendu; qu\u2019Aristote dit, comme la terre, de nature grave; ennemi du feu et renaissant de lui, quand il est d\u00e9compos\u00e9, avec explosion; qui se vaporise \u00e0 cent degr\u00e9s, qu\u2019il d\u00e9termine, et solidifi\u00e9 flotte sur soi-m\u00eame, l\u2019eau, quoi ! Et s\u2019\u00e9tant r\u00e9duit comme paradigme de petitesse, \u00e0 la taille classique du ciron, il voyagea le long de la feuille d\u2019un chou, inattentif aux cirons coll\u00e8gues et aux aspects agrandis de tout, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il rencontra l\u2019Eau.<br \/>\nCe fut une boule, haute deux fois comme lui, \u00e0 travers la transparence de laquelle les parois de l\u2019univers lui parurent faites gigantesques et sa propre image, obscur\u00e9ment refl\u00e9t\u00e9e par le tain des feuilles, hauss\u00e9e \u00e0 la stature qu\u2019il avait quitt\u00e9e. Il heurta la sph\u00e8re d\u2019un coup l\u00e9ger, comme on frappe \u00e0 une porte: l\u2019\u0153il d\u00e9sorbit\u00e9 de mall\u00e9able verre \u00abs\u2019accommoda\u00bb comme un \u0153il vivant, se fit presbyte, se rallongea selon son diam\u00e8tre horizontal jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ovo\u00efde myopie, repoussa en cette \u00e9lastique inertie Faustroll et refut sph\u00e8re.<br \/>\nLe docteur roula \u00e0 petits pas, non sans grand peine, le globe de cristal jusqu\u2019\u00e0 un globe voisin, glissant sur les rails des nervures du chou; rapproch\u00e9es, les deux sph\u00e8res s\u2019aspir\u00e8rent mutuellement jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en effiler, et le nouveau globe, de double volume, libra placidement devant Faustroll.<br \/>\nDu bout de sa bottine, le docteur crossa l\u2019aspect inattendu de l\u2019\u00e9l\u00e9ment: une explosion, formidable d\u2019\u00e9clats et de son, retentit, apr\u00e8s la projection \u00e0 la ronde de nouvelles et minuscules sph\u00e8res, \u00e0 la duret\u00e9 s\u00e8che de diamant, qui roul\u00e8rent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 le long de la verte ar\u00e8ne, chacune entra\u00eenant sous soi l\u2019image du point tangent de l\u2019univers qu\u2019elle formait selon la projection de la sph\u00e8re et dont elle agrandissait le fabuleux centre.<br \/>\nAu-dessous de tout, la chlorophylle, comme un banc de poissons verts, suivait ses courants connus dans les canaux souterrains du chou\u2026<\/p>\n<h4>X<\/h4>\n<h4>Du Grand Singe Papion Bosse-De-Nage, Lequel Ne Savait De Parole Humaine Que : \u00ab Ha Ha \u00bb.<\/h4>\n<p>\u00c0 Christian Beck.<\/p>\n<p>\u00abToi, vois-tu, dit gravement Giromon; toi, je prendrai ta robe pour voile de pouiouse:<br \/>\ntes jambes pour m\u00e2ts; tes bras pour vergues; ton corps pour carcasse, et je te f\u2026 \u00e0 l\u2019eau<br \/>\navec six pouces de lame dans le ventre en guise de lest\u2026<br \/>\nEt comme quand tu seras navire c\u2019est ta grosse t\u00eate qui servira de figure de l\u2019avant<br \/>\nalors je te baptiserai : le vilain b\u2026\u00bb<\/p>\n<p>EUG\u00c8NE SUE, La Salamandre<br \/>\n(le pichon joueic deis diables).<\/p>\n<p>Bosse-de-Nage \u00e9tait un singe papion, moins cyno-qu\u2019hydroc\u00e9phale, et moins intelligent, pour cette tare, que ses pareils. La callosit\u00e9 rouge et bleue que ceux-ci arborent aux fesses, Faustroll avait su, par une m\u00e9dication curieuse, la lui d\u00e9placer et greffer sur les joues, azurine sur l\u2019une, \u00e9carlate sur l\u2019autre, en sorte que sa face aplatie \u00e9tait tricolore.<br \/>\nDe ce non content, le bon docteur lui voulut apprendre \u00e0 parler; et, si Bosse-de-Nage (ainsi nomm\u00e9 \u00e0 cause de la saillie double des joues ci-dessus d\u00e9crites) ne sut pas compl\u00e8tement la langue fran\u00e7aise, il pronon\u00e7ait assez correctement quelques mots belges, appelant la ceinture de sauvetage appendue \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019as de Faustroll \u00abvessie natatoire avec inscription dessus\u00bb, mais le plus souvent il pr\u00e9f\u00e9rait un monosyllabe tautologique:<br \/>\n\u00ab Ha ha \u00bb disait-il en fran\u00e7ais; et il n\u2019ajoutait rien davantage.<br \/>\nCe personnage sera fort utile au cours de ce livre, en guise de halte aux intervalles des trop longs discours: comme en use Victor Hugo (Les Burgraves, partie I, sc. II) :<\/p>\n<p>Est-ce tout ?<\/p>\n<p>&#8211; Non, \u00e9coutez encor:<\/p>\n<p>Et Platon, en plusieurs endroits :<\/p>\n<p>&lt;42 citations en Grec&gt;<\/p>\n<p>S\u2019ensuit la relation de Ren\u00e9-Isidore Panmuphle.<\/p>\n<h3>\u00a0Livre III<\/h3>\n<h3>De Paris A Paris Par Mer Ou Le Robinson Belge<\/h3>\n<p>\u00c0 Alfred Vallette.<\/p>\n<p>\u00abS\u2019enquestant quelz gens s\u00e7avans estoient pour lors en la ville,<br \/>\net quel vin on y beuvoit.\u00bb<br \/>\n<em>Gargantua<\/em>, chapitre XVI.<\/p>\n<h4>XI<\/h4>\n<h4>De L\u2019embarquement Dans L\u2019arche<\/h4>\n<p>Bosse-de-Nage descendit \u00e0 pas minutieux, posant l\u2019adh\u00e9rence plate de ses pieds comme on d\u00e9roule une affiche coll\u00e9e, et tenait l\u2019as sur son \u00e9paule par les oreilles, \u00e0 l\u2019imitation des antiques Egyptiens enseignant leurs disciples. Le dos de m\u00e9tal roux, pareil \u00e0 celui de la notonecte, luisit au soleil \u00e0 mesure que le bateau long aventurait hors du couloir son bec de xyphias de douze m\u00e8tres. Les pelles recourb\u00e9es des avirons retentirent se cramponnant aux parois de pierres vieilles.<br \/>\n\u00ab Ha ha ! \u00bb, dit Bosse-de-Nage d\u00e9chargeant l\u2019as sur le trottoir; mais il n\u2019ajouta pour cette fois, rien d\u2019autre chose.<br \/>\nFaustroll frotta les joues rubicondes du mousse sur les glissi\u00e8res de la selle mobile, afin de les lubrifier; la face \u00e9corch\u00e9e resplendit plus lumineuse, se boursouflant \u00e0 la proue, en lanterne de notre route. Le docteur s\u2019assit \u00e0 l\u2019arri\u00e8re sur sa chaise d\u2019ivoire, la table d\u2019onyx entre ses jambes, surcharg\u00e9e de ses boussoles, cartes, sextants et tous instruments scientifiques, jeta \u00e0 ses pieds, en guise de lest, les \u00eatre r\u00e9serv\u00e9s de ses vingt-sept livres pairs et le manuscrit par moi saisi; passa \u00e0 ses coudes les deux guides de la barre, et me faisant signe de m\u2019asseoir, face \u00e0 lui, sur le si\u00e8ge de feutre aux mouvements alternatifs (ce \u00e0 quoi, ivre d\u00e9j\u00e0 et persuad\u00e9 \u00e0 demi, je ne sus d\u00e9sob\u00e9ir), il m\u2019entrava les pieds \u00e0 deux ceps de cuir, au fond de l\u2019as, et lan\u00e7a vers mes mains les poign\u00e9es des avirons de fr\u00eane, dont les pelles s\u2019\u00e9cart\u00e8rent dans la sym\u00e9trie bruissante de deux plumes de paon qui roueraient seules.<br \/>\nJe tirai les rames reculant sans savoir o\u00f9, louchant entre deux files de fils mouill\u00e9s d\u2019horizontalit\u00e9 grise, croisant des formes surgies derri\u00e8re moi que les avirons tranchants fauchaient aux jambes; d\u2019autres formes lointaines imitaient le sens de notre route. Nous nous ins\u00e9rions entre les foules d\u2019hommes ainsi que dans un brouillard dense, et le signe acoustique de notre progression \u00e9tait l\u2019acuit\u00e9 de la soie d\u00e9chir\u00e9e.<br \/>\nEntre les lointaines, qui nous suivaient, et les proches, qui nous croisaient, de troisi\u00e8mes figures verticales, plus stationnaires, \u00e9taient observables, et Faustroll ne s\u2019y opposant point, m\u2019expliquant m\u00eame que la vie des navigateurs \u00e9tait d\u2019aborder et de boire, et le r\u00f4le de Bosse-de-Nage de tirer l\u2019as sur le rivage \u00e0 chaque halte de nos erreurs, comme celui de ses paroles d\u2019interrompre, o\u00f9 une pause serait utile, nos discours, je regardai les \u00eatres que je d\u00e9couvrais \u00e0 reculons, semblablement aux observateurs dans la caverne platonique, et consultai successivement l\u2019enseignement du patron de la nef, Faustroll le docteur.<\/p>\n<h4>XII<\/h4>\n<h4>De La Mer D\u2019habundes, Du Phare Olfactif, Et De L\u2019\u00eele De Bran O\u00f9 Nous Ne B\u00fbmes Point<\/h4>\n<p>\u00c0 Louis Lermoul<\/p>\n<p>\u00abCe corps mort, dit-il, de la charogne duquel tu vois des barbons blancs, au tremblement s\u00e9nile, et des jeunes gens rouss\u00e2tres, aux paroles et au silence d\u2019idiotie \u00e9quivalente, donner la becqu\u00e9e \u00e0 des oiseaux grivol\u00e9s, de la couleur de l\u2019\u00e9criture, comme l\u2019ichneumon taraude pour r\u00e9server son \u0153uf, n\u2019est pas seulement une \u00eele, mais un homme; il se pla\u00eet \u00e0 \u00eatre nomm\u00e9 le Baron Hildebrand de la mer d\u2019Habundes.<br \/>\n\u00abEt comme l\u2019\u00eele est st\u00e9rile et d\u00e9sol\u00e9e, il n\u2019a aucune esp\u00e8ce de barbe. Il p\u00e2tit de la gourme en son enfance, et sa nourrice, qui \u00e9tait vieille \u00e0 ce point qu\u2019on obtenait de ses conseils des selles anormales, lui pr\u00e9dit que c\u2019\u00e9tait un signe comme quoi il ne pourrait dissimuler aux hommes<\/p>\n<p>L\u2019inf\u00e2me nudit\u00e9 de son mufle de veau.<\/p>\n<p>\u00abIl n&rsquo;est mort et putr\u00e9fi\u00e9 que du cerveau, et des centres ant\u00e9rieurs de la moelle, qui sont les moteurs. Et \u00e0 cause de cette inertie, il est, sur la route de notre navigation, non pas un homme, mais une \u00eele, et c\u2019est pourquoi (si vous \u00eates bien sages, je vais vous montrer le plan)&#8230;<br \/>\n&#8211; Ha ha ! dit Bosse-de-Nage, r\u00e9veill\u00e9 soudain; puis il s\u2019enferma dans un mutisme obstin\u00e9.<br \/>\n&#8211; \u2026 C\u2019est pourquoi, continua Faustroll, je le trouve mentionn\u00e9 sur ma carte fluviale \u00cele-de-Bran.<br \/>\n&#8211; Oui, mais, dis-je, comment se fait-il que cet afflux de peuple et d\u2019oiseaux, qui vient d\u00e9poser des pages mortuaires sur le cadavre, s\u2019abatte sur lui avec cette s\u00fbret\u00e9, au milieu de cette vaste plaine, alors que tous ces vieillards et jeunes gens, si je ne leur suis isobe, sont aveugles et destitu\u00e9s de b\u00e2ton ?<br \/>\n&#8211; Voyez, dit Faustroll, ouvrant son manuscrit saisi, les El\u00e9ments de pataphysique, livre N, chapitre \u03c2 : \u00abDes Obeliscolychnies pour les chiens, encore qu\u2019ils aboient \u00e0 la lune..\u00bb<br \/>\n\u00ab Un phare b\u2026 dans la temp\u00eate, dit Corbi\u00e8re; un phare l\u00e8ve le doigt pour signifier de loin la place du salut, de la v\u00e9rit\u00e9 et du beau. Mais pour les taupes et pour vous-m\u00eame, Panmuphle, un phare est aussi invisible qu\u2019imperceptible la dix mille uni\u00e8me p\u00e9riode sonore, ou les rayons infrarouges, \u00e0 la clart\u00e9 desquels j\u2019ai \u00e9crit ce livre. Le phare de l\u2019\u00eele de Bran est un phare obscur, souterrain et cloacal, comme apr\u00e8s avoir trop regard\u00e9 le soleil. Des vagues n\u2019y d\u00e9ferlant point, on ne s\u2019y guide non plus par le bruit. Et votre c\u00e9rumen, Panmuphle, clorait vos oreilles m\u00eame aux bruits d\u2019en-bas.<br \/>\n\u00abCe phare s\u2019alimente de la mati\u00e8re pure qui est la substance de l\u2019\u00eele de Bran; c\u2019est l\u2019\u00e2me du Baron qui s\u2019exhale de sa bouche et qu\u2019il souffle par une sarbacane de plomb. De tous les quartiers o\u00f9 je ne veux point boire, le vol, guid\u00e9 par son flair, des pages semblables \u00e0 des pies, vient sucer la vie (la leur, exclusive) au jet sirupeux et fumant de la sarbacane saturnine. Et pour qu\u2019on ne leur d\u00e9robe, les barbons blancs, institu\u00e9s en couvent, construisent sur la charogne du Baron une petite chapelle qu\u2019ils baptisent CATHOLIQUE MAXIME. Les oiseaux grivol\u00e9s y ont leur colombier. Le peuple les appelle halbrans. Nous, pataphysiciens, les disons simplement et honn\u00eatement fouillemerdes. \u00bb<\/p>\n<h4>XIII<\/h4>\n<h4>Du Pays De Dentelles<\/h4>\n<p>\u00c0 Aubrey Beardsley.<\/p>\n<p>Cette f\u00e2cheuse \u00eele laiss\u00e9e en arri\u00e8re, le plan repli\u00e9, je ramai encore six heures, les orteils dans mes ceps, la langue pendante de soif, car nous fussions morts d\u2019avoir bu dans l\u2019\u00eele, et Faustroll m\u2019en \u00e9carta des secousses parall\u00e8les des deux cordes de sa barre, si perpendiculairement que, dans mon glissement r\u00e9trograde, je percevais juste entre mes yeux la continuit\u00e9 de sa fum\u00e9e, au point qu\u2019elle me fut masqu\u00e9e par les \u00e9paules du docteur. Bosse-de-Nage, exim\u00e9 d\u2019alt\u00e9ration jusqu\u2019\u00e0 perdre couleur, ne jetait plus qu\u2019une clart\u00e9 blafarde.<br \/>\nQuand une lumi\u00e8re plus pure que celle-l\u00e0 fut s\u00e9par\u00e9e d\u2019avec les t\u00e9n\u00e8bres, et autrement qu\u2019\u00e0 la brutale naissance du monde.<br \/>\nLe roi des Dentelles l\u2019\u00e9tirait comme un cordier persuade sa ligne r\u00e9trograde, et les fils tremblait un peu dans l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019air, comme ceux de la Vierge. Ils ourdirent des for\u00eats, comme celles dont, sur les vitres, le givre compte les feuilles; puis une madone et son Bambin dans de la neige de No\u00ebl; et puis des joyaux, des paons, et des robes, qui s\u2019entrem\u00ealait comme la danse nag\u00e9e des filles du Rhin. Les Beaux et les Belles se pavan\u00e8rent et rou\u00e8rent \u00e0 l\u2019imitation des \u00e9ventails, jusqu\u2019\u00e0 ce que leur foule patiente se d\u00e9concerta dans un cri. De m\u00eame que les junoniens blancs, juch\u00e9s dans un parc, r\u00e9clament avec discordance quand la menteuse intrusion d\u2019un flambeau leur singe pr\u00e9matur\u00e9ment l\u2019aube leur miroir, une forme candide s\u2019arrondit dans la futaie de poix \u00e9gratign\u00e9e; et comme Pierrot chante au brouillamini du pelotonnement de la lune, le paradoxe de jour mineur se levait d\u2019Ali-Baba hurlant dans l\u2019huile impitoyable et l\u2019opacit\u00e9 de la jarre.<br \/>\nBosse-de-Nage, autant que je pus juger, comprenant peu de choses \u00e0 ses prodiges.<br \/>\n\u00abHa ha\u00bb dit-il compendieusement; il ne se perdit point dans des consid\u00e9rations plus amples.<\/p>\n<h4>XIV<\/h4>\n<h4>Du Bois D\u2019amour<\/h4>\n<p>\u00c0 \u00c9mile Bernard.<\/p>\n<p>Comme une rainette hors de l\u2019eau, l\u2019as rampait tra\u00een\u00e9 par ses ventouses le long d\u2019une route lisse et descendante.<br \/>\nEn ce quartier de Paris, o\u00f9 jamais n\u2019\u00e9tait pass\u00e9 un omnibus, ni un chemin de fer, ni un tramway, ni une bicyclette, ni probablement un bateau \u00e0 jour en toile de cuivre, roulant sur trois galets d\u2019acier dans le m\u00eame plan, mont\u00e9 par un docteur pataphysicien, ayant \u00e0 ses pieds les vingt-sept plus excellentes quintessences d\u2019\u0153uvres qu\u2019aient rapport\u00e9es les gens curieux de leur voyage; par un huissier nomm\u00e9 Panmuphle (je soussign\u00e9 Ren\u00e9-Isidore), et un singe papion hydroc\u00e9phale ne sachant du langage humain que \u00abha ha\u00bb, au lieu des becs de gaz nous aper\u00e7\u00fbmes de vieilles \u0153uvres de pierre taill\u00e9e, des statues vertes, accroupies dans des robes pliss\u00e9es en forme de c\u0153ur; des rondes h\u00e9t\u00e9ro-sexuelles soufflant dans d\u2019indicibles flageolets; enfin un calvaire vert d\u2019algue o\u00f9 les yeux des femmes \u00e9taient tels que des noix fendues horizontalement par le trait de suture de leurs valves.<br \/>\nLa descente s\u2019\u00e9panouit subitement au triangle d\u2019une place. Le ciel s\u2019\u00e9panouit aussi, un soleil creva dedans comme dans une gorge le jaune d\u2019\u0153uf d\u2019un prairie-oyster, et l\u2019azur fut bleu rouge; la mer ti\u00e9dit jusqu\u2019\u00e0 la fum\u00e9e, les costumes reteints des gens furent taches plus \u00e9clatantes que des gemmes opaques.<br \/>\n\u00abEtes-vous chr\u00e9tiens ? dit un homme bronz\u00e9, v\u00eatu d\u2019un sarrau bariol\u00e9, au milieu de la triangulaire petite ville.<br \/>\n&#8211; Comme M. Arouet, M. Renan et M. Charbonnel, dis-je apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi.<br \/>\n&#8211; Je suis Dieu, dit Faustroll.<br \/>\n&#8211; Ha ha ! \u00bb dit Bosse-de-Nage, sans plus de commentaires.<br \/>\nPourquoi je restai gardien de l\u2019as avec le singe-mousse, lequel passa le temps \u00e0 me sauter sur les \u00e9paules et me compisser l\u2019\u00e9chine; mais, le rembarrant de coups de liasses d\u2019exploits, je consid\u00e9rais curieusement de loin le maintient de l\u2019homme bariol\u00e9 \u00e0 qui avait agr\u00e9\u00e9 la r\u00e9ponse de Faustroll.<br \/>\nIls \u00e9taient assis sous une grande porte, derri\u00e8re laquelle \u00e9tait une seconde; derri\u00e8re le tout flambait la verdeur et la graisse d\u2019un champ de choux histori\u00e9. Entre s\u2019allongeaient des tables et des brocs et des bancs, dans une grange et dans une aire, pleines de peuples en velours bleu saphir, aux figures de losanges et aux cheveux couleur de duvet, le pelage du sol et des nuques pareil \u00e0 du poil de vache. Les hommes lutt\u00e8rent dans une prairie bleu et jaune, chassant vers moi dans la barque l\u2019effroi de crapauds de gr\u00e8s gris; les couples dans\u00e8rent des gavottes; et les cornemuses, du haut des tonneaux fra\u00eechement vid\u00e9s, souffl\u00e8rent le vol des rubans de clinquant blanc et de soie violette.<br \/>\nLes deux mille danseurs de la grange offrirent chacun \u00e0 Faustroll une galette plate, du lait dur et cubique, et un alcool diff\u00e9rent, dans un verre \u00e9pais comme le grand diam\u00e8tre d\u2019une am\u00e9thyste d\u2019\u00e9v\u00eaque et moins capable qu\u2019un d\u00e9. Le docteur but \u00e0 tous. Chacun jeta vers la mer un caillou, qui \u00e9corcha les ampoules de mes mains de novice rameur, ouvertes pour me garantir, et les pommettes pavois\u00e9es de Bosse-de-Nage.<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb grogna celui-ci pour exprimer sa fureur, mais il se souvint de son serment.<br \/>\nLe docteur revint au son des cloches, avec deux grandes cartes du pays que lui avait donn\u00e9es son guide en pur don; l\u2019une repr\u00e9sentait au naturel, figur\u00e9e en tapisserie, la for\u00eat o\u00f9 s\u2019adossait la place triangulaire: les frondaisons incarnates au-dessus de l\u2019herbe d\u2019azur uniforme, et les groupes de femme, la vague de chaque groupe, avec sa cr\u00eate de bonnets blancs, se brisant sans fracas au sol, dans un cercle excentrique d\u2019ombre aurore.<br \/>\nEt il \u00e9tait \u00e9crit au-dessus: Le bois d\u2019Amour. Sur la seconde carte \u00e9taient enseign\u00e9s tous les produits de cette heureuse terre, les hommes au march\u00e9 de leurs cochons ronds et jaunes, eux ronds et bleus, saucissonn\u00e9s dans leurs habits. Le tout \u00e9tait enfl\u00e9 comme les joues d\u2019un cornemuseur, plein comme une cornemuse avant de rendre le vent, ou comme un estomac.<br \/>\nL\u2019h\u00f4te chr\u00e9tien prit courtoisement cong\u00e9 de Faustroll, et s\u2019en fut dans une barque \u00e0 lui vers un pays plus \u00e9loign\u00e9. Et nous v\u00eemes la ligne rouge de l\u2019horizon de mer couper le travers de sa voile rose.<br \/>\nOn refrotta les joues adipeuses du singe hydroc\u00e9phale sur les glissi\u00e8res de la selle de feutre; et ayant repris les rames et Faustroll les guides de soie de la barre, je m\u2019accroupis et \u00e9tendis derechef dans les mouvements altern\u00e9s du rameur, sur les vagues unies de la terre ferme.<\/p>\n<h4>XV<\/h4>\n<h4>Du Grand Escalier De Marbre Noir<\/h4>\n<p>\u00c0 L\u00e9on Bloy<\/p>\n<p>Au sortir de la vall\u00e9e, nous longe\u00e2mes un dernier calvaire, que l\u2019effroi de sa hauteur aurait permis de prendre, sans examen, pour un monumental autel de messe, noir. A la pointe mousse de l\u2019impraticable pyramide de marbre obscur, entre deux acolytes bien semblables \u00e0 des cynoc\u00e9phales de Tanit, la t\u00eate du roi g\u00e9ant se carbonisait devant la fournaise de la lune. Il empoignait un tigre par l\u2019extensibilit\u00e9 de la peau de son cou, et for\u00e7ait le peuple de la mer d\u2019Habundes \u00e0 une ascension \u00e0 genoux. Apr\u00e8s la pr\u00e9alable entaille des os par le couperet des degr\u00e9s successifs, il laissait enduire, les crocs sur son poing, de leur chair, le monstre chasseur.<br \/>\nIl accueillit honorablement Faustroll, et, tendant le bras du haut du calvaire, il d\u00e9posa dans notre as le viatique de vingt-quatre oreilles de mer d\u2019Habundois, \u00e0 la brochette d\u2019une corne d\u2019unicorne.<\/p>\n<h4>XVI<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele Amorphe<\/h4>\n<p>\u00c0 Franc-Nohain<\/p>\n<p>Cette \u00eele est semblable \u00e0 du corail mou, amibo\u00efde et protoplasmique; ses arbres diff\u00e9raient peu du geste de lima\u00e7ons qui nous auraient fait les cornes. Son gouvernement est oligarchique. L\u2019un de ses rois, ainsi que nous l\u2019indiqua la hauteur de son pschent, vit du d\u00e9vouement de son s\u00e9rail; pour \u00e9chapper \u00e0 la justice de ses Parlements, laquelle ne proc\u00e8de que d\u2019envie, il a ramp\u00e9 par les \u00e9gouts jusqu\u2019au-dessous du monolithe de la grande place et l\u2019a rong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ne laisser qu\u2019une cro\u00fbte \u00e9paisse de deux doigts. Et ainsi il est \u00e0 deux doigts de la potence. Semblable \u00e0 Sim\u00e9on Stylite, il s\u2019isole dans cette colonne creuse, car il est de mode aujourd\u2019hui de ne loger sur la plate-forme du chapiteau que les statues, qui sont les meilleures cariatides des intemp\u00e9ries. Il travaille, dort, aime et boit sur la verticalit\u00e9 d\u2019une grande \u00e9chelle, et n\u2019a point d\u2019autre lampe de ses veilles que la p\u00e2leur de sa noce. L\u2019une de ses moindres d\u00e9couvertes est l\u2019invention du tandem, qui \u00e9tend aux quadrup\u00e8des le b\u00e9n\u00e9fice de la p\u00e9dale.<\/p>\n<p>Un autre, vers\u00e9 dans l\u2019halieutique, fleurit de ses lignes les voies des chemins de fer de ceinture, comparables aux lits des rivi\u00e8res. Mais les trains, dont l\u2019\u00e2ge est sans piti\u00e9, chassent devant eux les poissons ou \u00e9crasent dans leur ventre l\u2019embryon des morsures.<br \/>\nUn troisi\u00e8me roi a retrouv\u00e9 la langue paradisiaque intelligible m\u00eame aux animaux, et perfectionn\u00e9 quelques-uns de ceux-ci. Il a fabriqu\u00e9 des libellules \u00e9lectriques et d\u00e9nombr\u00e9 les innombrables fourmis par la figure du chiffre 3.<br \/>\nUn autre, remarquable par son visage glabre, nous instruisit de pr\u00e9cieux artifices, nous rendant aptes \u00e0 utiliser nos soir\u00e9es perdues, consolider nos cr\u00e9dits ivres-morts, et conqu\u00e9rir, sans gaspillage de notre m\u00e9rite, les r\u00e9compenses de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise.<br \/>\nCelui-l\u00e0 mime les pens\u00e9es des hommes par des personnages dont il n\u2019a conserv\u00e9 que la partie sup\u00e9rieure du corps, afin qu\u2019il n\u2019y ait rien en eux que de pur.<br \/>\nEt celui-ci construit un gros livre, afin de compter les qualit\u00e9s du Fran\u00e7ais, lequel ne serait, aventure-t-il, pas moins brave que galant, ni galant que spirituel; pour se donner tout \u00e0 ce labeur, il a profit\u00e9 d\u2019un moment d\u2019inattention de sa jeune post\u00e9rit\u00e9 pour la perdre dans la futaie d\u2019une promenade de province. Et pendant que nous banquetions en sa compagnie, et des autres autres rois, sur les divers degr\u00e9s de la grande \u00e9chelle, Bosse-de-Nage \u00e9tant charg\u00e9 d\u2019en caler le pied, les cris sur la place mage des vendeurs de journaux nous informaient que ses neveux s\u2019enqu\u00e9raient ce jour-l\u00e0, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, du v\u00e9n\u00e9rable disparu, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sous les quinconces.<\/p>\n<h4>XVII<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele Fragrante<\/h4>\n<p>\u00c0 Paul Gauguin<\/p>\n<p>L\u2019\u00eele Fragrante est toute sensitive, et fortifi\u00e9e de madr\u00e9pores qui se r\u00e9tract\u00e8rent, \u00e0 notre abord, dans leur casemates corallines. L\u2019amarre de l\u2019as fut enroul\u00e9e autour d\u2019un grand arbre, balanc\u00e9 au vent comme un perroquet bascule dans le soleil.<br \/>\nLe roi de l\u2019\u00eele \u00e9tait nu dans une barque, les hanches ceintes de son diad\u00e8me blanc et bleu. Il \u00e9tait drap\u00e9 en outre de ciel et de verdure comme la course en char d\u2019un C\u00e9sar, et roux comme sur un pi\u00e9destal.<br \/>\nNous lui f\u00eemes raison de liqueurs ferment\u00e9es dans des h\u00e9misph\u00e8res v\u00e9g\u00e9taux.<br \/>\nSa fonction est de sauvegarder pour son peuple l\u2019image de ses dieux. Il en fixait un avec trois clous au m\u00e2t de la barque, et ce fut comme une voile triangulaire, ou l\u2019or \u00e9quilat\u00e9ral d\u2019un poisson s\u00e9ch\u00e9 rapport\u00e9 du septentrion. Et, au-dessus de la demeure de ses femmes, il a encha\u00een\u00e9 les p\u00e2moisons et les torsions d\u2019amour avec un ciment divin. Hors de l\u2019entrelacs des seins jeunes et des croupes, des sibylles constatent la formule du bonheur qui est double : Soyez amoureuses, et Soyez myst\u00e9rieuses.<br \/>\nIl poss\u00e8de aussi une cithare, qui a sept cordes de sept couleurs, qui sont les \u00e9ternelles; et une lampe dans son palais aliment\u00e9e des sources odorantes de la terre. Quand le roi chante, le long du rivage, sur sa cithare, ou \u00e9lague avec une hache des images de bois vivant, les pousses qui d\u00e9figureraient la ressemblance des Dieux, ses femmes se terrent aux creux des lits, le poids de la peur chu sur leurs reins du regards de veilleuse de l\u2019Esprit des Morts, et de la porcelaine parfum\u00e9e de l\u2019\u0153il de la grande lampe.<br \/>\nComme l\u2019as d\u00e9bordait des r\u00e9cifs, nous v\u00eemes les femmes du roi chasser de l\u2019\u00eele un petit cul-de-jatte, herbu comme un crabe vieillot d\u2019algues vertes; un maillot de lutteur de foire singeait sur son torse nabot la nudit\u00e9 du roi. Il sautela de ses poings encest\u00e9s et du ronflement des roulettes de sa base voulut poursuivre et gravir la plate-forme de l\u2019Omnibus de Corinthe, qui croisait notre route; mais un tel bond n\u2019est donn\u00e9 qu\u2019\u00e0 plusieurs. Et il chut mis\u00e9rablement, f\u00ealant sa cuvette post\u00e9rieure d\u2019une fente moins obsc\u00e8ne que risible.<\/p>\n<h4>XVIII<\/h4>\n<h4>Du Ch\u00e2teau-Errant, Qui Est Une Jonque<\/h4>\n<p>\u00c0 Gustave Kahn<\/p>\n<p>Faustroll, l\u2019\u0153il sur la calamite, conclut que nous ne devions plus \u00eatre tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s du nord-est de Paris. L\u2019ayant d\u2019abord entendue, nous aper\u00e7\u00fbmes bient\u00f4t la vitre verticale de la mer, contenue par une fortification des plantes toutes en racines qui servent de squelette au sable; et gliss\u00e2mes sur la longue plage lisse et baile, entre la viscosit\u00e9 des brise-lames pareils \u00e0 de parall\u00e8les l\u00e9viathans.<br \/>\nLe ciel \u00e9tam\u00e9 figurait renvers\u00e9s les monuments de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du sommeil vert des carcasses; des vaisseaux y pass\u00e8rent \u00e0 l\u2019envers, sym\u00e9triques \u00e0 d\u2019invisibles futurs, puis l\u2019image des toits encore lointains du ch\u00e2teau des Rythmes.<br \/>\nHespaillier infatigable, je tirai les avirons plusieurs heures, sans que Faustroll par\u00fbt d\u00e9couvrir l\u2019abord enfin proche du ch\u00e2teau fuyant selon des mirages; apr\u00e8s des rues \u00e9troites de maison d\u00e9sertes espionnant notre venue par les yeux \u00e0 facettes de compliqu\u00e9s miroirs, nous touch\u00e2mes de la fragilit\u00e9 sonore de notre proue l\u2019escalier de bois ajour\u00e9 du nomade \u00e9difice.<br \/>\nNous tir\u00e2mes l\u2019as sur le rivage, et Bosse-de-Nage enfouit les agr\u00e8s et les tr\u00e9sors dans une grotte profonde.<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb dit-il, mais nous n\u2019\u00e9cout\u00e2mes point la suite de son discours.<br \/>\nLe palais \u00e9tait une bizarre jonque sur une eau calme ouat\u00e9e de sable; Faustroll m\u2019affirma des Atlantides dessous. Des go\u00e9lands oscillaient comme les batails de la cloche bleue du ciel, ou les ornements de la libration d\u2019un gong.<br \/>\nLe seigneur de l\u2019\u00eele vint \u00e0 pied, bondissant \u00e0 travers le jardin plant\u00e9 de dunes. Il avait une barbe noire et une armure de corail vieux, et \u00e0 plusieurs doigts des anneaux des anneaux d&rsquo;argent o\u00f9 languissaient des turquoises. Nous b\u00fbmes du skhiedam et des bi\u00e8res am\u00e8res, aux intervalles de toutes les sortes de viandes fum\u00e9es. Les heures \u00e9taient sonn\u00e9es par des timbres de tous les m\u00e9taux. D\u00e8s que l\u2019amarre eut \u00e9t\u00e9 d\u00e9tach\u00e9e par notre fadrin laconique, le ch\u00e2teau croula et mourut, et reparut mir\u00e9 dans le ciel, des lieues plus loin, la grande jonque \u00e9raillant le feu du sable.<\/p>\n<h4>XIX<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele De Ptyx<\/h4>\n<p>\u00c0 St\u00e9phane Mallarm\u00e9<\/p>\n<p>L\u2019\u00eele de Ptyx est d\u2019un seul bloc de la pierre de ce nom, laquelle est inestimable, car on ne l\u2019a vue que dans cette \u00eele, qu\u2019elle compose enti\u00e8rement. Elle a la translucidit\u00e9 sereine du saphir blanc, et c\u2019est la seule gemme dont le contact ne morfonde pas, mais dont le feu entre et s\u2019\u00e9tale, comme la digestion du vin. Les autres pierres sont froides comme le cri des trompettes; elle a la chaleur pr\u00e9cipit\u00e9e de la surface des timbales. Nous y p\u00fbmes ais\u00e9ment aborder, car elle \u00e9tait taill\u00e9e en table et cr\u00fbmes prendre pied sur un soleil purg\u00e9 des parties opaques ou trop miroitantes de sa flamme, comme les antiques lampes ardentes. On n\u2019y percevait plus les accidents des choses, mais la substance de l\u2019univers, et c\u2019est pourquoi nous ne nous inqui\u00e9t\u00e2mes point si la surface irr\u00e9prochable \u00e9tait d\u2019un liquide \u00e9quilibr\u00e9 selon des lois \u00e9ternelles, ou d\u2019un diamant imp\u00e9n\u00e9trable, sauf \u00e0 la lumi\u00e8re qui tombe droit.<br \/>\nLe seigneur de l\u2019\u00eele vint vers nous dans un vaisseau: la chemin\u00e9e arrondissait des aur\u00e9oles bleues derri\u00e8re sa t\u00eate, amplifiant la fum\u00e9e de sa pipe et l\u2019imprimant au ciel. Et au tangage alternatif, sa chaise \u00e0 bascule hochait ses gestes de bienvenue.<br \/>\nIl tira de dessous son plaid quatre \u0153ufs, \u00e0 la coque peinte, qu\u2019il remit au docteur Faustroll, apr\u00e8s boire. A la flamme de notre punch l\u2019\u00e9closion des germes ovales fleurit sur le bord de l\u2019\u00eele: deux colonnes distantes, isolement de deux prismatiques trinit\u00e9s de tuyaux de Pan, \u00e9panouirent au jaillissement de leurs corniches la poign\u00e9e de mains quadrigitale des quatrains du sonnet; et notre as ber\u00e7a son hamac dans le reflet nouveau-n\u00e9 de l\u2019arc de triomphe. Dispersant la curiosit\u00e9 velue des faunes et l\u2019incarnat des nymphes d\u00e9sassoupies par la m\u00e9lodieuse cr\u00e9ation, le vaisseau clair et m\u00e9canique recula vers l\u2019horizon de l\u2019\u00eele son haleine bleut\u00e9e, et la chaise hochante qui saluait adieu(*).<\/p>\n<p>(*) Le fleuve autour de l\u2019\u00eele s\u2019est fait, depuis ce livre, couronne mortuaire.<\/p>\n<h4>XX<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele De Her, Du Cyclope Et Du Grand Cygne Qui Est En Cristal<\/h4>\n<p>\u00c0 Henri de R\u00e9gnier<\/p>\n<p>L\u2019\u00eele de Her, comme l\u2019\u00eele de Ptyx, est d\u2019une seule gemme, encorbell\u00e9e de fortifications octogonales, et semblable au bassin d\u2019une fontaine de jaspe. Le plan l\u2019indiquait \u00eele de Herm, parce qu\u2019elle est pa\u00efenne et consacr\u00e9e \u00e0 Mercure; et les gens du pays l\u2019appelaient \u00eele de Hort, \u00e0 cause des jardins magnifiques. Faustroll m\u2019enseigna qu\u2019il ne faut lire dans un nom que son antique et authentique racine, et que celle qui est la syllabe her, comme d\u2019un arbre g\u00e9n\u00e9alogique, vaut autant \u00e0 dire que Seigneuriale.<br \/>\nLa surface de l\u2019\u00eele (il \u00e9tait naturel que les \u00eeles nous parussent comme des lacs, en notre navigation de terre ferme) est d\u2019eau immobile, comme d\u2019un miroir; et l\u2019on ne con\u00e7oit pas qu\u2019y glisse une barque, sinon comme un ricochet effleure; car ce miroir ne r\u00e9fl\u00e9chit pas de rides, m\u00eame siennes. N\u00e9anmoins y vogue un grand cygne, tel que la candeur d\u2019une houppe \u00e0 poudre, et quelquefois, sans s\u2019interrompre de l\u2019ambiant silence, il bat des ailes. Quand le vol de l\u2019\u00e9ventail se fait assez rapide, \u00e0 travers sa transparence on d\u00e9couvre toute l\u2019\u00eele, et il s\u2019\u00e9panouit comme un jet d\u2019eau pavonne.<br \/>\nIl n\u2019y a pas d\u2019exemple que les jardiniers de l\u2019\u00eele de Her aient laiss\u00e9 redescendre un jet d\u2019eau sur le bassin, dont il d\u00e9polirait la surface; les touffes s\u2019\u00e9tendent \u00e0 quelque hauteur en nappe horizontale comme des nuages; et les deux miroirs parall\u00e8les du sol et du ciel sauvegardent comme deux aimants \u00e9ternellement face \u00e0 face leur r\u00e9ciproque vacuit\u00e9.<br \/>\nToute l\u2019habitude du pays est solennelle, comme au si\u00e8cle aboli o\u00f9 ce mot signifiait coutumier.<br \/>\nLe seigneur de l\u2019\u00eele est un Cyclope, mais nous n\u2019e\u00fbmes pas \u00e0 renouveler les stratag\u00e8mes d\u2019Ulysse. Devant son \u0153il frontal \u00e9tait suspendue la ferronni\u00e8re de deux miroirs au tain d\u2019argent, adoss\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans un cadre de Janus. Faustroll calcula que le double tain \u00e9tait \u00e9pais exactement de centim\u00e8tres 1,5 x 10-5. Il r\u00e9fl\u00e9chissait vers nous la lumi\u00e8re comme l\u2019escarboucle de la guivre, et le seigneur de l\u2019\u00eele, me dit le docteur, discernait clairement, \u00e0 travers, les choses ultraviolettes qui nous \u00e9taient interdites.<br \/>\nIl s\u2019avan\u00e7a \u00e0 petits pas entre une double haie de roseaux, qui s\u2019\u00e9taient taill\u00e9s \u00e0 son ordre selon la hi\u00e9rarchie surann\u00e9e de la syrinx; ses majordomes nous servirent de sucre et de quartiers de poncire.<br \/>\nSes femmes, dont les robes s\u2019\u00e9pandaient selon les ocellures de la queue des paons, nous donn\u00e8rent le divertissement de danses sur les pelouses vitr\u00e9es de l\u2019\u00eele; mais quand elles relev\u00e8rent leurs tra\u00eenes pour marcher sur le gazon moins glauque que de l\u2019eau, comme Balkis mand\u00e9e de Saba par Salomon d\u00e9couvrit ses pieds d\u2019\u00e2ne dans la salle parquet\u00e9e de cristal, \u00e0 la vue des sabots caprip\u00e8des et des jupes de toison saisis d\u2019effroi, nous nous jet\u00e2mes dans l\u2019as au pied des perrons de jaspe, et je tirai les rames, et Bosse-de-Nage traduisit heureusement la stupeur commune:<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb dit-il; mais la peur, sans doute, lui coupa la parole.<br \/>\nEt je reculai loin de l\u2019\u00eele, perpendiculairement assez pour que la t\u00eate de Faustroll me cach\u00e2t en peu de temps le regard du seigneur de Her, et, pareil \u00e0 la lunette miroitante de la vigie d\u2019un s\u00e9maphore, l\u2019\u0153il artificiel dans son orbite de burgau.<\/p>\n<h4>\u00a0XXI<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele Cyril<\/h4>\n<p>\u00c0 Marcel Schwob<\/p>\n<p>L\u2019\u00eele Cyril nous parut d\u2019abord comme le feu rouge d\u2019un volcan, ou d\u2019un punch de sang \u00e9claboussant par la chute d\u2019\u00e9toiles filantes. Puis nous v\u00eemes qu\u2019elle \u00e9tait mobile, cuirass\u00e9e et quadrangulaire, avec une h\u00e9lice aux quatre angles, selon les quatre demi-diagonales d\u2019arbres ind\u00e9pendants, lui soumettant toutes les directions. Nous s\u00fbmes l\u2019avoir approch\u00e9e \u00e0 port\u00e9e de canon, \u00e0 ce qu\u2019un boulet emporte l\u2019oreille droite et quatre dents de Bosse-de-Nage.<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb b\u00e9gaya le papion; mais un cylindroc\u00f4ne d\u2019acier sur l\u2019apophyse zygomatique gauche fit rebrousser chemin \u00e0 sa troisi\u00e8me parole. Et sans attendre une r\u00e9ponse plus \u00e9tendue, l\u2019\u00eele cin\u00e9tique hissa la t\u00eate de mort et le chevreau, et Faustroll pavillon de la Grande-Gidouille.<br \/>\nApr\u00e8s ces salutations, le docteur but joyeusement du gin avec le capitaine Kid, et r\u00e9ussit \u00e0 le dissuader d\u2019incendier l\u2019as (qui \u00e9tait, malgr\u00e9 son vernis de paraffine, incombustible) et de pendre, apr\u00e8s nous avoir d\u00e9pouill\u00e9s, Bosse-de-Nage et moi-m\u00eame \u00e0 la grande vergue, parce que l\u2019as n\u2019avait pas de grande vergue.<br \/>\nOn p\u00eacha de concert des singes dans une rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019horreur d\u00e9mantibul\u00e9e de Bosse-de-Nage, et nous visit\u00e2mes l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eele.<br \/>\nComme la lueur rouge du volcan aveugle, on arrive \u00e0 n\u2019y voir plus que dans une obscurit\u00e9 sans reflet, mais pour suivre l\u2019opaque ondulation de la lave \u00e9blouissante, il y a des enfants qui parcourent l\u2019\u00eele avec des lampes. Ils naissent et meurent sans vieillesse dans des tron\u00e7ons de p\u00e9niches vermoulues, sur le rivage d\u2019une onde vert-bouteille. Les abat-jour y errent \u00e0 la mani\u00e8re de crabes glauques et roses; et, plus avant dans les terres, o\u00f9 nous nous r\u00e9fugi\u00e2mes au plus vite, \u00e0 cause des b\u00eates marines qui d\u00e9solent le sable du reflux, dorment leurs ombelles couleur du temps. Les lampes et le volcan exhalent une livide lumi\u00e8re, comme le fanal gauche de la barque des limbes.<br \/>\nApr\u00e8s boire, le capitaine, se r\u00e9jouissant dans sa moustache recourb\u00e9e, du calame de son cimeterre d\u2019abordage et d\u2019une encre de poudre et de gin, tatoua sur le front de notre mousse \u00e9conome de discours, ces mots, ces mots bleus: BOSSE-DE-NAGE, CYNOC\u00c9PHALE PAPION, ralluma sa pipe \u00e0 la lave, et donna ordre aux enfants-luisants d\u2019escorter l\u2019as jusque dans la mer; et l\u2019adieu nous suivit vers le large des paroles du Kid et des lumi\u00e8res sobres, comme des m\u00e9duses d\u00e9polies.<\/p>\n<h4>XXII<\/h4>\n<h4>De La Grande \u00c9glise De Muflefigui\u00e8re<\/h4>\n<p>\u00c0 Laurent Tailhade<\/p>\n<p>Nous entendions d\u00e9j\u00e0 les cloches, comme de tous les carillons du Brabant, d\u2019\u00e9b\u00e8ne, d\u2019\u00e9rable, de ch\u00eane, d\u2019acajou, de corme et de peuple de l\u2019\u00eele Sonnante, quand je me reconnus entre deux murs noirs, sous une vo\u00fbte, puis parmi l\u2019\u00e9blouissement d\u2019une verri\u00e8re continue. Le docteur, sans daigner me pr\u00e9venir, des cordes de soie de sa barre avait d\u00e9coch\u00e9 l\u2019as au milieu du grand portail de l\u2019\u00e9glise cath\u00e9drale de Muflefigi\u00e8re. Sur les dalles de la nef, \u00e0 laquelle la n\u00f4tre fut sym\u00e9trique, mes avirons grinc\u00e8rent comme la toux, pr\u00e9face d\u2019attention, des pieds de chaises que l\u2019on remue.<br \/>\nLe pr\u00eatre Jean montait en chaire.<br \/>\nLa terrifique forme guerri\u00e8re et sacerdotale fulgura sur l\u2019assembl\u00e9e. Des mailles d\u2019aubergeon, altern\u00e9es de rubis balais et de diamants noirs, tissaient sa chasuble. En guise de paten\u00f4tres, brimbalaient sur sa hanche droite une guiterne en bois d\u2019olivier, sur la gauche, sa grande \u00e9p\u00e9e \u00e0 deux mains, ent\u00e9e pour garde d\u2019un croissant d\u2019or, dans son fourreau de peau de c\u00e9raste.<br \/>\nSon sermon fut rh\u00e9torique et bien latin, attique et asiatique tout ensemble; mais je ne comprenais point pourquoi il \u00e9tait retentissant des solerets aux gantelets, ni les p\u00e9riodes ordonn\u00e9es comme les reprises d\u2019une passe d\u2019armes.<br \/>\nTout \u00e0 coup, d\u2019un fauconneau qui \u00e9tait li\u00e9 sur une dalle en contre-bas, \u00e0 quatre cha\u00eenes de fer, jaillit un boulet de bronze, dont le chargement effondra la tempe droite de l\u2019orateur, partageant l\u2019armet jusqu\u2019\u00e0 la tonsure, d\u00e9nudant le nerf optique et le cerveau quant au lobe droit, sans \u00e9mouvoir la forteresse de l\u2019entendement.<br \/>\nSimultan\u00e9ment \u00e0 la fum\u00e9e du fauconneau, une bu\u00e9e \u00e2cre sortit des gorges du peuple et figura par sa condensation un monstre \u00e9pais au pied de la chaire.<br \/>\nCe jour-l\u00e0 j\u2019ai vu le Mufle. Il est honorable et bien proportionn\u00e9, de tout point pareil au bernard-l\u2019hermite ou pagure, comme Dieu est infiniment semblable \u00e0 l\u2019homme. Il a des cornes qui lui servent de nez et de papilles de langue, en figure de longs doigts qui lui sortiraient de l\u2019\u0153il; deux pinces in\u00e9gales et dix pattes en tout; et, comme le pagure, n\u2019\u00e9tant vuln\u00e9rable que du fondement, il le r\u00e9fugie, et son sexe \u00e9l\u00e9mentaire, dans une coquille d\u00e9rob\u00e9e.<br \/>\nLe pr\u00eatre Jean tira sa grande \u00e9p\u00e9e et voulut assaillir le Mufle, \u00e0 la notable anxi\u00e9t\u00e9 des assistants. Faustroll demeura impassible, et Bosse-de-Nage, outre mesure int\u00e9ress\u00e9, s\u2019oublia au point de penser visiblement:<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb<br \/>\nMais il ne dit mot, de peur d\u2019outrepasser sa pens\u00e9e.<br \/>\nLe Mufle reculait, la pointe de sa coquille la premi\u00e8re, faisant ranger les gens; et ses pinces m\u00e2chonnaient comme des bouches qui bredouillent. La lame surgie \u00e9tincelante du fourreau de peau de c\u00e9raste, s\u2019\u00e9br\u00e9chait m\u00eame sur les poils de la carapace des membres.<br \/>\nAlors Faustroll mit en \u0153uvre l\u2019as. Tirant avec plus de violence ses guides, il courba plus sensiblement l\u2019as; car sa barre ne commandait point un gouvernail plat \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, mais cintrait, depuis l\u2019avant, la longue quille \u00e0 droite, \u00e0 gauche, en haut, en bas, selon sa volont\u00e9 d\u2019aller; et la toile de cuivre \u00e9troit fut comme le rougeoiement d\u2019un croissant; et, moi happant de mes ventouses le hasard terse du granit, le docteur me conduisit au monstre. Et \u00e0 l\u2019entour notre navigation se contourna comme l\u2019anneau nuptial du baiser de Narcisse d\u2019un amphisb\u00e8ne.<br \/>\nLe pr\u00eatre Jean joignit par cet artifice ais\u00e9ment le Mufle, qui avait acquis quelque avance pendant que son adversaire descendait ses douze marches, vers son niveau; l\u2019aveignit de la coquille avec la poign\u00e9e fourchue de l\u2019\u00e9p\u00e9e, et lui partagea le fondement en autant de parts qu\u2019il y avait de personnes pr\u00e9sentes dans la nef; mais ni lui-m\u00eame ni nous, sauf Bosse-de-Nage, n\u2019y voul\u00fbmes go\u00fbter.<br \/>\nEt le combat aurait \u00e9t\u00e9 en toutes ses p\u00e9rip\u00e9ties l\u2019image d\u2019une course espagnole, si le taureau Cul-de-Coquille n\u2019avait cherch\u00e9 l\u2019estocade au bout de sa fuite circulaire et non de franc heurt.<br \/>\nOr le pr\u00e9dicateur gemm\u00e9 remonta en chaire, pour sa p\u00e9roraison. Et les ouailles purg\u00e9es de l\u2019humeur crasse de la possession du Mufle, lui applaudirent.<br \/>\nQuant \u00e0 nous, nous repart\u00eemes vers les proches cloches de l\u2019\u00eele Sonnante, sans que Faustroll consult\u00e2t les astres plus outre, la route illumin\u00e9e par les projections, selon des voies en \u00e9toile hors de l\u2019\u00e9glise, des hauts vitraux versicolores comme des paroles.<\/p>\n<h4>XXIII<\/h4>\n<h4>De L\u2019\u00eele Sonnante<\/h4>\n<p>\u00c0 Claude Terrasse<\/p>\n<p>\u00abHeureux le sage, dit le Chi-Hing, qui dans la vall\u00e9e o\u00f9 il vit solitaire, se pla\u00eet \u00e0 entendre le son des cymbales; seul, dans son lit, s\u2019\u00e9veillant, il s\u2019\u00e9crie: Jamais, je le jure, je n\u2019oublierai le bonheur que j\u2019\u00e9prouve!\u00bb<br \/>\nLe seigneur de l\u2019\u00eele, nous ayant salu\u00e9 en ces termes, nous mena \u00e0 ses plantations, fortifi\u00e9es d\u2019\u00e9oliens balisages de bambous. Les plantes les plus communes y \u00e9taient les taroles, le ravanastron, la sambuque, l\u2019archiluth, la pandore, l\u2019hydraule, le kin, et le tch\u00e9, la turlurette, la vina, le magrepha et l\u2019hydraule. Dans une serre \u00e9rigeait ses cous nombreux et son haleine de geyser l\u2019orgue \u00e0 vapeur donn\u00e9 \u00e0 P\u00e9pin en 757 par Constantin Copronyme, et import\u00e9 dans l\u2019\u00eele Sonnante par sainte Corneille de Compi\u00e8gne. On y respirait encore l\u2019octavin, le hautbois d\u2019amour, le contrebasson et le sarrusophone, le biniou, le zampogna, le bag-pipe; la ch\u00e9r\u00e9e du Bengale, l\u2019h\u00e9licon contrebasse, le serpent, le c\u0153lophone, les saxhorns et l\u2019enclume.<br \/>\nLa temp\u00e9rature de l\u2019\u00eele est mod\u00e9r\u00e9e selon la consultation de thermom\u00e8tres appel\u00e9s sir\u00e8nes. Au solstice d\u2019hiver, la sonorit\u00e9 atmosph\u00e9rique tombe du jurement du chat au vrombissement de la gu\u00eape, du bourdon et \u00e0 la vibration de l\u2019aile de mouche. Au solstice d\u2019\u00e9t\u00e9, toutes les plantes susnomm\u00e9es fleurissent, jusqu\u2019\u00e0 la chaleur suraigu\u00eb du vol des insectes au-dessus des herbes de notre terre. La nuit, Saturne y choque son sistre en son anneau. Le soleil et la lune y \u00e9clatent, \u00e0 l\u2019aube et au cr\u00e9puscule, comme des cymbales divorc\u00e9es.<br \/>\n\u00abHa ha\u00bb commen\u00e7a Bosse-de-Nage d\u00e9sireux s\u2019assurer sa voix avant de la m\u00ealer \u00e0 la musique universelle; mais les deux astres se heurt\u00e8rent en un baiser r\u00e9concili\u00e9, et le planteur c\u00e9l\u00e9bra cet \u00e9v\u00e9nement retentissant :<br \/>\n\u00abHeureux le sage, s\u2019\u00e9cria-t-il, qui, sur le penchant d\u2019une montagne, se pla\u00eet au son des cymbales; seul dans son lit, en s\u2019\u00e9veillant, il chante: Jamais, je le jure, mes d\u00e9sirs n\u2019iront au-del\u00e0 de ce que je poss\u00e8de !\u00bb<br \/>\nEt Faustroll, avant de prendre cong\u00e9, but avec lui du g\u00e9n\u00e9pi distill\u00e9 sur les sommets, et l\u2019as exhala sous mes rames sa route chromatique. Sur deux styles \u00e9lev\u00e9s vers les deux astres qui sonnaient les heures d\u2019union et de division de la touche noire et de la touche diurne, un petit enfant nu et un vieillard blanc chantaient vers le double disque d\u2019argent et d\u2019or :<\/p>\n<p>&lt;2 port\u00e9es de musique&gt;<\/p>\n<p>Le vieillard mugit le s\u00e9lection des syllabes immondes, et le soprano s\u00e9raphique reprit, en se joignant au ch\u0153ur des anges, des Tr\u00f4nes, des Puissances et des Dominations :<br \/>\n&lt;2 port\u00e9es de musique&gt;<br \/>\npet, a-mor mor, oc-cu-pet, cu, pet, a-mor, oc-cu, semper nos amor occupet .<\/p>\n<p>Et comme l\u2019\u00e9nergum\u00e8ne \u00e0 barbe blanche achevait dans un cri grave et une obsc\u00e8ne contorsion la phrase coprolalique, de notre as, abord\u00e9 sous la st\u00e8le du corps pu\u00e9rile et potel\u00e9, nous discern\u00e2mes choir l\u2019armure de carton \u00e9maill\u00e9 ou de p\u00e2te de guignol et fleurir la barbe sordide de nain sixtin de quarante-cinq ans.<br \/>\nDe son tr\u00f4ne parfum\u00e9 de harpes, le seigneur de l\u2019\u00eele se glorifiait que sa cr\u00e9ation f\u00fbt bonne, et nous entend\u00eemes vers notre \u00e9loignement cette m\u00e9lodie :<br \/>\n\u00abHeureux le sage qui, sur la colline o\u00f9 il habite, se pla\u00eet \u00e0 entendre le son des cymbales; seul dans son lit, en s\u2019\u00e9veillant, il demeure en repos, et jure que jamais il ne r\u00e9v\u00e9lera au vulgaire le motif de sa joie !\u00bb<\/p>\n<h4>XXIV<\/h4>\n<h4>Des T\u00e9n\u00e8bres Herm\u00e9tiques, Et Du Roi Qui Attendait La Mort<\/h4>\n<p>\u00c0 Rachilde<\/p>\n<p>Ayant pass\u00e9 le fleuve Oc\u00e9an, qui est fort analogue? pour la stabilit\u00e9 de sa surface, \u00e0 une vaste rue ou boulevard, nous arriv\u00e2mes au pays des Cimm\u00e9riens et des T\u00e9n\u00e8bres herm\u00e9tiques, qui en diff\u00e8re comme peuvent diff\u00e9rer deux plans non liquides, par la grandeur et la division. L\u2019endroit o\u00f9 se couche le soleil a la figure, entre les replis inclus au m\u00e9sent\u00e8re de la Ville, de l\u2019appendice vermiculaire d\u2019un c\u00e6cum. Il foisonne d\u2019impasses et culs-de-sac, dont quelques se dilatent en cavernes. C\u2019est dans l\u2019une que l\u2019astre quotidien s\u2019arrondit. Pour la premi\u00e8re fois je compris qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019atteindre le dessous de l\u2019horizon sensible et de voir le soleil de si pr\u00e8s.<br \/>\nIl y a un crapaud monstrueux dont la bouche affleure la surface de l\u2019Oc\u00e9an et dont la fonction est de d\u00e9vorer le disque chu, comme la lune mange les nuages. Il s\u2019agenouille quotidiennement \u00e0 sa communion circulaire; aussit\u00f4t la vapeur lui sort du naseau, et s\u2019\u00e9l\u00e8ve la grande flamme qui sont les \u00e2mes de quelques-uns. C\u2019est ce que Platon disait la r\u00e9partition par le sort des \u00e2mes hors du p\u00f4le. Et son agenouillement, par la structure de ses membres, est aussi un accroupissement. La dur\u00e9e de sa jubilation d\u00e9glutissante est donc sans dimension; et, comme il dig\u00e8re selon une ponctualit\u00e9 vigoureuse, son intestin n\u2019a point conscience de l\u2019astre transitoire, qui n\u2019est d\u2019ailleurs point assimilable. Il se contourne un conduit dans la diversit\u00e9 souterraine de la terre, et remonte par l\u2019autre p\u00f4le, o\u00f9 il se purge des excr\u00e9ments dont il s&rsquo;est souill\u00e9. C\u2019est de cette laisse que na\u00eet le diable Pluriel.<br \/>\nAu pays o\u00f9 le soleil se couche perp\u00e9tuel, il y a un roi, pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 sa garde et de destin parall\u00e8le, qui attend quotidiennement la mort; il croit qu\u2019une nuit demeurera une fois p\u00e9rennelle, et s\u2019enquiert des digestions du crapaud de l\u2019horizon. Mais il n\u2019a pas le temps de consid\u00e9rer l\u2019astre qui se h\u00e2te, panse librante, dans la caverne voisine: il a un miroir sur le nombril qui le lui r\u00e9fl\u00e9chit. Son seul loisir s\u2019\u00e9difie en un ch\u00e2teau de cartes, auquel il ajoute chaque matin un \u00e9tage, o\u00f9 viennent orgier, une fois le mois, les seigneurs des \u00eeles transpontines. Quand le ch\u00e2teau aura un trop grand nombre d\u2019\u00e9tages, l\u2019astre le heurtera dans sa course et ce sera un consid\u00e9rable cataclysme. Mais le roi a eu le soin judicieux de ne le point \u00e9riger dans le plan de l\u2019\u00e9cliptique. Et le ch\u00e2teau s\u2019\u00e9quilibre en raison directe de sa hauteur.<br \/>\nComme il faisait soir, quand Bosse-de-Nage tira notre as sur le rivage, le roi selon sa coutume attendait la mort et le crapaud bayait, fonctionnellement. Le palais \u00e9tait tendu de noir et l\u2019on avait pr\u00e9par\u00e9 des chaises longues pour les corps et des philtres afin d\u2019obscurcir la conscience des agonies. Bosse-de-Nage, quoique ne le professant point par une loquacit\u00e9 inconsid\u00e9r\u00e9ment vari\u00e9e, se piquait d\u2019\u00eatre d\u00e9ontologue, et se crut oblig\u00e9 de rev\u00eatir un habit noir et de couronner son cr\u00e2ne, semblable \u00e0 une cucurbite malintentionn\u00e9e, d\u2019un chapeau belge dont les vibrations lumineuses s\u2019accumulaient en longueurs d\u2019ondes \u00e9gales \u00e0 celles de son costume, et dont la figure simulait la moiti\u00e9 d\u2019un globe d\u00e9funt.<br \/>\nEt la nuit supputa ses heures, \u00e0 ce point qu\u2019on alluma les lampes.<br \/>\nBrusquement le c\u00f4lon descendant du crapaud mugit, et le bol inalimentaire du feu pur reprit sa route coutumi\u00e8re vers le p\u00f4le du diable Pluriel.<br \/>\nLa m\u00e9tamorphose fut manifeste du deuil des tentures en un incarnat clair. On se r\u00e9jouit des philtres par le canal des chalumeaux, et des petites femmes ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies sur la rutilance des chaises longues, Bosse-de-Nage crut qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 d\u2019aller aux sens:<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb constata-t-il d\u2019une fa\u00e7on sommaire, mais il vit que nous avions devin\u00e9 sa pens\u00e9e, et surtout surpris crouler sur le tapis, avec le fracas r\u00e9calcitrant d\u2019un h\u00e9risson de fer battu, la na\u00efvet\u00e9 de son chapeau belge.<\/p>\n<h3>Livre IV<\/h3>\n<h3>C\u00e9phalorgie<\/h3>\n<h4>XXV<\/h4>\n<h4>De La Mar\u00e9e Terrestre Et De L\u2019\u00e9v\u00eaque Marin Mensonger<\/h4>\n<p>\u00c0 Paul Val\u00e9ry<\/p>\n<p>Faustroll prit cong\u00e9 quand la nuit \u00e9tait suspendue encore, comme un pape, \u00e0 quatre des points cardinaux. Et comme je lui demandais pourquoi il ne restait point boire jusqu\u2019\u00e0 la suivante chute momentan\u00e9e du soleil, il se leva dans l\u2019as, et, les pieds sur la nuque de Bose-de-Nage, il sondait \u00e0 l\u2019avant de notre route.<br \/>\nIl me confia qu\u2019il avait peur d\u2019\u00eatre surpris, le temps de syzygie touchant \u00e0 sa fin, par la mar\u00e9e descendante. Et je fus saisi de crainte, parce que nous voguions toujours o\u00f9 il n\u2019y avait pas d\u2019eau, entre l\u2019aridit\u00e9 des maisons, et c\u00f4toyions pr\u00e9sentement les trottoirs d\u2019une place poussi\u00e9reuse. Je compris que le docteur parlait de la mar\u00e9e de la terre, et crus qu\u2019il \u00e9tait ivre, ou moi, et que le sol fuyait au nadir, comme un bas virtuel d\u00e9rob\u00e9 par un cauchemar. Je sais maintenant qu\u2019outre le flux de ses humeurs et la diastole et systole qui meuvent son sang circulaire, la terre bande des muscles inter-costaux et respire vers le rythme de la lune; mais la r\u00e9gularit\u00e9 de cette respiration est douce, et peu d\u2019hommes en sont inform\u00e9s.<br \/>\nFaustroll prit des hauteurs d\u2019astres, qu\u2019il scrutait ais\u00e9ment devant la taie du ciel d\u2019une rue \u00e9trangl\u00e9e, et me dit de noter que le rayon terrestre, par la d\u00e9nivellation du reflux, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 raccourci de centim\u00e8tres 1,4 x 10-6; donnant ordre \u00e0 Bosse-de-Nage de jeter l\u2019ancre, et protestant que le seul pr\u00e9texte, digne de sa Doctrine, d\u2019un terme \u00e0 notre chemin errant, \u00e9tait que, sous nos pieds, l\u2019\u00e9paisseur de la terre jusqu\u2019\u00e0 son centre n\u2019\u00e9tait plus assez honorablement profonde.<br \/>\nOr il \u00e9tait midi, l\u2019\u00e9troitesse de la ruelle d\u00e9serte comme un intestin \u00e0 jeun, et nous faisions rel\u00e2che, inscrivaient les chiffres des murs, devant la quatre mille quatri\u00e8me maison de la rue de Venise.<br \/>\nEntre les rez-de-chauss\u00e9e au sol battu, vu par des portes plus larges que la rue mais moins b\u00e9antes que l\u2019attente des femmes sur l\u2019uniformit\u00e9 de leurs lits, Faustroll agitait la question de garer l\u2019as dans un abri profond, quand, enseign\u00e9 par lui, je fus assez peu surpris de la surrection, au seuil d\u2019un des plus ras et bas bouges, d\u2019un homme marin distrait du treizi\u00e8me livre, celui des Monstres, d\u2019Aldrovandus: ayant la figure d\u2019un \u00e9v\u00eaque, et de ceux singuli\u00e8rement qu\u2019on p\u00eachait, aux temps dits par le livre, sur les c\u00f4tes de Pologne.<br \/>\nSa mitre \u00e9tait d\u2019\u00e9cailles et sa crosse comme le corymbe d\u2019un tentacule recourb\u00e9; sa chasuble, que je touchai, tout incrust\u00e9e de pierres des ab\u00eemes, se levait ais\u00e9ment devant et derri\u00e8re mais par la pudique adh\u00e9rence du derme assez peu par-del\u00e0 le surgenou.<br \/>\nL\u2019\u00e9v\u00eaque marin Mensonger s\u2019inclina devant Faustroll, donna \u00e0 Bosse-de-Nage une figue d\u2019oreille en pur don; et, l\u2019as inculqu\u00e9 dans la demeure vo\u00fbt\u00e9e et la valve de la porte reclose, il me pr\u00e9senta \u00e0 Visit\u00e9, sa fille, et \u00e0 ses deux fils, Distingu\u00e9 et Extravagant . Puis il s\u2019enquit s\u2019il nous agr\u00e9ait de succinctement<\/p>\n<h4>XXVI<\/h4>\n<h4>Boire<\/h4>\n<p>\u00c0 Pierre Quillard<\/p>\n<p>Or Faustroll soulevait de sa fourchette vers ses dents cinq jambons entiers, r\u00f4tis et d\u00e9soss\u00e9s, de Strasbourg, de Bayonne, des Ardennes, d\u2019York et de Westphalie, d\u00e9gouttants de Johannisberger, et la fille de l\u2019\u00e9v\u00eaque, \u00e0 genoux sous la table, remplissait derechef chaque unit\u00e9 de la file ascendante des coupes hectolitres de la cha\u00eene sans fin, qui traversait la table devant le docteur et passait vide pr\u00e8s du si\u00e8ge \u00e9lev\u00e9 de Bosse-de-Nage; je m\u2019alt\u00e9rais par la d\u00e9glutition d\u2019un mouton r\u00f4ti vivant par sa course imbib\u00e9e de p\u00e9trole jusqu\u2019\u00e0 la halte du cuit-\u00e0-point; Distingu\u00e9 et Extravagant buvaient comme l\u2019acide sulfurique anhydre, ainsi que je l\u2019avais os\u00e9 pr\u00e9juger \u00e0 leurs noms, et trois de leurs gueules eussent combl\u00e9 un st\u00e8re; cependant l\u2019\u00e9v\u00eaque Mensonger se sustentait exclusivement d\u2019eau claire et de pipi de rat.<br \/>\nIl avait associ\u00e9 jadis cette derni\u00e8re substance au pain et au fromage de Melun, mais \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 supprimer la superf\u00e9tatoire vanit\u00e9 de ces condiments solides. Il humait l\u2019eau d\u2019une carafe d\u2019or aminci jusqu\u2019\u00e0 la longueur d\u2019onde de la lumi\u00e8re verte, servie sur le plateau de fourrure (et non de pelleterie, l\u2019\u00e9v\u00eaque se voulant raffin\u00e9) du renard fra\u00eechement \u00e9corch\u00e9 d\u2019un ivrogne, de saison, bien \u00e9gal au vingti\u00e8me du poids. Un tel luxe n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tous: l\u2019\u00e9v\u00eaque entretenait des rats \u00e0 grands frais, et, dans des salles pav\u00e9es d\u2019entonnoirs, tout un s\u00e9rail d\u2019ivrognes, dont il imitait les discours.<br \/>\n\u00abVous croyez, dit-il \u00e0 Faustroll, qu\u2019une femme peut \u00eatre nue? A quoi reconnaissez-vous la nudit\u00e9 d\u2019une muraille?<br \/>\n&#8211; Quand elle est d\u00e9pourvue de fen\u00eatres, portes et autres ouvertures, professa le docteur.<br \/>\n&#8211; C\u2019est bien conclu, reprit Mensonger. Les femmes nues ne sont jamais nues, et principalement les vieilles.\u00bb<br \/>\nIl but un grand trait \u00e0 m\u00eame sa carafe, dont le point de sustentation aux visqueux tapis s\u2019\u00e9rigea, comme une racine dont on viole la s\u00e9pulture. Le monte-charge cat\u00e9no\u00efdal des coupes pleines de liquide ou de vent psalmodiait comme l\u2019incision au ventre d\u2019une rivi\u00e8re du chapelet d\u2019un toueur illumin\u00e9.<br \/>\n\u00abPr\u00e9sentement, continua l\u2019\u00e9v\u00eaque, buvez et mangez. Visit\u00e9, sers-nous de Homard!<br \/>\n&#8211; N\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 de mode \u00e0 Paris, hasardai-je, de s\u2019offrir par courtoisie de ces animaux, comme un priseur tend sa tabati\u00e8re? mais les gens, \u00e0 ce que j\u2019ai ou\u00ef dire, avaient coutume de les d\u00e9cliner, all\u00e9guant que c\u2019\u00e9taient des plurip\u00e8des velus et d\u2019une malpropret\u00e9 repoussante.<br \/>\n&#8211; Ho hu! ho hu! condescendit l\u2019\u00e9v\u00eaque. Les homards sont malpropres et non \u00e9pil\u00e9s, c\u2019est une preuve peut-\u00eatre qu\u2019ils sont libres. Sort plus noble que celui de cette bo\u00eete de corned-beef, que vous portez en sautoir, docteur navigateur, comme l\u2019\u00e9tui d\u2019une jumelle sal\u00e9e \u00e0 travers laquelle vous aimez scruter les hommes et les choses.<\/p>\n<p>\u00ab Or, \u00e9coutez :<\/p>\n<p><em>le homard et la bo\u00eete de corned-beef que portait le docteur Faustroll en sautoir<\/em><\/p>\n<p>Fable<\/p>\n<p>\u00c0 A.-F. Herold<\/p>\n<p>\u00ab Une bo\u00eete de corned-beef, encha\u00een\u00e9e comme une lorgnette,<br \/>\n\u00ab Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.<br \/>\n\u00ab Il se cuirassait d\u2019une carapace dure.<br \/>\n\u00ab Sur laquelle \u00e9tait \u00e9crit qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, comme elle, il \u00e9tait sans ar\u00eates,<br \/>\n\u00ab (Boneless and economical);<br \/>\n\u00ab Et sous sa queue repli\u00e9e<br \/>\n\u00ab Il se cachait vraisemblablement une cl\u00e9 destin\u00e9e \u00e0 l\u2019ouvrir.<br \/>\n\u00ab Frapp\u00e9 d\u2019amour, le corned-beef s\u00e9dentaire<br \/>\n\u00ab D\u00e9clara \u00e0 la petite bo\u00eete automobile de conserves vivante<br \/>\n\u00ab Que si elle consentait \u00e0 s\u2019acclimater,<br \/>\n\u00ab Pr\u00e8s de lui, aux devantures terrestres,<br \/>\n\u00ab Elle serait d\u00e9cor\u00e9e de plusieurs m\u00e9dailles d\u2019or.<\/p>\n<p>&#8211; Ha ha, m\u00e9dita Bosse-de-Nage, mais il ne d\u00e9veloppa pas ses id\u00e9es d\u2019une fa\u00e7on plus compl\u00e8te.<br \/>\nEt Faustroll interrompit la frivolit\u00e9 des propos par un grand discours.<\/p>\n<h4>XXVII<\/h4>\n<h4>Capitalement<\/h4>\n<p>Le docteur Faustroll commen\u00e7a:<br \/>\n\u00abJe ne crois pas qu\u2019un meurtre inconscient soit pour cela sans raison: il est sans ordre donn\u00e9 par nous, sans lien avec les ph\u00e9nom\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dents de notre moi, mais il suit certainement un ordre ext\u00e9rieur, il est dans l\u2019ordre des ph\u00e9nom\u00e8nes ext\u00e9rieurs, et il a une cause perceptible par les sens, qui par cons\u00e9quent est un signe.<br \/>\n\u00abJe n\u2019ai jamais eu envie de tuer qu\u2019apr\u00e8s la vision de la t\u00eate d\u2019un cheval, qui est devenue pour moi un signe, ou un ordre, ou tr\u00e8s exactement un signal, comme le pouce lev\u00e9 dans les cirques, qu\u2019il fallait frapper; et de peur que vous souriiez, je vous expliquerai qu\u2019il y a sans doute \u00e0 cela plusieurs raisons.<br \/>\n\u00abLa vue d\u2019un chose tr\u00e8s laide porte certainement \u00e0 faire ce qui est laid. Or le laid est le mal. La vue d\u2019un \u00e9tat immonde incite aux plaisirs immondes. L\u2019aspect d\u2019un mufle f\u00e9roce et o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre les os pousse \u00e0 l\u2019acte f\u00e9roce et au d\u00e9shabillage des os. Or il n\u2019y a pas au monde d\u2019objet aussi laid que la t\u00eate d\u2019un cheval, sinon celle de la sauterelle, laquelle est presque exactement pareille, moins la dimension gigantesque. Et vous savez que le meurtre du Christ fut pr\u00e9figur\u00e9 par ceci, que Mosch\u00e9, afin que pussent s\u2019accomplir les Ecritures, avait permis de manger du bruchus, de l\u2019attacus, de l\u2019ophiomachus et la locuste, qui sont les quatre esp\u00e8ces de sauterelles.<br \/>\n&#8211; Ha ha! fit Bosse-de-Nage, en mani\u00e8re de digression, mais il ne sut trouver d\u2019objection valable.<br \/>\n&#8211; Et encore, poursuivit imperturbablement Faustroll, la sauterelle est-elle un animal en quelque sorte pas monstrueux, ayant ses membres normalement conform\u00e9s, alors que le cheval, n\u00e9 pour la d\u00e9formation ind\u00e9finie, a d\u00e9j\u00e0 acquis, depuis l\u2019origine de son esp\u00e8ce, quoique ayant \u00e9t\u00e9 dou\u00e9 par la nature de quatre pieds garnis de doigts, de r\u00e9pudier un certain nombre de ces doigts et de sauteler sur quatre ongles solitaires, exag\u00e9r\u00e9s et calleux, comme un meuble glisse sur quatre roulettes. Le cheval est une table tournante.<br \/>\n\u00abMais la t\u00eate seule, sans que je sache d\u00e9finir pourquoi, peut-\u00eatre pour la seule \u00e9normit\u00e9 de ses dents et le rictus abominable qui lui est naturel, est pour moi le signe de toute f\u00e9rocit\u00e9, ou plut\u00f4t le signe de la mort. Et l\u2019Apocalypse n\u2019a dit autre chose pour signifier le quatri\u00e8me fl\u00e9au que: \u00ab\u00a0La Mort \u00e9tait mont\u00e9e sur un cheval p\u00e2le\u00a0\u00bb. Ce que j\u2019interpr\u00e8te ainsi: \u00ab\u00a0Ceux que vient visiter la Mort aper\u00e7oivent d\u2019abord la t\u00eate du cheval\u00a0\u00bb. Et les homicides de la guerre sont n\u00e9s de l\u2019\u00e9quitation.<br \/>\n\u00abMaintenant, si vous \u00eates curieux de savoir pourquoi dans la rue, o\u00f9 la t\u00eate horrible se multiplie devant tous les v\u00e9hicules, je suis rarement incit\u00e9 au meurtre, je r\u00e9pondrai qu\u2019un signal, pour \u00eatre entendu, veut \u00eatre isol\u00e9, et qu\u2019une multitude n\u2019a pas qualit\u00e9 pour donner un ordre; et de m\u00eame que pour moi mille tambours ne font pas autant de bruit qu\u2019un seul tambour, et que mille intelligences forment une cohue mue par l\u2019instinct, un individu n\u2019est pas pour moi un individu, qui se pr\u00e9sente en m\u00eame temps que plusieurs de ses pareils, et je soutiens qu\u2019une t\u00eate n\u2019est une t\u00eate que s\u00e9par\u00e9e de son corps.<br \/>\n\u00abEt le baron de Munchausen ne fut jamais plus brave \u00e0 la guerre et apte au massacre que le jour o\u00f9, la herse franchie, il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il avait laiss\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la poutre tranchante la moiti\u00e9 de sa monture.<br \/>\n&#8211; Ha ha! s\u2019\u00e9cria Bosse-de-Nage avec \u00e0 propos; mais l\u2019\u00e9v\u00eaque mensonger l\u2019interrompit pour conclure:<br \/>\n&#8211; Enfin, docteur, tant que nous ne conserverons point avec vous en pr\u00e9sence d\u2019un cheval d\u00e9capit\u00e9 &#8211; et on \u00e9quarrit jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les solip\u00e8des au lieu de les guillotiner &#8211; il nous sera permis de consid\u00e9rer vos tentations meurtri\u00e8res comme un paradoxe agr\u00e9able.\u00bb<br \/>\nPuis il nous endormit d\u2019une harangue macaronique grecque dont je ne per\u00e7us, secouant mes oreilles, que le dernier parfait moyen:<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; \u03a3\u0395\u03a3\u039f \u2019\u03a5\u039b\u0391\u03a3\u0398\u0391\u0399. \u00bb<\/p>\n<h4>XXVIII<\/h4>\n<h4>De La Mort De Plusieurs, Et Singulierement De Bosse-De-Nage<\/h4>\n<p>\u00c0 Monsieur Deibler<\/p>\n<p>\u00abLe petit faucheur quarr\u00e9, \u00e9tant arriv\u00e9,<br \/>\nse mit \u00e0 travailler. Il ne donnait trait de faux<br \/>\nqu\u2019il n\u2019abatt\u00eet un quart de charret\u00e9e de foin,<br \/>\nou plus, tant il s\u2019\u00e9tendoit; et qui plus est,<br \/>\nil ne s\u2019amusoit pas \u00e0 battre sa faux;<br \/>\nmais quand elle ne tranchoit point,<br \/>\nil la passoit sur le long de ses dents,<br \/>\net cela faisait frooooococ.<br \/>\nAinsi, il gagnoit temps.\u00bb<\/p>\n<p>B\u00c9ROALDE DE VERVILLE,<br \/>\nLe Moyen de Parvenir, XXIV.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s boire, nous f\u00eemes une promenade par des rues de brouillard, et Mensonger nous pr\u00e9c\u00e9dait. Personne, hors le docteur et moi-m\u00eame, ne remarqua, l\u2019\u00e9piscopalit\u00e9 de ses ornements donnant \u00e0 penser au peuple qu\u2019il \u00e9tait vraisemblablement un honn\u00eate homme, que de sa crosse il laissait choir les enseignes, ainsi que par m\u00e9garde, et les donnait gracieusement \u00e0 porter \u00e0 Bosse-de-Nage, lequel le remerciait de ce seul mot: \u00abHa ha\u00bb, car il \u00e9tait ennemi, comme on sait, de tout verbiage oiseux.<br \/>\nEt je ne savais pas encore par quelle charit\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00eaque laissait choir les enseignes.<br \/>\nSoudain, le recroquevillement de la crosse se d\u00e9brouilla \u00e0 la t\u00e9nacit\u00e9 d\u2019un moulage dor\u00e9, au-dessus d\u2019une boucherie hippophagique. Le vol plan\u00e9 stationna du masque animal et du regard double de haut en bas.<br \/>\nFaustroll, tr\u00e8s calme, alluma une petite bougie parfum\u00e9e, qui br\u00fbla pendant sept jours.<br \/>\nLe premier jour, la flamme fut rouge, et divulgua le poison cat\u00e9gorique dans l\u2019air, et la mort de tous les vidangeurs et militaires.<br \/>\nLe deuxi\u00e8me jour, des femmes.<br \/>\nLe troisi\u00e8me, des petits enfants.<br \/>\nLe quatri\u00e8me, il y eut une remarquable \u00e9pizootie chez ceux des quadrup\u00e8des tol\u00e9r\u00e9s comestibles, \u00e0 cette condition qu\u2019ils ruminent et aient l\u2019ongle divis\u00e9.<br \/>\nLa combustion safran\u00e9e du cinqui\u00e8me jour d\u00e9cima tous les cocus et clercs d\u2019huissiers, mais j\u2019\u00e9tais d\u2019un grade sup\u00e9rieur.<br \/>\nLe cr\u00e9pitement bleu du sixi\u00e8me jour h\u00e2ta, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imm\u00e9diat, la fin des bicyclistes, de tous ceux du moins, sans exception, qui agrafent leurs pantalons de pattes de langouste.<br \/>\nLa lumi\u00e8re se mua en fum\u00e9e le septi\u00e8me, et Faustroll eut un peu de rel\u00e2che.<br \/>\nMensonger d\u00e9crochait les enseignes avec ses mains, ayant requis la courte-\u00e9chelle de Bosse-de-Nage.<br \/>\nEt le brouillard croula sans pesanteur en directions centrifuges, devant l\u2019ouverture de la grande porte d\u2019un man\u00e8ge; et Faustroll fut ressaisi par sa d\u00e9mence.<br \/>\nL\u2019\u00e9v\u00eaque prit la fuite, non point si vite que Faustroll ne lui arrach\u00e2t sa mitre vivante; et moi, le docteur ne me toucha point, parce que j\u2019\u00e9tais cuirass\u00e9 de mon nom Panmuphle.<br \/>\nMais Faustroll s\u2019accroupit sur la singe papion, lui \u00e9cartelant les quatre membres au sol, et l\u2019\u00e9tranglant par derri\u00e8re. Bosse-de-Nage fit signe qu\u2019il voulait parler, et, le docteur ayant rel\u00e2ch\u00e9 la serre de ses ongles:<br \/>\n\u00abHa ha !\u00bb dit-il en deux mots, et ce furent ses derni\u00e8res paroles.<\/p>\n<h4>XXIX<\/h4>\n<h4>De Quelques Siginifications Plus \u00c9videntes Des Paroles Ha Ha<\/h4>\n<p>\u2026 Je gage mes oreilles<br \/>\nQu\u2019 il est dans quelque all\u00e9e \u00e0 bayer aux corneilles,<br \/>\nS\u2019approchant pas \u00e0 pas d\u2019un ha ha qui l\u2019attend,<br \/>\nEt qu\u2019il n\u2019apercevra qu\u2019en s\u2019y pr\u00e9cipitant.<br \/>\nPIRON<\/p>\n<p>Il convient de d\u00e9velopper ici le coutumier et succinct discours de Bosse-de-Nage, afin qu\u2019on sache que c\u2019est \u00e0 raisonnable dessein et non par moquerie, que nous l\u2019avons toujours rapport\u00e9 dans son enti\u00e8re \u00e9tendue, avec la cause la plus vraisemblable de ses interruptions pr\u00e9matur\u00e9es.<br \/>\n\u00abHA HA !\u00bb, disait-il avec concision; mais nous n\u2019avons point \u00e0 nous occuper de cet accident, qu\u2019il n\u2019ajoutait g\u00e9n\u00e9ralement rien autre chose.<br \/>\nD\u2019abord il est plus judicieux d\u2019orthographier AA, car l\u2019aspiration h ne s\u2019\u00e9crivait point dans la langue antique du monde. Elle d\u00e9non\u00e7ait chez Bosse-de-Nage l\u2019effort, le labeur servile et obligatoire, et la conscience de son inf\u00e9riorit\u00e9.<br \/>\nA juxtapos\u00e9 \u00e0 A et y \u00e9tant sensiblement \u00e9gal, c\u2019est la formule du principe d\u2019idendit\u00e9: une chose est elle-m\u00eame. C\u2019en est en m\u00eame temps la plus excellente r\u00e9futation, car les deux A diff\u00e8rent dans l\u2019espace, quand nous les \u00e9crivons, sinon dans le temps, comme deux jumeaux ne naissent point ensemble, &#8211; \u00e9mis par l\u2019hiatus immonde de la bouche de Bosse-de-Nage.<br \/>\nLe premier A \u00e9tait peut-\u00eatre congruent au second, et nous \u00e9cririons volontiers ainsi: A \u2261 A .<br \/>\nPrononc\u00e9s assez vite, jusqu\u2019\u00e0 se confondre, c\u2019est l\u2019id\u00e9e de l\u2019unit\u00e9. Lentement, de la dualit\u00e9, de l\u2019\u00e9cho, de la distance, de la sym\u00e9trie, de la grandeur et de la dur\u00e9e, des deux principes du bien et du mal.<br \/>\nMais cette dualit\u00e9 prouve aussi que la perception de Bosse-de-Nage \u00e9tait notoirement discontinue, voire discontinue et analytique, inapte \u00e0 toute synth\u00e8se et \u00e0 toute ad\u00e9quation.<br \/>\nOn peut pr\u00e9juger hardiment qu\u2019il ne percevait que l\u2019espace \u00e0 deux dimensions, et \u00e9tait r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s, qui implique la figure spirale.<br \/>\nCe serait un probl\u00e8me compliqu\u00e9 d\u2019\u00e9tudier en outre si le premier A \u00e9tait cause efficiente du second. Contentons-nous de constater que Bosse-de-Nage ne prof\u00e9rant ordinairement que AA, et rien de plus (AAA serait la formule m\u00e9dicale Amalgamez), il n\u2019avait \u00e9videmment aucune notion de la sainte Trinit\u00e9, ni de toutes les choses triples, ni de l\u2019ind\u00e9fini, qui commence \u00e0 trois, ni de l\u2019inconditionn\u00e9, ni de l\u2019Univers, qui peut \u00eatre d\u00e9fini le Plusieurs.<br \/>\nNi d\u2019autrui. Et le jour, en effet, o\u00f9 il fut mari\u00e9, il \u00e9prouva bien que sa femme \u00e9tait sage avec lui, mais il ne sut point si elle \u00e9tait vierge.<br \/>\nEt dans sa vie publique, il ne comprit jamais l\u2019usage, sur les boulevards, de kiosques de fer dont le nom vulgaire d\u00e9rive de ce qu\u2019ils sont divis\u00e9s en trois prismes triangulaires et qu\u2019on n\u2019en peut utiliser \u00e0 la fois qu\u2019un tiers; et il resta jusqu\u2019\u00e0 sa mort, selon le stigmate du capitaine Kid:<\/p>\n<p>BOSSE-DE-NAGE<br \/>\nCYNOC\u00c9PHALE PAPION,<\/p>\n<p>souillant et d\u00e9g\u00e2tant inconsid\u00e9r\u00e9ment toutes choses.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 dessein que nous avons omis de dire, ces sens \u00e9tant fort connus, que ha ha est une ouverture dans un mur au niveau de l\u2019all\u00e9e d\u2019un jardin, un trou-de-loup ou puits militaire destin\u00e9 \u00e0 faire \u00e9crouler les ponts en acier chrom\u00e9, et que AA se peut encore lire sur les m\u00e9dailles frapp\u00e9es \u00e0 Metz. Si l\u2019as de Faustroll e\u00fbt un beaupr\u00e9, ha ha e\u00fbt d\u00e9sign\u00e9 la voile particuli\u00e8re plac\u00e9e sous le bout-dehors.<\/p>\n<h3>Livre V<\/h3>\n<h3>Officiellement<\/h3>\n<h4>XXX<\/h4>\n<h4>De Mille Sortes De Choses<\/h4>\n<p>\u00c0 Pierre Loti<\/p>\n<p>Or l\u2019\u00e9v\u00eaque, d\u00e9capit\u00e9 de sa mitre, allait mal \u00e0 ses affaires, ayant accoutum\u00e9 de n\u2019y vaquer nisi in pontificalibus. C\u2019est pourquoi il entra dans son cabinet, avitaill\u00e9 de mille sortes de choses propres \u00e0 exciter \u00e0 cagar.<br \/>\nSur la tablette o\u00f9 d\u2019ordinaire des cylindres de papier se d\u00e9roulent, un gros petit buste de jovial petit homme \u00e0 barbe gocourte faisait son persil en vert scarab\u00e9e.<br \/>\nLe jovial petit homme se dandina de droite et de gauche sur l\u2019h\u00e9misph\u00e9ricit\u00e9 de sa base, et l\u2019\u00e9v\u00eaque aurait reconnu, s\u2019il e\u00fbt fait auparavant le voyage, le cul-de-jatte coureur expuls\u00e9 de l\u2019\u00eele Fragrante. J\u2019ai su depuis qu\u2019il l\u2019avait rencontr\u00e9, \u00e0 moins de frais et plus identique \u00e0 lui-m\u00eame, sur la pendule bourgeoise du salon d\u2019une vieille dame. Le cul-de-jatte palm\u00e9 se haussa sur les talons postiches de sa jatte, et offrit courtoisement \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque un abstersif block-notes carr\u00e9:<br \/>\n\u00abJe l\u2019avais r\u00e9serv\u00e9 pour ma m\u00e8re, dit-il, mais comme \u00e0 elle (d\u00e9signant l\u2019am\u00e9thyste de l\u2019\u00e9v\u00eaque) la foi chr\u00e9tienne vous permet de lire avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 les plus sombres choses. Vous n\u2019avez pas encore essay\u00e9 cette sorte de mes offices, mais vous verrez que c\u2019est encore plus moi.<br \/>\n&#8211; Ce papier va donc?&#8230; dit l\u2019\u00e9v\u00eaque.<br \/>\n&#8211; LISEZ avec pers\u00e9v\u00e9rance de tous vos yeux, voire du plus secret. Ce papier est souverain. Il vous en\u2026ra tant, si vous saviez!<br \/>\n&#8211; Vous me d\u00e9cidez, dit Mensonger.<br \/>\n&#8211; Prenez donc place au milieu de ces piles de moins efficaces suppositoires. Il est temps: moi seul, je puis distinguer encore, derri\u00e8re l\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s de ces mots accumul\u00e9s, L\u2019INSONDABLE AB\u00ceME.\u00bb<br \/>\nIl sauta all\u00e9grement dans le puits d\u00e9sign\u00e9, et comme un gantelet chevaucherait la rampe d\u2019un escalier, le retentissement de sa jatte de zinc d\u00e9crut le long de la double spire du tuyau de chute: mais les vers de MM. D\u00e9roul\u00e8de et Yan-Nibor, enroul\u00e9s en dedans du mirliton concave, le soutinrent de leurs pieds.<\/p>\n<p>Lecture de l\u2019\u00c9v\u00eaque<\/p>\n<p>allant \u00e0 ses affaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MORT DE LATENTE OBSCURE<\/p>\n<p>\u00abBrr\u2026 brr\u2026 brr\u2026 brrr\u2026 chen\u2026 hatsch\u2026 Latente Obscure nous quitte\u2026 Brrr\u2026 brrr\u2026 Le pas douloureux a \u00e9t\u00e9 franchi\u2026 brr\u2026 brr\u2026 L\u2019oubli momentan\u00e9 qu\u2019apporte le sommeil. Un vers. Alors elle va mourir Latente Obscure\u2026 Hen\u2026 ehen\u2026 Il g\u00e8le \u00e0 pierre fendre\u2026 impression g\u00e9n\u00e9rale sinistre\u2026 brr\u2026 brr\u2026 elle est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 dans l\u2019ab\u00eeme\u2026 hen hen\u2026 Larmes am\u00e8res\u2026 le m\u00e9decin d\u00e9clare qu\u2019elle ne passera pas la nuit\u2026 T\u2019en iras-tu, grenouille ! dans les t\u00e9n\u00e8bres inf\u00e9rieures ?<br \/>\n&#8211; Elle va finir sa vie (Tambour voil\u00e9.) Le froid p\u00e9n\u00e8tre jusqu\u2019aux os (bis). Plan, rataplan! (L\u2019\u00e9v\u00eaque fredonne joyeux.) A la suite du r\u00e9giment, notre fid\u00e8le M\u00e9lanie, qui est d\u2019une race de vieux serviteurs d\u00e9vou\u00e9s, devenus presque des membres de la famille\u2026<br \/>\n&#8211; Courage, \u00e7a va bien, cria d\u2019en bas le petit homme. Continuez, ne craignez pas de m\u2019incommoder: je coucherai tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dans la chambre arabe.<br \/>\n&#8211; La sombre lutte de la fin, constata l\u2019\u00e9v\u00eaque en sa lecture; brrr\u2026 brrr\u2026 cauchemar angoissant. Instant horrible. Lisons par l\u2019\u0153il du verso: la supr\u00eame toilette, le pauvre corps, l\u2019affreux petit lit, le grand lit, le front p\u00e2le, le cher visage, l\u2019horrible petit lit.<br \/>\n&#8211; Nous montons et descendons comme des fant\u00f4mes, halet\u00e8rent les feuilles en leur service successif.<br \/>\n&#8211; Ces PALMES VERTES, continua sans r\u00e9mission l\u2019\u00e9v\u00eaque, pos\u00e9es en croix sur sa poitrine&#8230;<br \/>\n&#8211; Merci de votre bon souvenir, t\u00e9l\u00e9phona l\u2019habitant du tuyau. Je suis ravi de voir que vous ne nous quittez pas encore, assis sur le haut de ma chemin\u00e9e. Le jour d\u2019hiver bien p\u00e2le\u2026 figure sereine\u2026 supr\u00eame image, si jolie!<br \/>\n&#8211; Vagues impressions, poursuivit modestement Mensonger.<br \/>\n&#8211; Les traits p\u00e2les, le sourire doux! Latente Obscure sourit si doucement\u2026<br \/>\n&#8211; Hen! ehen\u2026 Impression obs\u00e9dante, infiniment triste\u2026 Brr\u2026 brr\u2026 rataplan!<br \/>\n&#8211; Les ch\u00e8res voix et les chers bruits\u2026 bons yeux souriants, tr\u00e8s triste\u2026<br \/>\n&#8211; LATENTE OBSCURE NOUS A QUITT\u00c9S!!! merci, mon Dieu, exclama l\u2019\u00e9v\u00eaque en se levant.<br \/>\n&#8211; Merci, cria le petit homme \u00e0 l\u2019unisson. Un soleil chaud. Fen\u00eatres ouvertes. Armoire grande, bo\u00eete petite. Je fume une cigarette d\u2019Orient!<br \/>\n&#8211; Peut-\u00eatre est-ce la derni\u00e8re fois, dit en se rasseyant l\u2019\u00e9v\u00eaque forc\u00e9 soudain de reprendre sa lecture, et lisant d\u2019une fa\u00e7on extraordinairement suivie, que le regret de Latente Obscure se produira en moi avec cette intensit\u00e9 et sous cette forme sp\u00e9ciale qui am\u00e8ne les larmes, puisque tout s\u2019apaise, puisque tout devient coutume, s\u2019oublie et qu\u2019il y a un voile, une brume, une cendre, je ne sais quoi de jet\u00e9 comme en h\u00e2te, brrrrr\u2026 et tout de suite sur le souvenir des \u00eatres qui s\u2019en sont retourn\u00e9s dans L\u2019\u00c9TERNEL RIEN, plan, plan, rataplan\u2026 Largesse! largesse! A \u00e9claboussures, \u00e0 feu et \u00e0 sang! A l\u2019instar du rhinoc\u00e9ros. Sans discontinuer. Le chapelet des tr\u00e9pass\u00e9s. Brrr\u2026 brrr\u2026 Je m\u2019hyplotise. Ho hu! ho hu! Long comme une lance.<br \/>\n&#8211; Vous vous appelez Kaka-San? interrogea au bout d\u2019un temps le petit homme.<br \/>\n&#8211; Non, Mensonger, \u00e9v\u00eaque marin, pour vous servir. Pourquoi ?<br \/>\n&#8211; Parce que Kaka-San avait fait des choses tr\u00e8s malpropres dans sa bo\u00eete, pendant le laisser-aller bien pardonnable de la fin.\u00bb<\/p>\n<h4>XXXI<\/h4>\n<h4>Du Jet Musical<\/h4>\n<p>\u00abComment as-tu nom ?<br \/>\n&#8211; Maschemerde\u00bb, r\u00e9pondit Panurge.<br \/>\n<em>Pantagruel<\/em>, livre III.<\/p>\n<p>Or il faut savoir que la soupape \u00e9tablie au col du trou de chute \u00e9tait de caoutchouc mince, conna\u00eetre les d\u00e9couvertes de M. Chichester Bell, cousin de M. Graham Bell, l\u2019illustre inventeur du t\u00e9l\u00e9phone; se souvenir qu\u2019un filet d\u2019eau tombant sur une membrane tendue \u00e0 l\u2019ext\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure d\u2019un tube constitue un microphone, qu\u2019une veine liquide se rompt \u00e0 certains intervalles de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d\u2019autres et, selon sa nature, rend certains sons mieux que d\u2019autres, enfin ne se point scandaliser si nous mentionnons que les reins de l\u2019\u00e9v\u00eaque s\u00e9cr\u00e9t\u00e8rent le jet tr\u00e8s inconsciemment musical dont il per\u00e7ut les vibrations amplifi\u00e9es, au moment de prendre cong\u00e9 de sa lecture.<br \/>\nDes voix de petites femmes (*) montaient glorifiant le petit homme.<br \/>\nLES PETITES FEMMES (piano, 4 temps, trois di\u00e8zes \u00e0 la clef), quelques-unes TRANQUILLEMENT (mi-sol-do-mi\u2026 si-mi-si, p\u00e9dale) :<br \/>\n\u00abQue ton chagrin soit berc\u00e9 par nos chants! (fa-la di\u00e8ze). D\u2019autres: Que ta tristesse noire (sol-si di\u00e8ze). S\u2019envole au murmure l\u00e9ger De l\u2019onde (cinq b\u00e9mols, p\u00e9dale, CRISTALLIN)&#8230;<br \/>\n\u00abEtranger (sol b\u00e9carre-si), Si tu veux charmer nos solitudes, Il faudra changer Ton nom (TRANQUILLE) dont les syllabes sont trop rudes, Et t\u2019appeler ainsi (la b.) qu\u2019une fleur des sommets (sol di\u00e8ze, si naturel).<br \/>\nQuelques femmes proposent un nom: \u00abAtari.\u00bb D\u2019autres: \u00abF\u00e9i.\u00bb Les P. F.: \u00abNon! (P\u00e9dale. Deux soupirs et demi) Lo-ti (si-fa, p\u00e9dale, point d\u2019orgue).\u00bb<br \/>\nLes P. F.: \u00abD\u00e9sormais (p\u00e9d. p\u00e9d.) qu\u2019il se nomme Lo-ti.\u00bb Toutes l\u2019entourant: \u00abC\u2019est l\u2019heure du bapt\u00e8me! (UN PEU SOLENNEL.) Au pays des chansons, Au pays o\u00f9 l\u2019on aime (soupir), Lo-ti (mi b, do, soupir, cresc.), Lo- (do) ti (mi b.) sera ton nom supr\u00eame (sic).\u00bb<br \/>\nLES PETITES FEMMES (CONT): \u00abAu pays des chansons, Au pays o\u00f9 l\u2019on aime, Loti, Loti sera ton nom supr\u00eame (deux soupirs). Lo-ti (mi b., mi b.) nous t\u2019appelons, Lo-ti nous t\u2019appelons, et (p. p.) nous te b\u00e9nis-(si b. \u00e0 la clef) sons!\u00bb (Grand tapage.)<br \/>\nLa soupape s\u2019ouvrit, la musique cessa; l\u2019aspersion faite, l\u2019\u00e9v\u00eaque rassujettit son anneau, imposa les mains, confirmant par ce geste autoris\u00e9 la b\u00e9n\u00e9diction des P. F. Puis, simplement, il rompit le jet.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(*)\u00a0<em>Sic<\/em>. &#8211;\u00a0<em>L\u2019\u00cele du r\u00eave<\/em>, \u0153uvre lyrique de Reynaldo Hahn, paroles de P. Loti, A. Alexandre et G. Hartmann.<\/p>\n<h4>XXXII<\/h4>\n<h4>Comment On Se Procura De La Toile<\/h4>\n<p>\u00c0 Pierre Bonnard<\/p>\n<p>Faustroll fit une suffumigation, le spectre de Bosse-de-Nage, qui n\u2019ayant jamais exist\u00e9 qu\u2019imaginairement ne pouvait \u00eatre mort d\u00e9finitif, se d\u00e9limita, dit respestueusement \u00abha ha\u00bb, puis se tut, attendant les ordres.<br \/>\nJe d\u00e9couvris, ce jour-l\u00e0, un nouveau sens de cette parole inestimable, \u00e0 savoir que l\u2019\u03b1, commencement de toutes choses, est interrogatif, car il attend une glose dans l\u2019espace pr\u00e9sent et l\u2019appendice, plus grand que lui-m\u00eame, d\u2019une suite dans la dur\u00e9e.<br \/>\n\u00abVoici quelques milliards en esp\u00e8ces, dit le docteur, fouillant dans ses goussets agraf\u00e9s de rubis. Tu demanderas \u00e0 un sergent de ville le chemin du Magasin national, dit Au Luxe bourgeois, et y ach\u00e8teras des aunes de toile.<br \/>\n\u00abTu te recommanderas de moi aux chefs de rayon Bouguereau, Bonnat, Detaille, Henner, J.-P. Laurens et Tartempion, au tas de leur commis et aux autres marchands subalternes. Et, pour ne point perdre de temps entre les griffes de leurs chipotages, tu verseras sans mot dire&#8230;<br \/>\n&#8211; Autre que ha ha, tentai-je d\u2019insinuer avec malveillance.<br \/>\n&#8211; Sur chacun un tas d\u2019or, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019enlisement de ses l\u00e8vres cesse de r\u00e9pondre. La somme suffira de soixante-seize millions de guin\u00e9es pour M. Bouguereau, de dix-sept mille s\u00e9raphs pour M. Henner, de quatre-vingt mille marav\u00e9dis pour M. Bonnat, car sa toile est estampill\u00e9e, en guise de trade-mark, de l\u2019image d\u2019un pauvre homme; de trente-huit douzaines de florins pour M. J.-P. Laurens; de quarante-trois centimes pour M. Tartempion, et de cinq milliards de francs, plus, en kopeks, un pourboire, pour M. Detaille. Tu jeteras le billon restant par la figure des autres bouffres.<br \/>\n&#8211; Ha ha, dit Bosse-de-Nage pour signifier qu\u2019il avait compris, et il se disposa \u00e0 partir.<br \/>\n&#8211; Ceci est bien, dis-je \u00e0 Faustroll; mais ne serait-ce plus honorable d\u2019attribuer cet or au co\u00fbt de mes proc\u00e9dures, quitte \u00e0 d\u00e9rober les aunes de toile par pure subtilit\u00e9?<br \/>\n&#8211; Je vous expliquerai ce que c\u2019est que mon or, cligna le docteur. Et \u00e0 Bosse-de-Nage:<br \/>\n&#8211; Un dernier mot: pour te laver le prognathisme de ta m\u00e2choire des paroles mercantiles, entre dans une petite salle dispos\u00e9e \u00e0 cet effet. L\u00e0 fulgurent les ic\u00f4nes des Saints. D\u00e9couvre-toi devant le Pauvre P\u00eacheur, t\u2019incline devant les Monet, g\u00e9nufl\u00e9chis devant les Degas et Whistler, rampe en pr\u00e9sence de C\u00e9zanne, te prosterne aux pieds de Renoir et l\u00e8che la sciure des crachoirs au bas du cadre de l\u2019Olympia!<br \/>\n&#8211; Ha ha, acquies\u00e7a d\u00e9finitivement Bosse-de-Nage, et sa fuite emporta les plus chaleureuses protestations de son z\u00e8le.<br \/>\nSe tournant vers moi, le docteur reprit:<br \/>\n\u00abQuand Vincent van Gogh eut d\u00e9lut\u00e9 son creuset, et refroidi la masse en bon \u00e9tat de la vraie pierre philosophale, et qu&rsquo;au contact de la merveille faite, ce premier jour du monde, r\u00e9elle, toutes choses se transmut\u00e8rent au m\u00e9tal-roi, l\u2019artisan du grand-oeuvre se contenta de traire de l\u2019utilit\u00e9 de ses doigts la somptuosit\u00e9 pointue de sa barbe lumineuse, et dit: &lsquo;Que c\u2019est beau le jaune!&rsquo;<br \/>\n\u00abIl me serait ais\u00e9 de transmuter toutes choses, car je poss\u00e8de aussi cette pierre (il me la fit voir au chaton d\u2019une de ses bagues), mais j\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9 que le b\u00e9n\u00e9fice ne s\u2019en \u00e9tend qu\u2019\u00e0 ceux dont le cerveau est cette pierre m\u00eame (par un verre de montre ench\u00e2ss\u00e9 dans la fontanelle de son cr\u00e2ne, il me fit voir cette pierre une seconde fois)&#8230;\u00bb<br \/>\nBosse-de-Nage rentrait avec onze voitures \u00e0 d\u00e9cors combles, pos\u00e9es de champ, de toiles non d\u00e9clou\u00e9es.<br \/>\n\u00abCroyez-vous, mon ami, termina Faustroll, qu\u2019il serait possible de donner de l\u2019or \u00e0 ces gens, qui rest\u00e2t or et digne de l\u2019or dans leurs gibeci\u00e8res?<br \/>\n\u00abLe m\u00eame dont ils sont maintenant couverts va \u00e9taler les aunes \u00e9quilibr\u00e9es de son flux aussi sur leur toile. Il est jeune et vierge, de tout point semblable \u00e0 celui dont les petits enfants se conchient.\u00bb<br \/>\nEt ayant braqu\u00e9 au centre des quadrilat\u00e8res d\u00e9shonor\u00e9s par des couleurs irr\u00e9guli\u00e8res la lance bienfaisante de la machine \u00e0 peindre, il commit \u00e0 la direction du monstre m\u00e9canique M. Henri Rousseau, artiste peintre d\u00e9corateur, dit le Douanier, mentionn\u00e9 et m\u00e9daill\u00e9, qui pendant soixante-trois jours, avec beaucoup de soin, maquilla du calme uniforme du chaos la diversit\u00e9 impuissante des grimaces du Magasin national.<\/p>\n<h3>Livre VI<\/h3>\n<h3>Chez Lucullus<\/h3>\n<h4>XXXIII<\/h4>\n<h4>Du Term\u00e8s<\/h4>\n<p>Or Faustroll dormait pr\u00e8s de Visit\u00e9.<br \/>\nLe grand lit taill\u00e9 au couteau se carrait sur la nudit\u00e9 du sol, vieille part de la n\u00e9buleuse du monde, et versait \u00e0 la terre les heures vermoulues de son sable.<br \/>\nParmi ce nombreux silence, Visit\u00e9 voulut explorer si, par-dessous la tapisserie peinte de spirales, Faustroll, qui l\u2019avait aim\u00e9e comme la s\u00e9rie ind\u00e9finie des nombres, poss\u00e9dait un c\u0153ur capable d\u2019\u00e9pandre de son poing ouvert et ferm\u00e9 la projection du sang circulaire.<br \/>\nLe tic-tac de montre, semblable au heurt de l\u2019ongle, du bec d\u2019une plume ou d\u2019un clou sur une table, battit vers son oreille. Elle compta neuf coups et le pulsation s\u2019arr\u00eata, puis reprit jusqu\u2019\u00e0 onze\u2026<br \/>\nLa fille de l\u2019\u00e9v\u00eaque entendit, avant d\u2019autres battements, son propre sommeil, qu\u2019ils n\u2019interrompirent point, car elle ne surv\u00e9cut point \u00e0 la fr\u00e9quence de Priape.<br \/>\nLe term\u00e8s, semblable \u00e0 l\u2019invisibilt\u00e9 d\u2019un pou rouge aux yeux jaunes, sur le ch\u00eane du lit d\u00e9cr\u00e9pi pr\u00eatait l\u2019isochronisme des heurts de sa t\u00eate \u00e0 la simulation du c\u0153ur de Faustroll.<\/p>\n<h4>\u00a0XXXIV<\/h4>\n<h4>Clinamen<\/h4>\n<p>\u00c0 Paul Fort<\/p>\n<p>&#8230; Cependant, apr\u00e8s qu\u2019il n\u2019y eut plus personne au monde, la Machine \u00e0 Peindre, anim\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me de ressorts sans masse, tournait en azimut dans le hall de fer du Palais des Machines, seul monument debout de Paris d\u00e9sert et ras, et comme une toupie, se heurtant aux piliers, elle s\u2019inclina et d\u00e9clina en directions ind\u00e9finiment vari\u00e9es, soufflant \u00e0 son gr\u00e9 sur la toile des murailles la succession des couleurs fondamentales \u00e9tag\u00e9es selon les tubes de son ventre, comme dans un bar un pousse-l\u2019amour, les plus claires, proches de l\u2019issue. C\u2019\u00e9tait cette m\u00eame machine que, l\u2019an mil huit cent quatre-vingt-seize, un homme entre deux \u00e2ges, d\u2019aspect b\u00e9nin quoique moustachu, remarquable par sa m\u00e9daille militaire, avait propos\u00e9e \u00e0 l\u2019acceptation intelligente du minist\u00e8re de la Guerre, afin que celui-ci p\u00fbt, quand il lui plairait, colorier rapidement les caissons et aff\u00fbts de la d\u00e9fense nationale. L\u2019instrument fut braqu\u00e9, en pr\u00e9sence de la Commission comp\u00e9tenete, contre une porte neuve, cependant que deux artilleurs, munis de pinceaux, se postaient devant une porte pareille. Et \u00e0 peine le signal donn\u00e9, avant que les deux soldats eussent \u00e9x\u00e9cut\u00e9 le premier temps de la position du peintre sous les armes, la porte d\u2019essai et l\u2019autre porte, et les fen\u00eatres et tout le b\u00e2timent disparurent sous une couche inf\u00e2me de prodigieux grumeaux, en m\u00eame temps que l\u2019atmosph\u00e8re faisait place \u00e0 un brouillard vert; et il ne fut plus question de la Commission ni des artilleurs: il ne resta m\u00eame aucune trace de tout cela!<br \/>\nOr, dans le palais scell\u00e9 h\u00e9rissant seul la polissure morte, moderne d\u00e9luge, de la Seine universelle, la Machine, la b\u00eate impr\u00e9vue Clinamen \u00e9jacula aux parois de son univers:<\/p>\n<p>NABUCHODONOSOR CHANG\u00c9 EN B\u00caTE<\/p>\n<p>Quel beau coucher de soleil! ou plut\u00f4t c\u2019est la lune, pareille \u00e0 un hublot dans un foudre de vin plus grand qu\u2019un navire ou au bouchon d\u2019huile d\u2019une fiasque italienne. Le ciel est d\u2019un soufre d\u2019or si rouge qu\u2019il n\u2019y manque plus vraiment qu\u2019un oiseau de cinq cents m\u00e8tres, qui nous \u00e9ventera un peu des nuages. L\u2019architecture, socle de toutes ces flammes, est bien anim\u00e9e et mouvante un peu, mais trop romantique! Il y a des tours qui ont des yeux et des becs et des tourelles coiff\u00e9es en petits gendarmes. Deux femmes qui regardent ondulent au vent des fen\u00eatres comme des camisoles de force qui s\u00e8chent. Voici l\u2019oiseau: Le grand Ange, qui n\u2019est pas Ange, mais Principaut\u00e9, s\u2019abat apr\u00e8s un vol exactement noir de martinet, en m\u00e9tal d\u2019enclume de couvreur. Une pointe sur le toit, le compas se ferme et se rouvre, et d\u00e9crit un cercle autour de Nabuchodonosor. Le bras incante la m\u00e9tamorphose. Les chevaux du roi ne se h\u00e9rissent point, mais tombent comme les poils mouill\u00e9s du morse; leurs pointes ne forcent point \u00e0 se clore les sensitives pustules qui peuplent leur algues couch\u00e9es de zoophytes, reflets de toutes les \u00e9toiles; de petites ailes palpitent selon le rythme des palmes du crapaud. Des d\u00e9fenses bleues remontent le cours des larmes. L\u2019ascension des prunelles d\u00e9sol\u00e9es rampe vers les genoux du ciel lie-de-vin; mais l\u2019ange a encha\u00een\u00e9 le monstre nouveau-n\u00e9 dans le sang du palais vitreux et l\u2019a jet\u00e9 dans un cul-de-bouteille.<\/p>\n<p>LE FLEUVE ET LA PRAIRIE<\/p>\n<p>Le fleuve a une grosse face molle, pour les gifles des rames, un cou \u00e0 nombreux plis, la peau bleue au duvet vert. Entre ses bras, sur son c\u0153ur, il tient la petite \u00cele en forme de chrysalide. La Prairie \u00e0 la robe verte s\u2019endort, la t\u00eate au creux de son \u00e9paule et de sa nuque.<\/p>\n<p>VERS LA CROIX<\/p>\n<p>A un bout de l\u2019Infini, en forme de rectangle, la croix blanche o\u00f9 sont supplici\u00e9s, avec le mauvais Larron, les d\u00e9mons. Il y a une barri\u00e8re autour du rectangle, blanche, avec des \u00e9toiles \u00e0 cinq pointes h\u00e9rissant la grille. Selon la diagonale vient l\u2019ange, qui prie calme et blanc comme l\u2019\u00e9cume de la vague. Et les poissons cornus, singerie de l\u2019Ichthys divin, refluent vers la croix plant\u00e9e \u00e0 travers le Dragon, vert sauf la bifidit\u00e9 de sa langue rose. Un \u00eatre sanglant \u00e0 chevelure h\u00e9riss\u00e9e et yeux lenticulaires s\u2019enroule autour de l\u2019arbre. Irr\u00e9guli\u00e8rement accourt, faisant la roue, un Pierrot vert. Et tous les diables, \u00e0 figures de mandrills ou de clowns, \u00e9cartent grand leurs nageoires caudales en jambes d\u2019acrobates, et, implorant l\u2019ange inexorable (Voulez-vous jou\u00efer avec moa, mister Loyal?), secouent, cheminant vers la Passion, leurs cheveux de Paillasse du sel de la mer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DIEU D\u00c9FEND A ADAM ET \u00caVE DE TOUCHER \u00c0 L\u2019ARBRE DU BIEN ET DU MAL.<br \/>\nL\u2019ANGE LUCIFER S\u2019ENFUIT<\/p>\n<p>Dieu est jeune et doux, avec un nimbe rose. Sa robe est bleue et ses gestes courbes. L\u2019arbre a le pied tors et le feuillage oblique. Les autres arbres ne font rien qu\u2019\u00eatre verts. Adam adore et regarde si Eve adore. Ils sont \u00e0 genoux. L\u2019ange Lucifer, vieux et semblable au temps et au vieillard de la mer lapid\u00e9 par Sindbad, plonge de ses cornes dor\u00e9es vers l\u2019\u00e9ther lat\u00e9ral.<\/p>\n<p>AMOUR<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me est embobelin\u00e9e d\u2019Amour qui ressemble en tout \u00e0 une gaze couleur du temps, et prend la figure masqu\u00e9e d\u2019une chrysalide. Elle marche sur des cr\u00e2nes renvers\u00e9s. Derri\u00e8re le mur o\u00f9 elle s\u2019abrite, des griffes brandissent des armes. Du poison la baptise. Des monstres vieux, dont est b\u00e2ti le mur, rient dans leur barbe verte. Le c\u0153ur reste rouge et bleu, violet sous l\u2019artificiel \u00e9loignement de la gaze couleur du temps qu\u2019il tisse.<\/p>\n<p>LE BOUFFON<\/p>\n<p>Sa bosse toute ronde cache le monde, comme sa joue rouge ronge les lions de la tapisserie. Il a des tr\u00e8fles et des carreaux sur la soie cramoisie de ses habits, et vers le soleil et la verdure il fait l\u2019aspersion b\u00e9nissante de son goupillon \u00e0 grelots.<\/p>\n<p>\u00abPLUS LOIN! PLUS LOIN!\u00bb CRIE DIEU AUX R\u00c9SIGN\u00c9S<\/p>\n<p>La montagne est rouge, le soleil et le ciel. Un doigt montre vers en haut. Les rochers surgissent, la cime incontestable n\u2019est pas en vue. Des corps qui ne l\u2019ont pas atteinte red\u00e9gringolent la t\u00eate en bas. Un tombe en arri\u00e8re sur ses mains, l\u00e2chant sa guitare. L\u2019autre attend \u00e0 reculons, pr\u00e8s de ses bouteilles. Un se couche sur la route, laissant ses yeux continuer l\u2019ascension. Le doigt montre encore, et le soleil attend pour dispara\u00eetre qu\u2019on ait ob\u00e9i.<\/p>\n<p>LA PEUR FAIT LE SILENCE<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien d\u2019effrayant, si ce n\u2019est une potence veuve, un pont aux piles dess\u00e9ch\u00e9es, et de l\u2019ombre qui se contente d\u2019\u00eatre noire. La Peur, d\u00e9tournant la t\u00eate, maintient la paupi\u00e8re baiss\u00e9e et closes les l\u00e8vres du masque de pierre.<\/p>\n<p>AUX ENFERS<\/p>\n<p>Le feu des Enfers est du sang liquide, et on voit ce qui passe au fond. Les t\u00eates de la souffrance ont coul\u00e9, et un bras s\u2019\u00e9l\u00e8ve de chaque corps comme un arbre du fond de la mer, vers o\u00f9 il n\u2019y plus de feu. L\u00e0 il y a un serpent qui mord. Tout ce sang qui flambe est contenu par la roche d\u2019o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9cipite. Et il y a un ange rouge qui n\u2019a besoin que d\u2019un geste, lequel signifie : DU HAUT EN BAS.<\/p>\n<p>DE BETHL\u00c9EM AUX OLIVIERS<\/p>\n<p>C\u2019est une petite \u00e9toile rouge, au-dessus de la cr\u00e8che de la M\u00e8re et de l\u2019Enfant, et de la croix de l\u2019\u00e2ne. Le ciel est bleu. La petite \u00e9toile devient un nimbe. Dieu a enlev\u00e9 le poids de la croix \u00e0 l\u2019animal et la porte sur son \u00e9paule d\u2019homme toute neuve. La croix noire devient rose, le ciel bleu se fait mauve. La route est droite et blanche comme un bras de crucifi\u00e9.<br \/>\nH\u00e9las! la croix est devenue toute rouge. C\u2019est une lance qui s\u2019est ensanglant\u00e9e dans la plaie. Au-dessus du corps qui est au bout du bras de la route voici des yeux et une barbe qui saignent aussi, et au-dessus de son image dans le miroir de bois, Christ \u00e9p\u00e8le : J-N-R-I.<\/p>\n<p>SIMPLE SORCI\u00c8RE<\/p>\n<p>La bosse en arri\u00e8re, le ventre en avant, le col tors, les cheveux sifflant dans la fuite du balai dont elle se transperce, elle passe sous les griffes, v\u00e9g\u00e9tation du ciel tout rouge, et les index de la route vers le Diable.<\/p>\n<p>SORTANT DE SA F\u00c9LICIT\u00c9, DIEU CR\u00c9E LES MONDES<\/p>\n<p>Dieu monte nimb\u00e9 d\u2019un pentagramme bleu, b\u00e9nit et s\u00e8me et fait le ciel plus bleu. Le feu na\u00eet rouge de l\u2019id\u00e9e d\u2019ascension, et l\u2019or des \u00e9toiles, miroir du nimbe. Les soleils sont de grands tr\u00e8fles \u00e0 quatre feuilles, fleuris, selon la croix. Et tout ce qui n\u2019est pas cr\u00e9\u00e9 est la robe blanche de la seule Forme.<\/p>\n<p>LES M\u00c9DECINS ET L\u2019AMANT<\/p>\n<p>Il y a dans le lit, calme comme une eau verte, un flottement de bras \u00e9tendus; ou plut\u00f4t ce ne sont pas les bras, mais les deux parties de la chevelure, v\u00e9g\u00e9tant sur la mort. Et le centre de cette chevelure se recourbe selon un d\u00f4me et ondule selon la marche de la sangsue. Des faces, champignons boursoufl\u00e9s sur la pourriture, naissent compl\u00e9mentaires et rouges dans les vitres de l\u2019agonie. Le premier m\u00e9decin, orbe plus large derri\u00e8re ce d\u00f4me, trap\u00e9zo\u00efdal de caract\u00e8re, fend ses yeux et pavoise ses joues; le deuxi\u00e8me jouit de l\u2019\u00e9quilibre forain des besicles, sph\u00e8res jumelles, et \u00e0 la libration de l\u2019halt\u00e8re p\u00e8se son diagnostic; le troisi\u00e8me, vieux, se voile de l\u2019aile blanche de ses cheveux et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment annonce que la beaut\u00e9 retourne au cr\u00e2ne, en lissant le sien; le quatri\u00e8me regarde sans comprendre&#8230; l\u2019amant qui, \u00e0 rebours du sillage de larmes, les sourcils joignant en haut leurs pointes internes dans le sens du vol des grues et de la communion des deux paumes du priant ou du nageur, selon l\u2019attitude de d\u00e9votion quotidienne dite par les brahmines KHURMOOKUM, vogue \u00e0 la suite de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<h3>Livre VII<\/h3>\n<h3>Khurmookum<\/h3>\n<p>(<em>The Sundhya, or the daily Prayers of the Brahmins<\/em>)<\/p>\n<h4>XXXV<\/h4>\n<h4>De La Grande Nef Mour-De-Zencle<\/h4>\n<p>Le crible, qui aurait flamb\u00e9 comme une r\u00e9sine pu\u00e9rile dans la ville \u00e0 feu et \u00e0 mort discr\u00e8te, cabra sous la traction de la barre de Faustroll la poulaine de sa proue, et son geste fut le contraire de la crosse charitable de Mensonger.<br \/>\nLa claire-voie, insubmersible par son vernis, s\u2019allongea sur la dentelure des vagues comme un esturgeon sur plusieurs fo\u00ebnes, et il y avait au-dessous un clavier d\u2019eau et d\u2019air altern\u00e9s. La disparition pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019apparition des cadavres du meurtre des sept jours louchait vers nous \u00e0 l\u2019abri de nos barreaux r\u00e9ticulaires.<br \/>\nLe crapaud de l\u2019\u00eele des T\u00e9n\u00e8bres happa son souper de soleil, et l\u2019eau fut nuit. C\u2019est-\u00e0-dire que les berges disparurent et que le ciel et le fleuve se compar\u00e8rent sans diff\u00e9rence, et l\u2019as devint la pupille d\u2019un grand \u0153il, ou un ballon stationnaire, avec du vertige \u00e0 gauche et \u00e0 droite, dont il m\u2019\u00e9tait ordonn\u00e9 de flatter les plumes de mes deux rames.<br \/>\nDes tonneaux immobiles remont\u00e8rent le courant \u00e0 l\u2019allure d\u2019express roul\u00e9s en boule.<br \/>\nEt pour fuir ces choses, comme on se r\u00e9fugie, sous sa couverture, vers l\u2019une-bonne-fois-noir, Faustroll insinua l\u2019as dans un aqueduc de six cent m\u00e8tres, qui vomit au fleuve les p\u00e9niches du canal.<\/p>\n<p>(<em>Explicit<\/em>\u00a0la relation de Panmuphle)<\/p>\n<p>La grande nef Mour-de-Zencle, ce qui veut dire Museau-de-Cheval-qui-a-des-taches-en-figure-de-faux, se levait \u00e0 l\u2019horizon imm\u00e9diat comme un soleil noir, pareille sous l\u2019arche de clart\u00e9 du bout du tunnel \u00e0 une prunelle sans \u0153ill\u00e8re de cuir, approchant la fixit\u00e9 de ses propres pupilles peintes, vertes dans un iris jaune. Sur le pav\u00e9 du halage invisible, tel qu\u2019une corniche pr\u00e8s de la vo\u00fbte, clapotaient les sabots ant\u00e9rieurs de la file des quatre b\u00eates qui tra\u00eenaient le signe de mort, avec effort marchant sur leurs ongles.<br \/>\nDe son index charg\u00e9 de topazes, mouill\u00e9 dans sa bouche, Faustroll \u00e9rafla la paraffine du fond de la barque. Le puits art\u00e9sien (l\u2019enfer \u00e9tait ce jour-l\u00e0 en Artois) siffla vers leurs pieds dans le bruit inverse de la d\u00e9glutition d\u2019une baignoire qu\u2019on vide. Le crible oscilla son dernier pouls. La p\u00e9nulti\u00e8me et la suivante mailles o\u00f9 l\u2019eau tissa ses besicles et laissa violer son double hymen par d\u2019antip\u00e9ristaltiques langues, se nomm\u00e8rent les bouches de Panmuphle et de Faustroll. La navette de cuivre sertissant ses bulles d\u2019air brillant et les m\u00e2choires expirant le souffle de leur os simul\u00e8rent des pi\u00e8ces de monnaie plongeantes ou le nid de l\u2019argyron\u00e8te. Faustroll, pour Dieu se procurant d\u2019autre toile mise \u00e0 rouir dans l\u2019eau lustrale de la machine \u00e0 peindre un autre ciel que celui de Tyndall, joignit des paumes de priant ou de nageur, selon l\u2019attitude de d\u00e9votion quotidienne dite par les brahmines Khurmookum. Le grande nef Mour-de-Zencle passa comme repasse un fer noir; et l\u2019\u00e9cho des seize doigts de corne des chevaux pr\u00e9t\u00e9rits clapota KHURMOOKUM sous la fin de la vo\u00fbte, sortant avec l\u2019\u00e2me.<br \/>\nAinsi fit le geste de mourir le docteur Faustroll, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-trois ans.<\/p>\n<h4>XXXVI<\/h4>\n<h4>De La Ligne<\/h4>\n<p>Lecture par l\u2019\u00e9v\u00eaque de la lettre de Dieu<\/p>\n<p>\u00c0 F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on<\/p>\n<p>Dans le manuscrit dont Panmuphle ne d\u00e9chiffra que les prol\u00e9gom\u00e8nes, interrompu par la monotone prolixit\u00e9 du grand singe, Faustroll avait not\u00e9 une toute partie du Beau qu\u2019il savait, et une toute partie du Vrai qu\u2019il savait, durant la syzygie des mots; et on aurait pu par cette petite facette reconstuire tout art et toute science, c\u2019est-\u00e0-dire Tout; mais sait-on si Tout est un cristal r\u00e9gulier, ou pas plus vraisemblablement un monstre (Faustroll d\u00e9finissait l\u2019univers ce qui est l\u2019exception de soi)?<br \/>\nAinsi pensait l\u2019\u00e9v\u00eaque marin nageant sur le naufrage du bateau m\u00e9canique, des quintessences des \u0153uvres, de la charogne de Panmuphle et du corps de Faustroll.<br \/>\nOr, se souvint-il d\u2019apr\u00e8s un propos du bon docteur, le professeur Cayley, d\u2019une courbe de craie sur deux m\u00e8tres cinquante de tableau noir, d\u00e9taille toutes les atmosph\u00e8res d\u2019une saison, tous les cas d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie, tous les marchandages des bonnetiers de toutes les villes, les p\u00e9riodes et les intensit\u00e9s de tous les sons de tous les instruments et de toutes les voix de cent chanteurs et deux cents musiciens, avec les phases, selon la place de chaque auditeur ou orchestrant, que l\u2019oreille ne peut percevoir.<br \/>\nEt voici que le papier de tenture se d\u00e9roulait, sous la salive et les dents de l\u2019eau, du corps de Faustroll.<br \/>\nComme une partition, tout art et toute science s\u2019\u00e9crivaient dans les courbes des membres de l\u2019\u00e9ph\u00e8be ultrasexag\u00e9naire, et proph\u00e9tisaient leurs perfectionnements jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini. Car, ainsi que le professeur Cayley m\u00e9morait le pass\u00e9 dans les deux dimensions du plan noir, le progr\u00e8s du futur solide enla\u00e7ait le corps en spirale. La Morgue rec\u00e9la deux jours sur son pupitre le livre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Dieu de la v\u00e9rit\u00e9 belle \u00e9tal\u00e9e dans les trois (quatre ou N pour quelques-uns) directions de l\u2019espace.<br \/>\nCependant Faustroll, avec son \u00e2me abstraite et nue, rev\u00eatait le royaume de l\u2019inconnue dimension.<\/p>\n<h3>Livre VIII<\/h3>\n<h3>\u00c9thernit\u00e9<\/h3>\n<p>\u00c0 Louis Dumur<\/p>\n<p>Leves gustus ad philosophiam movere fortasse ad atheismum,<br \/>\nsed pleniores haustus ad religionem reducere.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OIS BACON<\/p>\n<h4>XXXVII<\/h4>\n<h4>De La R\u00e8gle De Mesure, De La Montre Et Du Diapason<\/h4>\n<p><em>Lettre t\u00e9l\u00e9pathique du docteur Faustroll \u00e0 Lord Kelvin<\/em><\/p>\n<p>\u00abMon cher confr\u00e8re,<br \/>\n\u00abIl y a longtemps que je ne vous ai donn\u00e9 de mes nouvelles; mais je ne pense pas que vous ayez cru que je fusse mort. La mort n\u2019est que pour les m\u00e9diocres. Il est constant n\u00e9anmoins que je ne suis plus sur la terre. O\u00f9, je ne le sais que depuis fort peu de temps. Car nous sommes tous deux de cet avis que, si l\u2019on peut mesurer ce dont on parle et l\u2019exprimer en nombres, qui sont la seule chose existante, on sait quelque chose de son sujet. Or jusqu\u2019\u00e0 maintenant je savais \u00eatre ailleurs que sur la terre, comme je sais que le quartz est ailleurs, au pays de la duret\u00e9, et moins honorablement que le rubis; le rubis que le diamant; le diamant que les callosit\u00e9s post\u00e9rieures de Bosse-de-Nage; et ses trente-deux plis, plus nombreux que ses dents, si l\u2019on compte ceux de sagesse, que la prose de Latente Obscure.<br \/>\n\u00abMais \u00e9tais-je ailleurs selon la date ou selon la place, avant ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9, apr\u00e8s ou plus pr\u00e8s? J\u2019\u00e9tais dans cet endroit o\u00f9 l\u2019on est quand on a quitt\u00e9 le temps et l\u2019espace, l\u2019\u00e9ternel infini, Monsieur.<br \/>\n\u00abIl \u00e9tait naturel qu\u2019ayant perdu mes livres, mon as en toile m\u00e9tallique, la soci\u00e9t\u00e9 de Bosse-de-Nage et de M. Ren\u00e9-Isisdore Panmuphle, huissier, mes sens, la terre et ces deux vieilles formes kantiennes de la pens\u00e9e, j\u2019eusse la m\u00eame angoisse d\u2019isolement qu\u2019une mol\u00e9cule r\u00e9siduelle distante des autres de plusieurs centim\u00e8tres, dans un bon vide moderne de MM. Tait et Dewar. Et encore la mol\u00e9cule sait peut-\u00eatre qu\u2019elle est distante de plusieurs centim\u00e8tres! Pour un centim\u00e8tre, seul signe valable pour moi d\u2019espace, puisque mesurable et moyen de mesure, et la seconde de temps solaire moyen, en fonction de laquelle battait le c\u0153ur de mon corps terrestre, j\u2019aurais donn\u00e9 mon \u00e2me, Monsieur, bien qu\u2019elle me soit utile \u00e0 vous informer de ces curiosit\u00e9s.<br \/>\n\u00abLe corps est un v\u00e9hicule plus n\u00e9cessaire parce qu\u2019il soutient les v\u00eatements, et, par les v\u00eatements, des poches. J&rsquo;avais oubli\u00e9 dans mes poches mon centim\u00e8tre, copie authentique en laiton de l\u2019\u00e9talon traditionnel, plus portative que la terre ou m\u00eame le quadrant terrestre, et qui permet aux \u00e2mes errantes et posthumes des savants interplan\u00e9taires de ne plus s\u2019occuper de ce vieux globe ni m\u00eame du C.G.S., en ce qui concerne leurs mesures d\u2019\u00e9tendue, gr\u00e2ce \u00e0 MM. M\u00e9chain et Delambre.<br \/>\n\u00abQuant \u00e0 ma seconde de temps solaire moyen, fuss\u00e9-je rest\u00e9 sur la terre que je ne serais pas s\u00fbr de la conserver encore et de pouvoir en fonction d\u2019elle valablement mesurer le temps.<br \/>\n\u00abSi, au cours de quelques millions d\u2019ann\u00e9es, je n\u2019ai pas termin\u00e9 mon \u0153uvre pataphysique, il est assur\u00e9 que les dur\u00e9es de rotation et de r\u00e9volution de la terre seront devenues toutes deux diff\u00e9rentes de leur actuelle valeur. Une bonne montre, que j\u2019aurais laiss\u00e9 marcher tout ce temps-l\u00e0, m\u2019aurait co\u00fbt\u00e9 des prix excessifs, et puis je ne fais pas d\u2019exp\u00e9riences s\u00e9culaires, me moque de la continuit\u00e9 et juge plus esth\u00e9tique de garder en poche le Temps lui-m\u00eame ou l\u2019unit\u00e9 de temps, qui en est la photographie instantan\u00e9e.<br \/>\n\u00abCe pour quoi je poss\u00e9dais un oscillateur mieux dispos\u00e9, pour la constance et l\u2019exactitude absolue, que le balancier d\u2019un chronom\u00e8tre, et dont la p\u00e9riode de vibration aurait eu la m\u00eame valeur, \u00e0 1\/1000 pr\u00e8s, dans un certain nombre de millions d\u2019ann\u00e9es. Un diapason. Sa p\u00e9riode avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e avec soin, avant mon embarquement dans l\u2019as comme vous le prescrivez, par notre confr\u00e8re le professeur Macleod, en fonction de la seconde de temps solaire moyen, les branches du diapason successivement dirig\u00e9es vers le haut, le bas et l\u2019horizon, afin d\u2019\u00e9liminer la minime influence de la gravit\u00e9 terrestre.<br \/>\n\u00abJe n\u2019avais m\u00eame plus mon diapason. Songez \u00e0 la perplexit\u00e9 d\u2019un homme hors du temps et de l\u2019espace, qui a perdu sa montre, et sa r\u00e8gle de mesure, et son diapason. Je crois, Monsieur, que c\u2019est bien cet \u00e9tat qui constitue la mort.<br \/>\n\u00abMais je me suis souvenu de vos enseignements et de mes anciennes exp\u00e9riences. Etant donc simplement NULLE-PART ou QUELQUE PART, ce qui est \u00e9gal, j\u2019ai trouv\u00e9 de quoi fabriquer un morceau de verre, ayant rencontr\u00e9 divers d\u00e9mons, dont le Distributeur de Maxwell, qui a group\u00e9 des modes particuliers de mouvement dans un liquide continu r\u00e9pandu partout (ce que vous appelez des petits solides \u00e9lastiques ou des mol\u00e9cules), au gr\u00e9 de mon d\u00e9sir, en figure de silicate d\u2019alumine. J\u2019ai trac\u00e9 les traits, allum\u00e9 les deux chandelles, le tout avec un peu de temps et de pers\u00e9v\u00e9rance, ayant d\u00fb fabriquer sans m\u00eame l\u2019aide d\u2019instruments en silex. J\u2019ai vu les deux rang\u00e9es de spectres, et le spectre jaune m\u2019a rendu mon centim\u00e8tre par la vertu du chiffre 5,892 x 10-5.<br \/>\n\u00abA pr\u00e9sent que nous voici bien et confortable, et en terre ferme, selon mon atavique habitude, puisque je porte sur moi la milliardi\u00e8me partie de sa circonf\u00e9rence, ce qui est plus honorable que d\u2019\u00eatre attach\u00e9 par l\u2019attraction \u00e0 la suface de sa sph\u00e8re, souffrez que je note pour vous quelques impressions.<br \/>\n\u00abL\u2019\u00e9ternit\u00e9 m\u2019appara\u00eet sous la figure d\u2019un \u00e9ther immobile, et qui par suite n\u2019est pas lumineux. J\u2019appellerai circulaire mobile et p\u00e9rissable l\u2019\u00e9ther lumineux. Et je d\u00e9duis d\u2019Aristote (Trait\u00e9 du Ciel) qu\u2019il sied d\u2019\u00e9crire \u00c9THERNIT\u00c9.<br \/>\n\u00abL\u2019\u00e9ther lumineux et toutes les particules de la mati\u00e8re, que je distingue parfaitement, mon corps astral ayant de bons yeux pataphysiques, a la forme, \u00e0 premi\u00e8re vue, d\u2019un syst\u00e8me de tringles rigides articul\u00e9es et de volants anim\u00e9s d\u2019un rapide mouvement de rotation, port\u00e9s par quelques-unes de ces tringles. Il r\u00e9pond ainsi exactement aux conditions math\u00e9matiques id\u00e9ales pos\u00e9es par Navier, Poisson et Cauchy. De plus, il constitue un solide \u00e9lastique capable de d\u00e9terminer la rotation magn\u00e9tique du plan de polarisation de la lumi\u00e8re, d\u00e9couverte par Faraday. Je verrai, dans mes loisirs posthumes, \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de tourner dans son ensemble et \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 l\u2019\u00e9tat de simple peson \u00e0 ressort.<br \/>\n\u00abJe crois d\u2019ailleurs qu\u2019on pourrait rendre beaucoup moins compliqu\u00e9 ce peson \u00e0 ressort ou cet \u00e9ther lumineux en substituant aux gyrostats articul\u00e9s des syst\u00e8mes de circulations de liquides infiniment grands \u00e0 travers des ouvertures de solides infiniment petits.<br \/>\n\u00abIl ne perdra \u00e0 ces modifications aucune de ses qualit\u00e9s. L\u2019\u00e9ther m\u2019a paru au toucher \u00e9lastique comme la gel\u00e9e et c\u00e9dant \u00e0 la pression comme la poix des cordonniers d\u2019Ecosse.\u00bb<\/p>\n<h4>XXXVIII<\/h4>\n<h4>Du Soleil, Solide Froid<\/h4>\n<p><em>Deuxi\u00e8me lettre \u00e0 lord Kelvin<\/em><\/p>\n<p>\u00abLe soleil est un globe froid, solide et homog\u00e8ne. Sa surface est divis\u00e9e en carr\u00e9s d\u2019un m\u00e8tre, qui sont les bases de longues pyramides renvers\u00e9es, filet\u00e9es, longues de 696999 kilom\u00e8tres, les pointes \u00e0 un kilom\u00e8tre du centre. Chacune est mont\u00e9e sur un \u00e9crou et sa tendance au centre entra\u00eenerait, si j\u2019avais le temps, la rotation d\u2019une palette, fix\u00e9e \u00e0 sa partie sup\u00e9rieure, dans quelques m\u00e8tres de liquide visqueux dont est vernie toute la surface&#8230;<br \/>\n\u00abJe m\u2019int\u00e9ressais peu \u00e0 ce que m\u00e9canique spectacle, n\u2019ayant point retrouv\u00e9 ma seconde de temps solaire moyen et m\u2019affligeant de la perte de mon diapason. Mais j\u2019ai pris un morceau de laiton et fa\u00e7onn\u00e9 une roue o\u00f9 j\u2019ai taill\u00e9 deux mille dents, imitant tout ce qu\u2019en pareille circonstance ont r\u00e9ussi Monsieur Fizeau, lord Rayleigh et Mrs Sidgwick.<br \/>\n\u00abSubitement, la seconde retrouv\u00e9e par la valeur absolue de 9413 kilom\u00e8tres par elle-m\u00eame de l\u2019unit\u00e9 Siemens, les pyramides, forc\u00e9es de descendre sur leurs vis puisqu\u2019elles se trouvaient comme moi dans le temps moteur, ont d\u00fb, pour rester stables, s\u2019\u00e9quilibrer par l\u2019emprunt d\u2019une quantit\u00e9 suffisante de mouvement r\u00e9pulsif \u00e0 sir Humphry Davy; et la mati\u00e8re fix\u00e9e, les arbres fileet\u00e9s et les vis ont disparu. Le soleil fait visqueux s\u2019est mis \u00e0 tourner sur soi par tours de vingt-cinq jours; dans quelques ann\u00e9es vous y verrez des taches et quelques quarts de si\u00e8cle d\u00e9couvrirez leur p\u00e9riode. Bient\u00f4t m\u00eame son grand \u00e2ge se recroquevillera jusqu\u2019\u00e0 rapetisser des trois quarts.<br \/>\n\u00abEt maintenant je m\u2019initie \u00e0 la science de toutes choses (vous recevrez trois fragments nouveaux de deux miens futurs livres), ayant reconquis toute perception, qui est la dur\u00e9e et la grandeur. Je comprends que le poids de ma roue de laiton, que je garde entre l\u2019h\u00e9b\u00e9tude des doigts abstraits de mon corps astral, est la quatri\u00e8me puissance de huit m\u00e8tres par l\u2019heure; j\u2019esp\u00e8re, d\u00e9pourvu de mes sens reconna\u00eetre la couleur, la temp\u00e9rature, la saveur, et des qualit\u00e9s autres que les six, au seul nombre des radiants par seconde&#8230;<br \/>\n\u00abAdieu: j\u2019entrevois d\u00e9j\u00e0, perpendiculairement au soleil, la croix au centre bleu, les houppes rouges vers le nadir et le z\u00e9nith, et l\u2019or horizontal des queues de renard.\u00bb<\/p>\n<h4>XXXIX<\/h4>\n<h4>Selon Ibicrate Le G\u00e9om\u00e8tre<\/h4>\n<p>(<em>Petits crayons de Pataphysique d\u2019apr\u00e8s Ibicrate le G\u00e9om\u00e8tre et son divin ma\u00eetre Sophrotatos l\u2019Arm\u00e9nien, traduits et mis en lumi\u00e8re par le docteur Faustroll<\/em>.)<\/p>\n<p>&#8211; FRAGMENT DU DIALOGUE SUR L&rsquo;\u00c9ROTIQUE<\/p>\n<p>MATHET\u00c8S: Dis-moi, \u00f4 Ibicrate, toi que nous avons nomm\u00e9 le G\u00e9om\u00e8tre parce que tu connais toutes choses par le moyen de lignes tir\u00e9es en diff\u00e9rents sens et nous as donn\u00e9 le v\u00e9ritable portrait des trois personnes de Dieu par trois \u00e9cus qui sont la quarte essence de signes du Tarot, le second \u00e9tant barr\u00e9 de b\u00e2tardise et le quatri\u00e8me r\u00e9v\u00e9lant la distinction du bien et du mal grav\u00e9e dans le bois de l\u2019arbre de science, je souhaite bien fort, s\u2019il te pla\u00eeit, de savoir tes pens\u00e9es sur l\u2019amour, toi qui as d\u00e9chiffr\u00e9 les imp\u00e9rissables parce qu\u2019inconnus fragments, trac\u00e9s en rouge sur papyrus soufre, des Pataphysiques de Sophrotatos l\u2019Arm\u00e9nien. R\u00e9ponds, je te prie, car je t\u2019interrogerai, et tu m\u2019instruiras.<br \/>\nIBICRATE: Cela certes est exactement juste du moins, \u00f4 Mathet\u00e8s. Ainsi donc, parle.<br \/>\nMATHET\u00c8S: Avant toute chose, ayant remarqu\u00e9 comment tous les philosophes ont incarn\u00e9 l\u2019amour en des \u00eatre et l\u2019exprim\u00e8rent en diff\u00e9rents symboles de contingence, enseigne-moi, \u00f4 Ibicrate, la signification \u00e9ternelle de ceux-ci.<br \/>\nIBICRATE: Les po\u00e8tes grecs, \u00f4 Mathet\u00e8s, encorbell\u00e8rent le front d\u2019Eros d\u2019une bandelette horizontale, qui est la bande ou fasce du blason, et le signe Moins des hommes qui \u00e9tudient en la math\u00e9mathique. Et Eros \u00e9tant fils d\u2019Aphrodite, ses armes h\u00e9r\u00e9ditaires furent ostentatrices de la femme. Et contradictoirement l\u2019Egypte \u00e9rigea ses st\u00e8les et ob\u00e9lisques perpendiculaires \u00e0 l\u2019horizon crucif\u00e8re et se distinguant par le signe Plus, qui est m\u00e2le. La juxtaposition des deux signes, du binaire et du ternaire, donne la figure de la lettre H, qui est Chronos, p\u00e8re du Temps ou de la Vie, et ainsi comprennent les hommes. Pour le G\u00e9om\u00e8tre, ces deux signes s\u2019annulent ou se f\u00e9condent, et subsiste seul leur fruit, qui devient l\u2019\u0153uf ou le z\u00e9ro, identiques \u00e0 plus forte raison, puisque le sont les contraires. Et de la dispute du signe Plus et du signe Moins, le R.P. Ubu, de la Cie de J\u00e9sus, ancien roi de Pologne, a fait un grand livre qui a pour titre C\u00e9sar-Antechrist, o\u00f9 se trouve la seule d\u00e9monstration pratique, par l\u2019engin m\u00e9canique dit b\u00e2ton \u00e0 physique, de l\u2019identit\u00e9 des contraires.<br \/>\nMATHET\u00c8S: Cela est-il possible, \u00f4 Ibicrate?<br \/>\nIBICRATE: Tout \u00e0 fait donc v\u00e9ritablement. Et la troisi\u00e8me figure abstraite des tarots, selon Sophrotatos l\u2019Arm\u00e9nien, est ce que nous appelons le tr\u00e8fle, qui est le Saint-Esprit en ses quatre angles, les deux ailes, la queue et la t\u00eate de l\u2019Oiseau, ou renvers\u00e9 Lucifer debout cornu avec son ventre et ses deux ailes, pareil \u00e0 la seiche officinale, cela principalement du moins quand on supprime de sa figure toutes les lignes n\u00e9gatives, c\u2019est-\u00e0-dire horizontales; &#8211; ou, en troisi\u00e8me lieu, le tau ou la croix, embl\u00e8me de la religion de charit\u00e9 et d\u2019amour; &#8211; ou le phallus enfin, qui est dactyliquement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 triple, \u00f4 Mathet\u00e8s.<br \/>\nMATHET\u00c8S: Donc en quelque sorte en nos temples actuellement, l\u2019amour serait Dieu encore, quoique, j\u2019en conviens, sous des formes absconses quelque peu, \u00f4 Ibicrate?<br \/>\nIBICRATE: Le t\u00e9tragone de Sophrotatos, se contemplant soi-m\u00eame, inscrit en soi-m\u00eame un autre t\u00e9tragone, qui est \u00e9gal \u00e0 sa moiti\u00e9, et le mal est sym\u00e9trique et n\u00e9cessaire reflet du bien, qui sont uniment deux id\u00e9es, ou l\u2019id\u00e9e du nombre deux; bien par cons\u00e9quent jusqu\u2019\u00e0 un certain point, je crois, ou indiff\u00e9rent tout au moins, \u00f4 Mathet\u00e8s. Le t\u00e9tragone par l\u2019intuition int\u00e9rieure, hermaphrodite engendre Dieu et le mauvais, hermaphrodite aussi parturition&#8230;<\/p>\n<h4>XL<\/h4>\n<h4>Pantaphysique Et Catachimie<\/h4>\n<p>&#8211; AUTRE FRAGMENT<\/p>\n<p>Dieu transcendant est trigone et l\u2019\u00e2me transcendante th\u00e9ogone, par cons\u00e9quent pareillement trigone.<br \/>\nDieu immanent est tri\u00e8dre et l\u2019\u00e2me immanente pareillement tri\u00e8de.<br \/>\nIl y a trois \u00e2mes (cf. Platon).<br \/>\nL\u2019homme est t\u00e9tra\u00e8dre parce que ses \u00e2mes ne sont pas ind\u00e9pendantes.<br \/>\nDonc il est donc solide, et Dieu esprit.<br \/>\nSi les \u00e2mes sont ind\u00e9pendantes, l\u2019homme est Dieu (MORALE).<\/p>\n<p>Dialogue entre les trois tiers du nombre trois.<\/p>\n<p>L\u2019HOMME: Les trois personnes sont les trois \u00e2mes de Dieu.<br \/>\nDEUS: Tres anim\u00e6 sunt tres personn\u00e6 hominis.<br \/>\nENS: Homo est Deus.<\/p>\n<h4>XLI<\/h4>\n<h4>De La Surface De Dieu<\/h4>\n<p>Dieu est par d\u00e9finition in\u00e9tendu, mais il nous est permis, pour la clart\u00e9 de notre \u00e9nonc\u00e9, de lui supposer un nombre quelconque, plus grand que z\u00e9ro, de dimensions, bien qu\u2019il n\u2019en ait aucune, si ces dimensions disparaissent dans les deux membres de nos identit\u00e9s. Nous nous contenterons de deux dimensions, afin qu\u2019on se repr\u00e9sente ais\u00e9ment des figures de g\u00e9om\u00e9trie plane sur une feuille de papier.<br \/>\nSymboliquement on signifie Dieu par un triangle, mais les trois Personnes ne doivent pas en \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les sommets ni les c\u00f4t\u00e9s. Ce sont les trois hauteurs d\u2019un autre triangle \u00e9quilat\u00e9ral circonscrit au traditionnel. Cette hypoth\u00e8se est conforme aux r\u00e9v\u00e9lations d\u2019Anne-Catherine Emmerich, qui vit la croix (que nous consid\u00e9rerons comme symbole du Verbe de Dieu) en forme d\u2019Y, et ne l\u2019explique que par cette raison physique, qu\u2019aucun bras de longueur humaine n&rsquo;e\u00fbt pu \u00eatre \u00e9tendu jusqu\u2019aux clous des branches d\u2019un Tau.<br \/>\nDonc, POSTULAT:<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 plus ample inform\u00e9 et pour notre commodit\u00e9 provisoire, nous supposons Dieu dans un plan et sous la figure symbolique de trois droites \u00e9gales, de longueur a , issues d\u2019un m\u00eame point et faisant entre elles des angles de 120 degr\u00e9s. C\u2019est de l\u2019espace compris elles, ou du triangle obtenu en joignant les trois points les plus \u00e9loign\u00e9s de ces droites, que nous nous proposons de calculer la surface.<br \/>\nSoit x la m\u00e9diane prolongement d\u2019une des Personnes a, 2 y le c\u00f4t\u00e9 du triangle auquel elle est perpendiculaire, N et P les prolongement de la droite (a + x) dans les deux sens \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<p>Nous avons:<\/p>\n<p>x = \u221e &#8211; N &#8211; a &#8211; P.<\/p>\n<p>Or<\/p>\n<p>N = \u221e &#8211; 0.<\/p>\n<p>et<\/p>\n<p>P = 0.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9<\/p>\n<p>x = \u221e &#8211; (\u221e &#8211; 0) &#8211; a &#8211; 0 = \u221e &#8211; \u221e + 0 &#8211; a &#8211; 0<br \/>\nx = &#8211; a.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le triangle rectangle dont les c\u00f4t\u00e9s sont a, x et y nous donne<\/p>\n<p>a2 = x2 + y2.<\/p>\n<p>Il vient, en substituant \u00e0 x sa valeur (-a)<\/p>\n<p>a2 = (-a)2 + y2 = a2 + y2.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9<\/p>\n<p>y2 = a2 &#8211; a2 = 0<\/p>\n<p>et<\/p>\n<p>y = \u221a0.<\/p>\n<p>Donc la surface du triangle \u00e9quilat\u00e9ral qui a pour bissectrices de ses angles les trois droites a sera<\/p>\n<p>S = y(x + a) = \u221a0(- a + a)<br \/>\nS = 0 \u221a0.<\/p>\n<p>COROLLAIRE: A premi\u00e8re vue du radical \u221a0, nous pouvons affirmer que la surface calcul\u00e9e est une ligne au plus; en second lieu, si nous construisons la figure selon les valeurs obtenues pour x et y, nous constatons:<br \/>\nQue la droite 2 y, que nous savons maintenant \u00eatre 2\u221a0, a son point d\u2019intersection sur une des droites a en sens inverse de notre premi\u00e8re hypoth\u00e8se, puisque x = -a; et que la base de notre triangle co\u00efncide avec son sommet;<br \/>\nQue les deux droites a font avec la premi\u00e8re des angles plus petits au moins que 60\u00b0, et bien plus ne peuvent rencontrer 2\u221a0 qu\u2019en co\u00efncidant avec la premi\u00e8re droite a.<br \/>\nCe qui est conforme au dogme de l\u2019\u00e9quivalence des trois Personnes entre elles et \u00e0 leur somme.<br \/>\nNous pouvons dire que a est une droite qui joint 0 \u00e0 \u221e, et d\u00e9finir Dieu:<\/p>\n<p>D\u00c9FINITION: Dieu est le plus court chemin de z\u00e9ro \u00e0 l\u2019infini.<br \/>\nDans quel sens? dira-t-on.<br \/>\n&#8211; Nous r\u00e9pondrons que Son pr\u00e9nom n\u2019est pas Jules, mais Plus-et-Moins. Et l\u2019on doit dire:<\/p>\n<p>\u00b1 Dieu est le plus court chemin de 0 \u00e0 \u221e, dans un sens ou dans l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ce qui est conforme \u00e0 la croyance aux deux principes; mais il est plus exact d\u2019attribuer le signe + \u00e0 celui de la croyance du sujet.<br \/>\nMais Dieu, \u00e9tant in\u00e9tendu, n\u2019est pas une ligne.<br \/>\n&#8211; Remarquons en effet que, d\u2019apr\u00e8s l\u2019identit\u00e9<\/p>\n<p>\u221e &#8211; 0 &#8211; a + a + 0 = \u221e<\/p>\n<p>la longueur a est nulle, a n\u2019est pas une ligne, mais un point.<br \/>\nDonc, d\u00e9finitivement:<\/p>\n<p>DIEU EST LE POINT TANGENT DE Z\u00c9RO ET DE L\u2019INFINI.<\/p>\n<p>La Pataphysique est la science\u2026<\/p>\n<p>FIN<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&lt;Texte de l\u2019\u00e9dition Bouquins, procur\u00e9e par la SAAJ gr\u00e2ce \u00e0 Henri B\u00e9har.&gt; Livre Premier Proc\u00e9dure I Commandement En Vertu De L\u2019article 819 L\u2019An mil huit cent quatre vingt dix-huit, le huit f\u00e9vrier, En vertu de l\u2019article 819 du Code de proc\u00e9dure Civile et \u00e0 la requ\u00eate de Mr et Madame Bonhomme (Jacques), propri\u00e9taires d\u2019une maison &hellip; <a href=\"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/?page_id=67\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Gestes et opinions du Dr Faustroll, Pataphysicien<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-67","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/67","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=67"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/67\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":70,"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/67\/revisions\/70"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alfredjarry.fr\/jarry\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=67"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}